‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 43 sur 63 · LES MARTYRS DU PONT ET DE LA CAPPADOCE · texte numérisé non relu

LES MARTYRS DU PONT ET DE LA CAPPADOCE

suivantes le martyr de saint Alexandre, le pieux et savant charbonnier que l'intervention de saint Grégoire avait fait élire évêque de Coraane, dans le Pont Galatique (1). Il est probable que l'évêque de Césarée en Cappadoce, saint Firmilien, l'un des plus savants et des plus intimes amis d'Origène, donna, comme saint Grégoire, aux chrétiens de son Église le conseil de fuir ou de se cacher pendant la persécution de Dèce, car on cite pour la Cappadoce proprement dite un seul martyr, le soldat Mercurius (2). Un autre soldat, dont la poésie a rendu le nom immortel, périt également pour la foi, sous Dèce, dans la partie de l'Arméme qui depuis Trajan avait été rattachée à la Cappadoce (3) : c'est Polyeucte, très probablement officier dans la légion XH Fulmitiata, stationnée à Mélitène (i). Il avait épousé la fille d'un des fonctionnaires romains de la province. Converti par Néarque, son compagnon d'armes, il courut, avec l'imprudente ferveur d'un néophyte (5) et l'ardeur bouillante d'un soldat, déchirer l'édit impérial affiché dans Mélitène, puis, se jetant sur une procession païenne, brisa les

(1) Cf. Tillemont, Mémoires, t. IV, art. vin sur saint Grégoire le Thaumaturge.

(2) Surius, Vita' ,S.S., t. XI, p. 524-526; Métaphraste, dans Migne, Pair. Grue, t. CXVI, p. 269-270.

(3) Armenia Minor. Voir DeRossi, Inscripliones christianœ urbis Rom,r, t. I, n» 355; Marquardt, Bomlsche Slaatsverualhtng, t. I, p. 369, 435.

(4) Dion, LV, 23; Procope, De adificiis, III, 4.

(5) Cf. Edmond Le Biant, Polyeucte et le zèle téméraire, dans Mémoires de IWco demie des Inscriptions, t. XXVIII, 1876, 2" partie, p. 335-352.

idoles que portaient les prêtres. On l'arrêta. Sourd aux prières de son beau-père, insensible aux larmes de sa femme, endurci contre les fouets des bourreaux, il persista dans la foi dont il venait de donner un éclatant témoignage, et mourut décapité (1). Néarque, que l'on ne parait pas avoir inquiété, recueillit dans des linges le sang précieux du martyr. Le corps de Polyeucte fut enterré à Mélitène (2).

(1) Le 14 février. « In Militana civitat. natale Sel Polioti. » Mari, hiéron., éd. De Rossi-Duchesne, p. 20.

(2) Les Actes de saint Polyeucten'étaient connus jusqu'à ces derniers temps que par la rédaction justement suspecte de Métapbraste et un texte plus court publié par les Bollandistes. M. Aube a retrouvé en

1882, dans deux manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, une homélie du milieu du quatrième siècle, suivant lui, du commencement du cinquième, croyons-nous plutôt, d'où ces deux pièces procèdent. Voir plus bas, Appendice D, Polyencle dans la poésie el dans l'histoire.

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Quelques évêques d'Asie.

A l'exception de saint Garpos, mort pour la foi dans l'Asie proconsulaire, l'ouest et le nord delà péninsule n'ont ajouté aucun nom d'évêque à la liste des martyrs de la persécution de Dèce. Les régions du centre et du midi comblent cette lacune.

Saint Acace était évêque, car ses Actes lui donnent le titre de « refuge et bouclier des chrétiens d'Antioche. » Mais la ville où parait avoir été son siège épiscopal ne peut être la grande métropole de Syrie, dont saint Babylas était évêque depuis 237, et qui fut administrée ensuite par ce Fabius (1), à qui saint Denys d'Alexandrie envoya une relation si intéressante de la persécution de Dèce en Egypte. Acace gouvernait probablement l'Église d'AntiochedePisidie ^2), colonie romaine célèbre dans les fastes du christianisme, car elle reçut la foi de Paul et de Barnabe (3). Elle dépendait politiquement de la Galatie, dont elle marquait l'extrême limite au sud-ouest; en fait, c'était une ville phrygienne de situation, d'idées et de mœurs (4). Ainsi

(J) Eusèbe, Hist.EccL, VI, 39, 4.

