‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 27 sur 63 · II · texte numérisé non relu

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tant séparé du règne de Dèce que par soixante ans environ, son auteur eût pu être renseigné par une tradition exacte sur la substance des faits qu'il amplifie et embellit dans sa narration. Il nous montre les trois païens émus, non seulement par les vers de Virgile, mais aussi par la considération de l'intrépidité des chrétiens au milieu des souffrances, et par la pensée des croyances que cette intrépidité supposait. « Les adorateurs du Christ soutiennent qu'après la mort il y aura une résurrection et un jugement, et qu'à la suite de cette vie misérable une autre commencera qui n'aura pas de fin, où la douleur et les gémissements seront remplacés par la paix et la félicité éternelles. » Ces réflexions n'étaient pas étrangères aux païens du troisième siècle : un document de cette époque (que nous analyserons dans un autre chapitre) montre des paroles semblables échangées entre les assistants pendant le supplice d'un martyr (1). Le passionnaire rapporte que, conduits à Centumcelles par l'ordre de Dèce, les trois convertis furent livrés au consulaire de Toscane (2), qui, ayant vainement essayé de les contraindre à sacrifier aux dieux, leur fit trancher la tête. L'imagination du narrateur reparait dans les traits merveilleux qui accompagnent le suppli(;e.

(1) Anonyme, De laude martyrum, 15; Migne, Pair, lut., t. IV, col. 795.

(2) Probablement le juridicus per Umbriam et Flaminiam. Sur l'institution des consulaires et de&jiiridici en Italie, voir Camille Jullian, les Transformations politiques de l'Italie sous les empereurs romains, 1884, p. 118-135.

On compte encore parmi les victimes que la persécution de Dèce fit en Italie sainte Anatolie et sainte Victoire, qui périrent vraisemblablement dans la Sabine (l); saint Magnus, martyrisé dans la banlieue de Rome (2); sainte Fusca, jeune fille de Ravenne, qui instruit elle-même sa nourrice Maura et meurt avec elle pour le Christ (3) ; le diacre saint Maxime, dans les Abruzzes (4). Malheureusement, les Actes de ces divers saints ont peu d'autorité; ceux de sainte Anatolie et sainte Victoire sont un roman, assez analogue aux Actes de sainte Flavie Domitille, dont nous avons parlé ailleurs (5) ; ceux de sainte Maura sont peu anciens, bien que le trait d'apostolat domestique qui y est rapporté puisse être rapproché d'autres épisodes de même nature, et ofTre de la vraisemblance (6). Les documents relatifs aux martyrs de Sicile ne sont pas meilleurs. La Passion de saint Nicon et de ses compagnons, immolés pour la foi à Messine (7), est, au témoignage de Rolland et de Tillemont, « une pièce sur laquelle on ne peut rien appuyer, et dont toutes les circontances sont fabu-

(1) Baronius, Ann. EccL, ad ann. 253, p. 29.

(2) Ferrari, De sanctis italicis, 1693, p. 523.

(3) Acta S.S., février, t. II, p. 645.

(4) Ferrari, De sanctis italicis, p. 657.

(.')) Voir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siè' des, S" éd., p. 173-179.

(6) Voir dans mon livre sur les Esclaves chrétiens le chapitre intitulé : l'Apostolat domestique., 3'= éd., p. 300 et suiv.

(7) Acta SS., mars, t. Il, p. 412.

leuses (1). » On voudrait pouvoir parler plus favorablement des Actes de l'illustre martyre de Catane, sainte Agathe. Son nom est inscrit dans le martyrologe hiéronymien (2), dans le calendrier de Cartilage (3), la poésie a chanté sa gloire (4), et la postérité chrétienne a placé sa fière et virginale figure près de sainte Agnès (5). Malheureusement le récit qui nous est parvenu de son martyre est l'œuvre d'un écrivain de basse époque, plus soucieux de composer un roman édifiant et merveilleux que de coordonner avec vraisemblance des traditions historiques (6). Cepen-

(1) Tïllevaont, Métnoires, t. III, art. xiv sur la persécution de Dèce ; citant Boliand, Âcta SS., mai, t. I, p. 19.

