‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 33 sur 63 · II · texte numérisé non relu

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de respect à l'évêque (1). Vers le même temps, des conseils excellents arrivaient au clergé de Carthage de la part du clergé de Rome; dans la même lettre où, mal renseigné encore, ce dernier faisait des allusions peu lîienveillantes à l'éloignement de Cyprien, il traçait aux prêtres de la métropole africaine des règles très sages sur la conduite à suivre au sujet des tombés, qui doivent être exhortés à la pénitence, encouragés à confesser Jésus-Christ si une seconde épreuve leur est imposée, mais ne doivent être reçus à la communion qu'en cas de maladie (2). Cette môme règle fut donnée par saint Cyprien, qui écrivit à ses prêtres d'accorder aux malades la paix promise par les billets des martyrs (3). Pour les tombés qui s'étaient relevés en confessant Jésus-Christ, et avaient été condamnés au bannissement, Cyprien les considéra comme réhabilités, et les admit à la communion (4). En ce qui concernait les autres, il jugeait qu'il fallait les laisser en suspens jusqu'à ce que la paix eût permis de réunir une assemblée d'évêques qui déciderait, d'accord avec le clergé et le peuple, les conditions et l'heure auxquelles il conviendrait de les réintégrer dans la société des iidèles (5).

On aurait pu croire que ces décisions, empreintes de tant de modération et de sagesse, auraient mis fin

(1) Saint Cyprien, Ep. 11.

(2) Ep. 2 (inler Cypr.j.

{S)Ep. 13, 14.

(4) Ep. 19.

(5) Ep. 14.

au conflit : loin de là, celui-ci sembla devenir plus aigu. Les dissidents crièrent d'autant plus fort, qu'il leur restait moins de raisons de crier. Lucien, au nom d'autres confesseurs, écrivit à Cyprien une lettre dont la brièveté impérieuse touchait à Tinsolence (1), De tous côtés les tombés s'agitaient, s'élevaient contre les évêques, voulaient rentrer de force et comme d'assaut dans l'Église (2). Malgré les conseils des confesseurs de Rome, restés aussi respectueux de la hiérarchie que ceux de Carthage étaient devenus indisciplinés (3), malgré l'intervention réitérée du clergé romain, désormais convaincu de l'innocence et du bon droit de saint Cyprien i^4 , malgré l'attitude excellente du plus grand nombre des prêtres de Carthage, demeurés fidèles à leurévêque, la crise continuait. La multitude des tombés devenait plus exigeante, à mesure que la persécution s'assoupissait, que le péril s'éloignait, et que l'on pouvait prévoir le moment où la rentrée dans l'Église n'offrirait plus que des avantages sans mélange aucun de dangers.

Déjà les persécuteurs découragés se relâchaient de leur rigueur, les portes des prisons s'ouvraient, les confesseurs en sortaient enfouie. Après un an de détention, beaucoup d'entre eux furent comme grisésjpar l'air de la liberté. Flattés par les prêtres rebelles, ac-

(1) Ep. 16 (inter Cypr.).

(2) Ep. 22,

(3) Ep. 22, 25.

(4) Ep. 31 (inter Cypr.).

cueillis avec toute sorte de prévenance par les tombés, étourdis des éloges qu'ils recevaient, ils en vinrent à se considérer comme des êtres à part, supérieurs au reste de l'humanité, mis par la gloire du martyre au-dessus des convenances communes et de la morale vulgaire. Des hommes qui, en prison, avaient intrépidement confessé Jésus-Christ ne rougirent pas de s'abandonner au désordre. Les jalousies, les divisions bruyantes se manifestèrent ouvertement parmi eux : quelques-uns tombèrent dans l'ivrognerie, d'autres affichèrent des familiaritéssuspectes, et laissèrent douter de leur vertu. Le scandale était grand : le parti des tombés, et les prêtres qui le menaient, se réjouissaient des dérèglements qui leur livraient plus complètement les confesseurs (1). Cyprien, averti comme toujours, dut couper court à ce scandale. Sa plume infatigable écrivit à tous les confesseurs (sans distinguer, par charité, entre les innocents et les coupables) une lettre (2) à la fois douce et ferme, reprenant les uns de leurs fautes, louant l'innocence des autres, les exhortant tous à conserver, par une exacte pureté de vie, la gloire qu'une héroïque confession leur avait acquise. Craignant les suggestions mauvaises de la pauvreté, il annonçait vers le même temps l'envoi de plusieurs sommes d'argent (3). Parmi les avertissements contenus dans la lettre de saint Cyprien, il en

(1) Saint Cyprien, Ep. 5, G.

