CHAPITRE VIII
SOM&IÂIRE. — I. L\ PROMULGATION DE l'édit A Cautiiage. — Caractère des païens et des chrétiens d'Afrique. — Fermeté de saint Cyprien. — Effet produit à Cartriage parla promulgation de l'édit. — Multitude des apostats. — Signes de la colère divine. — Chrétiens obtenant un certiOcat d'apostasie sans avoir sacrifié. — Distinction cliaritable faite par saint Cyprien entre ces libellatiques et les tombés jiroprement dits. — II. Les MAiiTviis, LES BANsis ET LES FLGiTiFs. — Clirétieus jetés cn prison. — Cliaritédes fidèles et de l'Église pour les prisonniers. — Confesseurs morts de faim en prison. — Etlorts des persécuteurs pour amener les chrétiens à l'apostasie. — Chrétiens cédant après une longue résistance : jugement indulgent de salut Cyprien. — Chrétiens mourant à la suite de la torture. — Martyre de Mappalique et de ses compagnons. — Chrétiens immolés par la populace. — Impression produite par le courage des martyrs. — Chrétiens condamnés au bannissement et à la confiscation des biens. — Chrétiens fugitifs. — III. La ouesteon des « tombés. » — Saint Cyprien se décide à fuir. — Il règle, avant de jiartlr, l'administration des affaires ecclésiastiques. — Hostilité de cinq prêtres. — Ils calomnient sa retraite. — Us excitent Vies confesseurs à usurper sur l'autorité de l'évèque. — Ceux-ci accordent, de leur autorité privée, la paix aux tombés. — Orgueil du confesseur Lucien. — Lettres de saint Cyprien aux confesseurs, au clergé et au peuple. — Obstination de plusieurs confesseurs. — Leurs désordres : lettres de saint Cyprien. — Schisme fomenté par Félicissime et Novat. — Uentrée de saint Cyprien en avril -251. —Il règle dans un concile la question des tombes. — Fin du schisme.
La promulgation de l'édit à Carthage.
Depuis la mort de Fabien jusqu'à rélection de Corneille, la communauté chrétienne de Rome, bien que privée de chef, donna le spectacle de la discipline et de l'union. L'esprit modéré, pratique, le sens du g"ouvernement , si remarquable chez les papes de ce temps, avait, en quelque sorte, passé dans le collège
presbytéral qui gérait pendant la vacance du siège les afl'aires religieuses, et les fidèles persécutés s'étaient montrés dociles à cette sage direction. Sans doute les chutes avaient été nombreuses, mais nombreux aussi furent les martyrs et les confesseurs, et ces derniers n'essayèrent pas d'empiéter sur le gouvernement des consciences, d'imposer leurs décisions au clergé : ils se montrèrent presque toujours modestes et ne furent point un embarras pour l'Église. Les païens de Rome semblent avoir assisté en curieux plutôt qu'en acteurs passionnés à la guerre déclarée par le gouvernement à la société chrétienne : les documents contemporains ne mentionnent aucune émotion populaire ni pour ni contre les fidèles : aux yeux de la population romaine, il y a là une affaire tout administrative, qui ne la touche pas, et dont elle n'a pas à se mêler.
Tout autre fut l'aspect de l'Église d'Afrique pendant la même période. On se tromperait beaucoup en assimilant aux Romains d'Europe les habitants les mieux romanisés de la province proconsulaire, de la Numidie ou de la Mauritanie. Le vieux fond berbère et punique, sensuel, subtil, sauvage, demeurait sous la couche uniforme de civilisation que Rome conquérante avait répandue le long des rivages africains (1).
(1) Les Africains de la province proconsulaire conservaient encore intact le culte des hauts lieux de la tradition phénicienne ; voir Toutain, le Sanctuaire de Saturne Balcaranensis au djebel Bou-Kournéin {Tunisie), dans Mélanges de l'École française de Rome, avril 1892, p. 1-12'i. Si l'on en croit TertuUien {Apol., 9), les sacrifices humains,