(2) Nonas Febr. In Sicilia Catenas passio S. Agalhae virginis. Mart. hiéron. De Rossi Duchesne, p. 17. Le Mart. hiéron. cite encore sainte Agatlie le 12 juillet (p. 90) et le 25 juillet (p. 96).

(3) Nonas Febr., sanctae martyris Agathae. Kalend. Carthag., dans Ruinart, p. 695.

(4) L'hymne en son honneur, attribuée à saint Damase, ne peut être de ce pape, comme l'avait bien vu Tillemont. (Mém., t. III, note i sur sainte Agathe), et comme M. de Rossi l'a démontré (Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 17). Le Damase qui y est nommé (pro misera rogita Damaso) est un poète distinct du pape, et de plus basse époque; peut-être même ce nom a-t-ii été simplement inséré dans l'hymne pour lui donner plus d'autorité. Voir mon article sur sainte Agathe, dans le Dict. d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. I, p. 848.

(5) Fortunat, VIII, 4, De virgin.

(6) On possède la Passion de sainte Agathe sous trois formes : des Actes latins; des Actes grecs; d'autres Actes grecs, que Bollandus attribue à Métaphraste. Ces diverses rédactions ne diffèrent que par quelques détails, et paraissent se rapporter à un original commun, de peu d'autorité lui-même, bien que contenant peut-être un petit nombre de traits exacts. L'un de ceux-ci paraît-être la date. Les trois Actes placent le martyre d'Agathe sous Dèce; les latins précisent, et

dant quelques traces exactes paraissent avoir été conservées; j'aurais bien de la peine à ranger parmi les inventions du narrateur les sublimes réponses d'Agathe aux interrogations du gouverneur de Sicile. « Quelle est ta condition? lui demande le juge. — Je suis de condition libre et de naissance noble, toute ma parenté en fait foi. — Si tu es libre et noble pourquoi mènes-tu la vie basse d'une esclave? — Je suis servante du Christ, et par là de condition servile. — Si tu étais vraiment libre et nobre, tu ne t'humilierais pas jusqu'à prendre le titre d'esclave. — La souveraine noblesse est d'être l'esclave du Christ (1) . » Rien n'est plus conforme aux sentiments et au langage des chrétiens de cette époque, qui se plaisaient parfois à prendre, par humilité, le titre et la manière de vivre d'esclaves (2).

Si ces diverses pièces ne peuvent être reçues sans réserves, tout à fait historiques sont, au contraire,

indiquent le troisième consulat de cet empereur, c'est-à-dire l'année 251. Un détail aussi minutieux engage à préférer cette date à celle de Dioclélien, que, dans son De Virginibus, 22, indique saint Adhelme (mort en 709), suivi par le martyrologe de Bède.

(1) Acte S. Agathx,iiuaes,lio\, Il 4, dans.4c<a.S'.Ç.,février, t.I, p. 62t.

(2) Voir mon livre sur les Esclaves chrétiens, 3° éd., p. 242-2i7. — Sainte Agathe fut enterrée à Catane. « Dans un faubourg de cette ville, appelé Hybla major, il y avait, dit M. de Rossi, des cimetières chrétiens, avec des sépultures de martyrs illustres, au premier rang desquelles était la tombe de sainte Agathe. » C'est dans cette nécropole que fut découverte l'épitaphe si curieuse de Nila Florentina, pagana nata,... fidelis facta, qui, dit l'inscription, baptisée à dix-huit mois et vingt jours, mourut quatre heures après, et fut déposée pro fortbus maityrum.Xoiv BîiUettino diarcheologiacristiana, 1868, p. 75.