(2) A cause de l'expression : « Scutum quoddam ac refugium Antiochiae regionis, » M. Harnack se demande si Acace n'administrait pas en qualité de chorévéque les environs d'Antioche. Die Mission und Aiisbreitune/ des Christenthvms, p. 483, note 1.

{i) Actusapostolnrum, xiii, li-51.

(4) Strabon, Geogr., XII, 6, 14; Lebas et Waddington, Voyage archéologique, t. III, n°668.

s'explique, dans les Actes de saint Acace, la mention de la secte des Cataphryges, influente et nombreuse dans ces régions où le montanisme avait pris naissance. Le procès de saint Acace est un des épisodes les plus curieux de la persécution de Dèce. La pièce qui le rapporte, évidemment traduite du grec, offre des garanties d'authenticité, bien qu'on y puisse regretter l'absence d'indications précises quant au lieu de la scène et à la qualité du magistrat.

Celui-ci, nommé Martianus (1), est qualifié de consulaire. Le titre de consulaire, pris dans le sens de gouverneur,, ne se rencontre pas avant le quatrième siècle; d'ailleurs, on lit à la fin des Actes que Martianus ne fut appelé au gouvernement d'une province qu'après le procès d' Acace (2). C'était probablement un fonctionnaire chargé d'une mission spéciale pour la recherche des chrétiens. Il vit venir Acace : « Tu profites des lois romaines, lui dit-il, tu dois aimer nos princes (3). — Qui donc, répondit l'évêque, aime

(1) Ou plus probablement Marcianus. Les désinences anus sont fréquentes au troisième siècle; cf. De Ross], Inscriptiones christianx urbis Ronuv, t. I, p. cxu-cxiv.

(2) Sans cette circonstance, on pourrait supposer que l'original grec qualifiait Martianus d'àvôilmatoç proconsul. 'AvOûnato; a été quelquefois employé avec le sens de consularis (cf. Appien, De Bello civlli, I, 38, rapproché de Spartien, Hadr.,22, 13; Capitolin, Ant.Pius, 2, 11; Marc. AnL, 11) et le traducteur eût pu à la rigueur s'y tromper.

(3) Debes amare principes nostros, homo Romanis legibus vivens. Acta disputationis S.Achatii episcopi etmarlyris, 1, dans Ruinart, p. 130. — Antioche de Pisidie était une colonie rom'àme juris Italie i, ayant ses duumviri et ses décurions : l'expression homo Romanis legibus vivens s'applique très bien à l'un de ses habitants.

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Tempereur autant que les chrétiens ? Nous prions tous les jours pour lui, demandant à Dieu de lui donner une longue vie, un gouvernement juste, un règne paisible ; nous prions ensuite pour le salut des soldats et pour la conservation de l'Empire et du monde (1). — Je te loue de ces sentiments ; mais, afin que l'empereur en reconnaisse la sincérité, offre-lui avec nous un sacrifice. — Je prie mon Seigneur, le grand et vrai Dieu, pour le salut du prince ; mais celui-ci n'a pas le droit d'exiger de nous un sacrifice, ni nous de lui en offrir. Qui donc peut adresser son culte à un homme (2)? — Dis-nous alors à quel Dieu tu offres tes prières, afin que nous l'honorions aussi. » Sans paraître apercevoir l'ironie avec laquelle cette question était faite, Acace commença une longue explication théologique, ou plutôt une vive attaque contre les dieux de l'Olympe, passant en revue les fables scandaleuses dont chacun d'eux était l'objet : il semble qu'on entende dans sa parole un écho de ce que dut être la polémique chrétienne de ce temps, et qu'on y retrouve les arguments, assez piquants et assez libres, dont se servaient les controversistes pour détacher les âmes de la religion païenne. Le magistrat répondait mollement, et ne paraissait pas se donner beaucoup de

(1) Cf. les noinbreuv textes des Pères et des anciennes liturgies cités par Mangold, De Ecclesia piimxva pro Cxsaribus ac 7)iagistratlbus preces fundeitte, \). 11-17.

