‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 39 sur 63 · LE CULTE DE DLANE ET LES MARTYRS D'ASIE · texte numérisé non relu

LE CULTE DE DLANE ET LES MARTYRS D'ASIE

sa langue avec ses dents. Une jeane fille de seize ans, Denise, qui assistait à ce spectacle, ne put contenir sa douleur : «Malheureux, s'écria-t-elle, pour gagner une heure de vie tu as perdu ton éternité ! » Le proconsul se la fit amener. « Tu es chrétienne? lui demanda-t-il. — Oui, et je pleure sur ce malheureux qui n'a pu soufl'rir un instant pour gagner un éternel repos. — Mais il Ta gagné, le repos, dit le proconsul. Il a satisfait aux dieux en sacrifiant, puis, pour le soustraire à vos reproches, la grande Diane et Vénus ont daigné le prendre (i). Toi, sacrifie comme lui; sinon, tu seras déshonorée, puis brûlée vive, — Mon Dieu est plus fort que toi, répondit Denise : c'est pourquoi je ne crains pas tes menaces : il me donnera la force de souli'rir, » Le proconsul fit conduire en prison André et Paul; puis, par un de ces affreux abus de pouvoir dont nous avons déjà rapporté des exemples (2), il livra Denise à deux jeunes gens, qui rentraînèrent dans leur maison. Mais sa vertu fut miraculeusement préservée : l'ange qui veille sur la pudeur des vierges se révéla tout à coup à ses persécuteurs : vaincus par la résistance de la jeune fille, touchés de sa grâce et de son innocence, les deux païens tombèrent à ses pieds et lui demandèrent pardon.

(1) Le proconsul fait allusion à la tradition d'après laquelle Diane aurait emporté dans son char Hippolyte mourant; Virgile, Enéide, Vil, 766-768; Horace, l\ Carm., vu, 26; cf. Creuzer, Symbolik,t.l\, p. 146. Une peinture d'un temple de Diane à Rome, encore visible à la fin du quatrième siècle, représentait celte scène; Prudence, Contra Symmackinn, II, 54-59.

(2) Voir plus haut, pages Ô3, 'i09.

Le lendemain la foule, très agitée, entoura dès le matin le tribunal du proconsul. Les meneurs n'étaient pas des Juifs, comme à Smyrne, mais deux prêtres de Diane, Onésicrate et Macedo. « Livre-nous André et Paul, » criait la foule. Optimus fit venir les accusés. « André, Paul, dit-il, sacrifiez à l'admirable Diane. — Nous ne connaissons, répondirent les deux chrétiens, ni Diane ni les autres dieux que vous adorez : nous n'avons qu'un Dieu, à qui nous réservons notre culte, — Livre-les-nous, afin que nous les lassions mourir, » criait toujours le peuple. Le proconsul commanda de fouetter les deux martyrs, puis il les abandonna aux fanatiques pour être lapidés. On les entraîna les pieds liés hors de la ville, et on les écrasa sous les pierres.

Pendant leur supplice, des cris, des gémissements se firent entendre : une femme éplorée se jeta sur les corps des martyrs, en disant : « Pour vivre avec vous dans le ciel, je demande à mourir ici avec vous. » C'était Denise , qui avait réussi à s'échapper, et qui était accourue pour partager leur couronne. Le proconsul, averti sur-le-champ, ordonna de la séparer des deux saints : on l'emmena, et elle fut décapitée.

Est-ce sous Optimus, ou sous son successeur Valerius ou Valerianus, que furent condamnés, dans une autre ville du nord de la province proconsulaire, trois martyrs, Carpos, Papylos et Agathonicé? Il est assez difficile de le déterminer; mais leurs Actes , lus par Eusèbe (1) , et récemment re-

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