les courts documents qui nous ont conservé la mémoire de deux martyrs de Capoue. Dans un calendrier de Ravenne (1) et un autre de Capoue (2) est marqué l'anniversaire de saint Augustin, évêque de cette ville, et de sa mère sainte Félicité. Une courte chronique insérée dans un livre sur le cycle pascal, de la fin du quatrième siècle, et empruntée vraisemblablement à une source ancienne, indique la date de leur martyre. « Les chrétiens souffrirent pour la quatrième fois une persécution sous l'empereur Dèce, auteur de leurs maux. Dans cette persécution, Cyprien exhorta par ses lettres Augustin et Félicité, qui souffrirent à Capoue, métropole de la Campanie (3). » Les lettres de saint Cyprien aux deux martyrs sont malheureusement perdues, comme tant d'autres du grand docteur, et avaient probablement déjà péri quand fut formé le recueil de sa correspondance. Il est intéressant d'en trouver ici la mention. Personne ne s'étonnera que l'évêque de Carthage, dont l'activité était si grande, et comme universelle, ait correspondu pendant la persécution avec son collègue de Capoue. Les relations

(1) XVII Kal. Dec. Natale S. Auguslini Capuani episcopi et Felicitatis matris ejus quorum corpora hic habentur. Monaco, Sanctuarium Capuanum, Naples, 1630, p. 153.

(2) S. Augustini episcopi et Felicitatis, ejus matris, martyrum, solemne. Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 114.

(3) ... Christiani quarto persecutionem passi sunt a Decio imperatore auctore malorum. Hac persecutione Cyprianus liortatus est per epistolas suas Augustinum et Felicitatem, qui passi sunt apucl Capuensem, metropoiim Campanise. — Sur la note consulaire erronée (Secolare et Donato) qui précède cette phrase, voir Bull, di arch. crise, 1884-1885, p. 116-120.

épistolaires commencées alors paraissent s'être continuées, après la mort d'Augustin, avec son clergé privé de chef. C'était assez la coutume de Cyprien d'encourager les Eglises que la persécution avait rendues veuves : nous l'avons vu et nous le verrons encore correspondre avec celle de Rome, pendant la longue vacance qui suivit le martyre du pape Fabien. Au clergé de Capoue [adclerum Capuae) il fera parvenir, à titre d'encouragement, de justification ou de conseil, un exemplaire de son traité De lapsis (1).

L'Italie ne fut pas la seule contrée de l'Occident où coula le sang chrétien. La Gaule avait eu des martyrs sous Marc Aurèle et Septime Sévère : elle n'échappa certainement pas à une persécution systématique comme celle de Dèce, qui visait à détruire le christianisme dans tout l'Empire. Malheureusement, un seul épisode de ce temps a été conservé, et ;précisément il a trait à la mort d'un saint immolé dans une émeute, non à une application régulière de l'édit. Celui-ci dut être exécuté rigoureusement dans les villes comme Arles, Marseille, Lyon, Vienne, Autun, où le christianisme s'était répandu de bonne heure ; mais le nom du Christ était encore trop peu connu sur les confins de l'Aquitaine et de la Narbonnaise pour que les ma-

(1) Un ms. du monastère de Saint-Eloi d'Arras, cité par Baluze (cf. Migne, Pair, lai., t. IV, p. 258), et un ms. du Vatican, cité jiar Hartel, portent en tète de la lettre intitulée JJe lapsis el calecliûmcnis, ne vacui exeant, et qui eut évidemment pour premiers destinataires les prêtres et les diacres de Carthage, la mention Ad cleruvi C'apuoe.

gistrats aient songé à rechercher les fidèles de ces régions. Le fondateur de l'Église de Toulouse, saint Saturnin, est contemporain de Dèce. Le rédacteur de sa Passion, — peut-être composée un demi-siècle seulement après les faits (1), — raconte que Saturnin réunissait dans une maison voisine du Capitole municipal le troupeau que sa parole avait gagné à l'Évangile. Comme il arriva plus d'une fois, le voisi-