(2) Sur le culte des empereurs, môme vivants, répandu surtout en Italie et en Orient, voir Boissier, la lieUgioii romaUie, t. I, p. 122- 208. Cf. Suétone, Tiberius, 13; Pline, i>., X 97.

peine pour défendre ses dieux, soit qu'il ne daignât pas entrer en discussion avec un chrétien, soit peutêtre qu'il se souciât médiocrement de leur bon renom. « Allons, disait-il avec douceur, c'est la coutume des chrétiens de dire du mal de nos dieux. Je t'ordonne de venir avec moi au temple de Jupiter et de Junon; nous y ferons un agréable festin (1), et nous rendrons aux immortels l'honneur qui leur est dû. » Et comme Acace, se récriant contre une telle offre, continuait la discussion, et renouvelait les arguments d'Evhémère, très populaires à cette époque, au sujet du tombeau de Jupiter en Crète : <( Sacrifie ou meurs, interrompit brusquement Martianus. — Tu ressembles aux brigands dalmates, répondit le chrétien (2) : quand ils ont arrêté un voyayeur, ils leur demandent soudain la bourse ou la vie, et refusent toute explication. Tu agis de même. Pour moi, je ne crains rien. Si j'étais coupable de quelque crime, je serais le premier à me condamner; mais si l'on m'envoie au supplice parce que j'adore le vrai Dieu, ce n'est plus de la

(1) Sur les festins qui accompagnaient les sacrifices commandés aux chrétiens par l'édit de Dèce, voir [ilus Laut, p. 341. « Le temple de Jupiter et de Junon « indique probablement le Capitole, où ces deux divinités formaient avec Minerve une triade. Il y avait donc un Capitole à Antioche de Pisidie; car je ne partage par l'opinion de M. Castan, les Capitales provinciaux (dans Mém. de la Soc. d'Emulation du Doubs, 1886, p. 354), qui applique ce texte des Actes à Antioche de Syrie.

(2) Je me demande pourquoi Acace est allé chercher si loin cette allusion, caria Pisidie aussi était infestée de brigands; voir les textes cités par Ramsay, The Churchand tlie Roman Empire before 170, p. 24-25 (Londres, 1894).

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justice, c'est de l'arbitraire. Écoute ce que disent nos saints livres: Comme tu auras jugé, tu seras jugé toimême, et comme tu aurasagi l'on agira envers toi. — Je n'ai pas été envoyé pour juger, repartit le magistrat, mais pour contraindre. Si tu méprises nos commandements, tu seras châtié. »

Onnepeutindiquer plus clairement sur quel terrain est placé le persécuteur : il ne s'agit pas, pour Dèce et ses agents, de lutter par la raison ou même par la force en faveur d'un système religieux, mais de réduire à l'obéissance des volontés rebelles. Aussi le chrétien et le païen ne peuvent-ils s'entendre : l'un s'efforce de porter la controverse dans la sphère des idées, l'autre la ramène immédiatement à celle de la politique.

Acace répondit avec une éloquente fermeté : « Si telles sont tes instructions, les miennes me défendent de renier mon Dieu. Tu sers un homme fragile et charnel, que la mort atteindra bientôt, et que tu sais devoir être la pâture des vers; combien plus dois-je obéir à Dieu, dont la puissance est éternelle, et qui a dit lui-même : Celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père céleste, quand je serai venu dans ma gloire et ma vertu juger les vivants et les morts ! » Cette parole frappa le magistrat, et il fit à la doctrine de l'incarnation du Fils de Dieu quelques objections, les mêmes sansdoute qui couraient parmi les païens du troisième siècle. Puis, revenant aux conclusions poKtiques, qui seules au fond le préoccupaient : « Vois, dit-il, les Cataphryges :

