‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 29 sur 63 · LA PROMULGATION DE LEDIT DE CAUTHAGE · texte numérisé non relu

LA PROMULGATION DE LEDIT DE CAUTHAGE

Le peuple était resté .erossier et sanguin aiie, toujours prêt à se lever pour l'émeute. Le scepticisme poli de Rome ne l'avait pas atteint : il adorait ses dieux indigènes avec la naïveté d'autrefois; il détestait les chré tiens, croyait aux calomnies débitées jadis sur leur compte et auxquelles personne n'ajoutait plus foi de l'autre côté de la mer; sa superstition leur imputait tous les fléaux, pestes, famines, invasions de sauterelles, qui trop souvent, dans ce climat de feu, ravageaient les campagnes ou dépeuplaient les villes. Les chrétiens eux-mêmes avaient leur physionomie particulière. Us étaient sans cesse portés à se diviser : les Actes de sainle Perpétue montrent des dissensions existant dès le temps de Septime Sévère entre l'évéque de Carthage et une partie de son clergé , les fidèles 3e prononçant, et Fégiise transformée en une sorte de cirque, où des factions diverses se disputent le pouvoir (1). Dans un tel milieu, les thèses excessives, le faux rigorisme, l'orgueil doctrinal toujours prêt à se séparer et à maudire, se développaient avec une facilité extraordinaire. TertuUien semble l'incarnation de cet esprit, mais d'autres lui ressembleront, et c'est d'Afrique que partira Novat. On comprend l'effet que dut produire sur tout ce monde agité la soudaine persécution de Dèce. Elle déchaîna les passions de la foule païenne, et suscita parmi les fidèles

qui avaient cessé dêlre ofTerts publiquement à Baal depuis Tibère, se continuaient en secretà l'époque où il écrit ( et nunc in occulto).

(1) Passio SS. Perpétuas et Felicilatis , 13 ; dansRuinart, Actasincera,]). 92.

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d'admirables héros ; mais en même temps elle amena des chutes innombrables, et favorisa chez beaucoup de ceux qui étaient restés debout, stantes, les sentiments d'orgueil, les idées d'indépendance. L'Eglise de la métropole africaine eût eu peine à surmonter cette crise si l'évêque Gyprien, héritier des traditions romaines , bien qu'originaire de Carthage , n'avait, du fond de sa retraite, dompté cette cavale rétive, qui, tenue par une main moins ferme, se serait peut-être jetée d'un bond dans l'apostasie ou la révolte.

La publication de l'édit de Dèce fit sur la population chrétienne de Carthage, amollie par une longue paix, l'effet d'un coup de foudre. Dans les précédentes persécutions, chacun pouvait conserver l'espoir d'échapper à l'obligation de confesser sa foi. Au deuxième siècle, une accusation privée était nécessaire pour qu'un chrétien fût déféré aux tribunaux; sous Septirae Sévère, puis sous Maximin, les poursuites furent dirigées par l'autorité publique, mais elles n'atteignirent en général que les plus en vue, et la masse obscure de la population, les humbles, les petits, ne furent qu'accidentellement traduits en justice, quand une circonstance particulière attirait sur eux les regards des magistrats. Sous Dèce, la persécution était vraiment universelle et prenait tous les chrétiens pour les détruire, comme d'un seul coup de filet. C'est en Afrique, et particulièrement à Carthage, qu'on peut le mieux s'en sendre compte, grâce aux écrits de saint Cyprien. Un délai avait été fixé, pen-

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