(1) Ante annos L sicut actis publicis, id est sub Decio et Grato consulibus. — Acta S. Saturnini, 2, dans Ruinait, p. 110. — La lettre L a été très contestée. Dans le manuscrit 1178, fonds latin, de la Bibliotlièque nationale, dixième siècle, folio 81, verso, première colonne, ligne 39, suivi par Ruinart, la lettre L est en effet douteuse et pourrait bien être un I. Un peu plus haut, ligne 31, le mot In commence par une lettre toute semblable. Cependant, folio 78, verso, ligne 1, une lettre semblable aussi commence le moi Liber alitas. Si l'on persiste avec Ruinart à lire L., on reportera nécessairement à l'an 300 ou environ la composition des Actes. Si au contraire un I doit être reconnu dans la lettre en question, cela indique que le copiste du dixième siècle n'a pu lire le chift're marqué dans le manuscrit original. « Dans mes études sur les manuscrits du Liber Pontificalis, écrit M. l'abbé Duchesne {Bulletin critique, \" mai 1881, p. 6), j'ai remarqué ])lusieurs fois que les copistes, quand ils se trouvaient en présence d'un chiffre impossible à lire, ou de variantes impossibles à concilier, mettaien t ainsi des I, comme nous mettons des guillemets, pour indiquer leur incertitude. » Voir sur cette question Arbellot, Étude sur les origines chrétiennes de la Gaule, V partie, 1880; Hénault, Origines chrétiennes de la Gaule celtique; Recherches historiques sur la fondation des Eglises de Chartres, Sens, Troyes et Orléans, 1874, p. 122-185; Duchesne, Bulletin critique, 1. c. ; Edmond le Blant, les Actes des martyrs, p. 7, note 1. — M. Kuhfeld, De CapiloUis jmperu ?owani, Berlin, 1883, prétend que le récit du martyre de saint Saturnin n'est qu'une amplification de la missa S. Saturnini, comprise d'ans le viissale Golhicuni du huitième siècle. Il suffit de lire les passages de cette messe où il est question de la mort du premier évêque de Toulouse (Mabillon, De liturgia galUcana, p. 219-220) pour apercevoir l'inexactitude de cette assertion.

nage des chrétiens troubla le culte des démons : les dieux cessèrent de rendre des oracles et les entrailles des victimes ne montrèrent plus les signes accoutumés. Les prêtres s'émurent : leur émotion se communiqua au peuple. Un jour que Saturnin passait, accompagné de trois membres de son clergé, la foule se jeta sur lui, laissant échapper ses compagnons. On le lit monter au Capitole, et, sur son refus d'adorer les dieux, on l'attacha à un taureau préparé pour le sacrifice (1). Chassé par la foule, le taureau descendit en courant les degrés du Capitole, traînant après lui le martyr, dont la tête se brisa contre les marches de pierre. Deux chrétiennes donnèrent à ses reliques une sépulture provisoire. L'auteur du récit que nous résumons a lu dans « les actes publics (2), » c'est-à-dire

(1) L'emplacement du Capitole antique de Toulouse n'est vraisemblablement pas au lieu qui porte aujourd'hui ce nom, terrain plan, absolument dépourvu de vestiges se rattachant à un important édifice de l'époque romaine-, mais })lut6l là où était le vieux château : on y a découvert au seizième siècle les substructions d'une vaste forteresse et de beaux fragments d'architecture antique. Ce lieu est placé sur la pente extrême d'un coteau, suffisante pour des degrés ou gradins, qu'on ne s'expliquerait pas au Capitole actuel : de plus, il est à une distance suffisante de l'église du Taur, bâtie sur l'emplacement où se serait arrêté le taureau, et beaucoup trop près du Capitole actuel. Voir Castan, les Capitales provinciaux du monde romain (dans les Mémoires de la Société d'Émulation du Doubs, 1886), p. 390.

(2) SicîU actis publicis. —Ces mots du manuscrit 1178 ont été également contestés. On y lit en effet subtis plurimis, mais une correction, qui me paraît contemporaine et de la môme main, écrit audessus dans l'interligne : sicul actis publicis. — Les personnes qui refusent de tenir compte tant delà lettre Lque de cette correction sont amenées à lire, en corrigeant légèrement aussi, ante annos salis plurimos, ce qui offre un sens différent, mais acceptable.

dans quelque procès-verbal rédigé par l'autorité romaine à la suite de ce mouvement populaire, la date du martyre de saint Saturnin; il eut lieu sous le consulat de Dèce et de Gratus, c'est-à-dire en 250 (1).