leur religion est ancienne (1) : cependant ils l'ont abandonnée pour la nôtre. Fais comme eux. Rassemble tous les catholiques, et suis avec eux la religion de l'empereur. Je sais que ton peuple se laisse conduire par toi. — Les chrétiens obéissent non à moi, mais à Dieu. Ils m'écouteront si je leur enseigne la justice; ils me mépriseront si je leur conseille le mal. — Donne-moi leurs noms à tous. — Leurs noms sont écrits au livre de vie. — Où sont les magiciens qui t'aident dans tes artifices, ou qui t'ont enseigné tes prestiges (2)? — Nous avons tout reçu de Dieu, et la magie nous fait horreur. — Vous êtes des magiciens, puisque vous avez inventé une religion. — Nous détruisons les dieux créés par vous, et dont vous avez peur. Mais le Dieu que nous craignons n'est pas notre œuvre; il est notre créateur, il nous a aimés comme un père, et, comme un bon maître, il nous arrachés à la mort. — Donne-moi les noms, ou je te fais mourir. — Je suis devant ton tribunal, et tu me demandes des noms ! Espères-tu donc vaincre les autres, quand tu te laisses vaincre par moi seul? Cependant, si tu désires connaître des noms, je m'appelle Acace, et on

(1) Cataphvyges asjiice, liomines religionis antiquae. — On peut, en combinant Eusèbe, Chronique (éd. Schœne, p. ilb-113}; HisL EccL, IV, 16, 27; V, 1,49; saint Épiphane, Hares., XLIII, 1, placer aux environs de 160 l'apparition du montanisme en Phrygie.

(2) Cf. Edmond Le Blant, Recherches sur V accusation de magie dirigée contre les premiers chrétiens, 1869, el Notes sur les bases juridiques des procès dirigés contre les premiers chrétiens, 1866, p. 8-13.

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me nomme le Bon Ange (1\ Fais maintenant ce que tu voudras (-2). — Tu iras en prison, dit le magistrat, et je transmettraià l'empereur le procès-verbal de ton interrogatoire. Sa volonté décidera de ton sort. »

On surprend ici, de la part de Martianus, une hésitation singulière. D'autres, nous l'avons vu, ne condamnèrent qu'avec répugnance : ils condamnèrent cependant. Martianus semble si frappé des réponses, et plus encore peut-être de l'attitude et de l'accent de son justiciable, qu'il n'ose prendre sur lui d'envoyer

(1) 'A.Y«6^; "Ayy£).o;. Les chrétiens donnaient volontiers des surnoms à leurs évêques; cf. 'lyviTto; y.at à ©eo^ôpo;. Le surnom donné à Acace convenait bien à un pasteur; Apoc, ii, l, 8, 12, 18; m, 1, 7, 14. Ce cognomen se retrouve sur deux marbres funéraires de la plus ancienne partie du cimetière de Priscille: (Bull, di arch. crist., 1886, p. 58, 97) et sur une pierre également cémétériale, trouvée à Rome en 1887, et portant le monogramme de Christ. (Bull, délia comm. arch . cotn.di Roma, 1887, p. 181, n° 191). Il n'est pas sans exemple surdes tombes païennes; voir à Ostie, Corp. inscr. laL, t. XIV, 294. On le rencontre sur un sceau rectangulaire provenant de Tripoli de Syrie, et conservé aujourd'hui au Louvre; Bull, de la Société des Ant. de France, 1902, p. 197.