(2) Ep. 6.

(3) Ep. 5.

est un qui mérite une attention particulière. L'évoque blâme ceux qui, rompant leur ban, reviennent dans leur patrie après avoir encouru une sentence d'exil non encore levée, « et s'exposent ainsi à être punis non plus comme chrétiens, mais comme violateurs des lois (1). » On ne saurait trop admirer cette délicatesse extrême de l'honneur chrétien, et ce scrupuleux respect des lois romaines chez ceux en qui les persécuteurs s'obstinaient à voir des ennemis de l'Empire.

La situation personnelle de Cyprien n'était pas identique à celle des bannis : aucune sentence judiciaire n'avait été rendue contre lui, et le seul acte de l'autorité qui l'eût visé était l'ordonnance de confiscation de ses biens. Aussi pouvait-il rentrer à Garthage sans braver la loi. Il y songeait tous les jours, et attendait avec impatience le moment où la paix serait afTermie et où la haine que lui portaient les païens paraîtrait moins violente (2). Mais, quand il touchait à l'heure désirée du retour, les troubles de l'Église s'aggravèrent : un schisme éclata. Le chef nominal fut un laïque influent et riche, de mœurs peu recommandables, appelé Felicissimus i3), auquel se joignirent bientôt les cinq prêtres qui n'avaient cessé de faire opposition à Cyprien, et parmi lesquels était le turbulent Novat,

(D... Delinquitur... quando... alius in eain palriam unde evtonis faclus est legreditur, ut apprehensus non jam quasi christianus, sed quasi nocens pereat. Saint Cyprien, Ep. G.

(2) Ep. 36.

(3) il ne faut pas confondre ce scliisraatique avec le confesseur Felicissimus, dont la lettre 81 loue les mœurs paisible-, et pures.

destiné à prêcher le rigorisme à Rome après avoir pris parti à Carthage pour la morale relâchée. Beaucoup de tombés les suivirent, attirés par la promesse d'une prompte réconciliation (1). Il était temps que Cyprien rentrât. Après un exil qui avait duré quatorze mois (de février 250 à avril 251), il revint à Carthage. Son premier soin fut de réunir plusieurs évêques en concile, pour régler, de concert avec le clergé et le peuple, toutes les questions pendantes. On entendit d'abord Felicissimus, Novat et leurs adhérents : ils furent condamnés. Puis l'assemblée termina par son jugement l'affaire des tombés. Elle décida d'exclure de toute fonction ecclésiastique les évêques et les prêtres qui auraient sacrifié ou seraient porteurs de certificats de sacrifice ; d'accorder la communion aux autres libellatiques s'ils avaient fait pénitence aussitôt après leur péché; pour les laïques qui avaient sacrifié, on arrêta d'examiner séparément chaque, cas, d'après de^ règles déterminées, et de fixer selon les circonstances le degré de la culpabilité, la durée de la pénitence et le délai de la réconciliation (2).

Ces décrets furent envoyés au pape Corneille, qui, ayant réuni à Rome un concile de soixante évêques, y donna son adhésion : des assemblées tenues dans plusieurs villes d'Italie et d'Afrique les adoptèrent également. La question des tombés fut résolue d'un

(1) Saint Cyprien, Ep. 38, 39, i9, 55, 81.

(2) Ep. 51, 52, 53, 55, 68. Cf. Tillemont, Mémoires, t. IV, notes xxix et XXX sur saint Cyprien.

schisme de Felicissimus s'éteignit misérablement au

commun accord, dans tout l'Occident chrétien (1). Le schisme de Felicissimus bout de quelques mois.

(1) Eusèbe, His(. EccL, VI, -iS.

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