La persécution de Dèce atteignit-elle l'Espagne? La réponse doit encore être affirmative; cependant on connaît, pour l'histoire religieuse de la péninsule au milieu du troisième siècle un seul épisode, qui est loin d'être glorieux. L'Espagne entendit ^probablement la parole évangélique dès l'aurore des temps chrétiens ; saint Paul, qui avait assigné ce pays pour terme à ses courses apostoliques, l'a peut-être visitée (2) ; des traditions qu'on n'a pas le droit de mépriser nomment sept évêquesqui, à une époque très ancienne, auraient fondé des sièges épiscopaux dans la Bétique (3). Mais à ces données sommaires se borne ce qu'on sait des annales religieuses de l'Espagne avant Dèce. I.,es persécutions précédentes y versèrent-elles le sang des fidèles? Les analogies et les vraisemblances historiques portent à le supposer ; aucun fait précis ne renseigne

(1) Les Actes indiquent cette date comme celle de l'arrivée de saint Saturnin à Toulouse : nous croyons qu'elle marque l'époque de son martyre, dont les clirétiens auront plutôt songé à conserver la date exacte. La présence d'une date consulaire est un indice probable de la véracité d'un document hagiographique ; cf. De Rossi, Roma so(terranea, t. II, p. 213, et Edmond Le Blant, les Actes des martyrs, p. 5. M. de Rossi, BiM. di arcli. crlst., 1878, p. 128, dit aussi que saint Saturnin fut « ucciso nel 250. »

(2j Saint Paul,7{o/«., xv, 24, 28; saint Clément, Cor., 5; canon de Muratori, lignes 37-38.

(3) Martyrologe d'Adon; cf. Gams, Kirdiengeschichte von Spanien, t. I ; Duchesne, les Origines chrétiennes, p. 438-439.

à cet égard (1). Une seule chose est certaine, c'est qu'avant la fin du second siècle l'Espagne avait des Églises constituées (2). Au milieu du troisième, l'édit de Dèce fut certainement appliqué en Tarraconaise et en Lusitanie : nous ignorons s'il fit des martyrs, mais nous savons malheureusement qu'il lit des apostats. Une ville, Legio (Léon), s'était formée autour du camp permanent occupé, au nord-ouest de la Tarraconaise, par la légion Vil Gemina, la seule qui à partir de Domitien ait tenu garnison en Espagne (3). Cette ville toute militaire avait un évéque, Basilide, dont la juridiction s'étendait aussi sur la magnifique (i) cité d'Asturica Augusta (Astorga) (5) : il ne sut pas résister à l'édit de Dèce et acheta des magistrats un certificat de sacrifice (G). Non seulement il devint libellatique, mais, poussé sans doute au désespoir parles reproches de sa conscience, et tombé malade, il proféra sur son

( 1) La célèbre inscription de Marquesia en Lusitanie, louant Néron d'avoir purgé la province o de ceux qui avaient apporté au genre humain une superstition nouvelle, « est fausse; voir Hiibner, Corpus inscript, lut., t. 11, inscript, falsae, 231, p. 25.

(2) Saint Irénée, Contra Hxres., I, 10; TertuUien, Adv. Judxos, 7.

(3) Cf. Mommsen, Romische Geschichte, t. V, 1885, p. 59, 60.

(4) Pline, Nat.Hist., III, 3, 23.

(5) Les sièges épiscopaux paraissent avoir été peu nombreux dans le nord de l'Espagne, puisque les deux villes importantes de Léon et d'Astorga, assez éloignées l'une de l'autre, ont un seul évéque. On pourrait signaler des faits analogues on Gaule et en Germanie. Au contraire, en Italie, en .Vfriqiie, dans le sud de l'Espagne, les évéchés étaient en grand nombre, de même qu'en Orient. Cf. Duchesne. dans le Bulletin critique, 15 août 1885, p. 310; De Smedt, Congres scientifique international des Catholiques, 1891, .Sciences religieuses, p. 85.