(2) Dans le texte de Ruinart, avant cette dernière phrase, immédiatement après avoir dit son nom et son surnom. Acace ajoute : el Piso Trajanoruiniou. Trojannrum] episcopus, et Menander presbyter. On ne comprend pas que le martyr livre les noms, après les avoir refusés. Les manuscrits consultés par Ruinart et les Bollandistes les rapportent du reste avec bien des variantes. On est tenté de croire qu'il y a là quelque glose marginale, qu'un copiste aura fait entrer dans le texte. Ce qui confirme cette pensée, c'est qu'un manuscrit récemment entré à la Bibliothèque nationale ne contient aucune mention de Piso et de Menander. Cf. Aube, iÉ;/lise et l'État dans la seconde moitié du Iroisiènie siècle, p. 189, note 2. M. Harnack pense que la Troja dont serait évéque ce Piso estla Trajanopolis phrygienne plutôl que la Troas deMysie: Die Mission und Ausbreitnng des Chrislentfiums, p. 483, note 1.

un tel homme à la mort. Il laissera la décision à l'empereur. A son tour, l'empereur s'attendrit. Dèce était implacable en théorie; ses agents avaient reçu des ordres sévères, et il entendait qu'on les exécutât. Mais dans les rares occasions où lui-même put voir de près ces chrétiens qu'il ordonnait aux autres de condamner, son cœur, meilleur que ses idées, et dont les historiens vantent la bonté, paraît s'être facilement ému. Un jour, à Rome, Dèce jugea un chrétien : il n'eut pas la force de prononcer un arrêt de mort, et renvoya libre l'accusé, dont la jeunesse et le courage lui avaient fait une profonde impression (1). Lalecturedes pièces transmises par Martianus l'intéressa. On dit qu'il sourit en les lisant (2). Les piquantes railleries d'Acace contre les dieux amusèrent-elles son scepticisme de Romain blasé? fut-il désarmé par le ton loyal et visiblement sincère dont l'évêque avait parlé de l'Empire et de l'empereur? On ne sait; maisle courrier qui avait porté à Rome les pièces du procès rapporta l'ordre de mettre l'accusé en liberté. L'empereur ne sut pas mauvais gré à Martianus de lui avoir procuré cette occasion de se montrer humain, car il changea sa mission temporaire en une situation défini-

(1) Voirplus haut, p. 309.

(2) Lectis itaque omnibus gestis, Decius impeiator altercationem jam redditse responsionis admirans, versus in risum est. Acta disputationis S. Achatii, 5, dans Ruinart, p. 142. — II est à peine besoin défaire remarquer que, si l'interrogatoire peut avoir été emprunté à une pièce authentique, ce dernier détail au contraire ne provient que d'une tradition plus ou moins bien renseignée.

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tive, et lui confia la légation de Pamphylie (1).

Le procès de Nestor, évêque de Magydos, ville de la province dont Martianus devint gouverneur, est aussi curieux que celui d'Acace. Il se termina d'une manière plus tragique, puisque le légat (probablement prédécesseur de Martianus) (2) fit torturer, puis mettre à mort le martyr. Mais, dans la première partie de l'action, quand la procédure, avant de passer aux mains du représentant de Rome, était encore dans sa phase préparatoire, et dirigée par les magistrats municipaux, on retrouve cette courtoisie naturelle aux Grecs d'Asie, dont nous avons déjà cité des exemples.

Comme saint Grégoire le Thaumaturge, Nestor avait conseillé la fuite à tous les chrétiens, « de peur que le loup entrant dans la bergerie du Christ ne déchirât quelques brebis. » Mais il n'avait pas cru devoir leur donner l'exemple, et il était demeuré tranquillement dans sa maison. Des païens vinrent l'y chercher. Il descendit, calme et majestueux. « L'irénarque (3) et tout le conseil vous demandent, » lui dit-on. Nestor se rendit à l'agora. Les sénateurs y étaient rassem-

(1) Martiano praefecturam Pamphyli* mo\ dédit. Jbid.

(2) Les martyrologes, placent en lévrier la mort de saint Nestor (V Kl. Mari. Pampilia natl. Nestoris; Mcwt. hieron., éd. De Uossi-Duchesne, p. 25), tandis que le procès d'Acace, à la suite duquel Martianus reçut la légation de Pamphylie, eut lieu le 4 des calendes d'avril (29 mars).

(3) Sur l'irénarque, voir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles. 3"- éd., p. 3 ir>, et Marquardt, Rôm. Saatsverwaltiing., t. I, p. 213.

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