(6) Saint Cyprien, Ep. 67.

lit de douleur des blasphèmes contre Dieu (1) . Martial, évêque d'Emerita (Mérida), fut plus coupable encore. Même avant que la persécution mît sa foi à l'épreuve, il avait manqué gravement aux règles de la discipline chrétienne. On l'avait vu fréquenter les fêtes profanes d'un de ces collèges funéraires dont l'Empire était rempli (2), et, bravant les prohibitions de l'Église, faire enterrer ses fils parmi les païens dans le cimetière commun des sociétaires (3). Un tel homme ne dut pas opposer une longue résistance aux ordres impériaux : il s'empressa de signer une déclaration d'apostasie (4), jetant une ombre fâcheuse sur l'histoire chrétienne de la ville qui devait, un demi-siècle plus tard, voir naitre l'Agnès de l'Espagne, la charmante sainte Eulalie.

Les rigueurs paraissent avoir diminué à Rome vers la fin de 250. La sécurité relative, peu à peu rendue aux chrétiens, fut assez grande pour que de nombreux évêques, fuyant la persécution, aient été chercher un asile dans la capitale de l'Empire (5), où, du reste, il

(1) Saint Cyprien, Ep. 67.

(2) Cf. plus haut, p. 9, et appendice A à la fin du volume.

(31 Prseter gentiiium turpia et lutulenta convivia, et collegia diu frequentata, filios in eodem coUegio, gentiiium more, apud profana scpulcra depositos et alienigenis consepultos. Saint Cyprien, l. c.

(4) Actis etiam publiée habitis apud procuratotem ducenarium obtempérasse seidololatriseet Christum negasse contestatus fuerat. Ibid. — Saint Cyprien n'accuse pas Martial d'avoir sacrifié aux idoles, mais d'avoir passé devant un magistrat complaisant une déclaration constatant qu'il l'avait fait. Voir plus bas, p. 346.

(5) Episcopis... quos ex aliis provinciis longe positis peisecutionis

était plus facile que partout ailleurs d'échapper aux poursuites et de vivre caché. Bientôt le clergé et le peuple purent songer au choix d'un pontife. L'élection fut rendue possible par le départ de Dèce, qui, vers le printemps de 251, quitta Rome pour aller en Mésie combattre une invasion de Goths (1). Corneille, prêtre d'une vertu exemplaire, d'un esprit doux et modéré, appartenant surtout à une grande famille romaine, fut choisi (2), malgré l'opposition des rigoristes auxquels était suspecte sa condescendance pour les chrétiens qui avaient eu le malheur de failhr. Au parti rigoriste se joignit un groupe nombreux de confesseurs, exaltés par les souvenirs de la persécution. Les opposants nommèrent un antipape, Novatien. Mais reconnu parla majorité des fidèles, élu par la presque unanimité du clergé, consacré par seize évêques, Corneille parvint à ramener vers lui les confesseurs dissidents.

Monter, même pendant une accalmie, sur la chaire de saint Pierre exigeait un grand courage. « Il fallait une foi bien ferme pour s'y asseoir à l'époque où un

istiusardor ejecerat. Lettre du clergé romain à saint Cjprien, Ep. 31 inter Cypr.

(1; Tillemont, Histoire des Empereurs, t. III, p. 320.

(2) On place généralement son élection en juin 251. Voir Tillemont, Mémoires, t. Ilï, note isur saint Corneille. Peut-être conviendrait-il de l'avancer un peu. M. Doulcet, liste chronologique des papes, à la suite de son Essai sur les rapports de l'Église chrétienne et de l'État romain, fait commencer en mars le pontificat de Corneille. Seefelder, Zîfr Chronologie der Papste Knrnclius und Lucius, dans Theologische Quartalschrift, 1891, p. 68 et suiv., met en avril 251 l'avènement de Corneille.

tyran acharné contre les prêtres de Dieu s'emportait aux menaces les plus violentes, et eût mieux aimé apprendre la révolte d'un compétiteur que l'élection d'un pontife romain (1). » Ces paroles de saint Cyprien, écrites au lendemain de l'élection de Corneille, montrent que les contemporains ne croyaient pas, au milieu de 251, la persécution finie.

(1) Saint Cyprien, Ep. 52.

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