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soit la terre, soitles édifices, leur propriété passerait à la ville de Pouzzoles(l). On pouvait échapper ainsi aux lois qui restreignaient au seul emplacement du tombeau le caractère religieux : sans demander que le reste du domaine fût consacré, il suffisait d'une clause insérée dans un testament ou dans un acte de donation pour le retirer tout entier du commerce. Les chrétiens pouvaient user librement de cette faculté, et se constituer ainsi des domaines funéraires inaliénables, intransmissibles, et aussi vastes qu'il en était besoin.
Les premiers fidèlesattachaientune grande importance à ce que les restes des disciples du Christ ne fussent point souillés par le voisinage de cendres profanes : enterrer dans le même tombeau un chrétien et un païen eût été, à leurs yeux, un véritable sacrilège (2 . La loi romaineleur permettait de le prévenir. Il y a, disent les jurisconsultes, deux sortes de sépultures, la sépulture de la famille et la sépulture héréditaire (3 . Cette dernière devient, après la mort de celui qui Ta fondée, la propriété de son héritier ou de ses héritiers : elle est inaliénable, comme tout lieu religieux, mais Iransmissible. La sépulture de famille, au contraire, ne devient point la propriété de l'héritier : « Ce monument ne suivra pas mon héritier, » disent fréquemment les inscriptions (4). Les membres de la famille y peuvent seuls être enterrés, c'est-à-dire les parents, les affranchis (ils sont de la famille, puisqu'ils
(1) Orelli, 4430.
(2) Saint Cyprien, Ep. 67.— Voir plus haut, page 332.
(3) Familiaria sepulchra, hereditaria sepulchra. Gaius, au Dig., XI, Yii, 5. Cf. Gulher, De jure manium, 1. III, c. 8 et 9, p. 428-440.
(4) Voir plus haut, p. 472; souvent HEREDEM EXTERVM NON SE- QVETVR. Fabretti, p. 94, 205; Orelli, 4425,4497, 4509,4532; HERE- DEM EXTRANEVM NON SEQVETVR, BuUettino di archeologia crht.iana, 1865, p. 89; VALERE VOLO AB HEREDIBVS MEIS, Henzeu,
portent le gentilitium du patron i 1), l'héritier lui-même : mais ccderniern'en acquiert pas la propriété, et n'y peut déposer aucun des siens (2). Le testateur a même le droit d'écarter, dans cette catégorie de personnes, qui il voudra : les inscriptions nomment quelquefois tel ou tel affranchi dont les cendres ne pourront pas reposer dans le tombeau de famille 3 . Les chrétiens pouvaient, par des clauses analogues, écarter de leur sépulture quiconque n'eût point appartenu à leur religion : et nous savons qu'ils usaient de ce droit. « Marc Antoine Restitutus a fait cet hypogée pour lui-même et pour ceux des siens qui ont foi dans le Seigneur, » dit une inscription (4). Une autre qui paraît aussi chrétienne, peut se traduire ainsi : « Monument de Valerius Mercurius, de Julitta, de Julianus, deQuintilia Verecunda, de mes affranchis et affranchies et de mes descendants appartenant à ma religion. Deux pieds de terrain en long et en large tout autour de ce monument en dépendent (5). » De pareils tombeaux constituent bien des sépultures de famille telles que les
(1) De là cette expression sur les tombeaux que le testateur rend communs à soi et à ses affranchis: HOC MONVMENTVM NE DE NO- MINE EXEATFAMILIAE SVAE(OreUi,4386. 442.5. 4610 ; Heiizen,7331). HAEC AEDICLA ALIVM NOMEN NON SEQVETVR(Fabretti, p.95, 221). — Sur les noms des affranciiis, voir Ferrero, Dei Libei'tini, Appendice, p. 137 et suiv. (Turin, 1877.)
(2) EXTERAE FAMILIAE ADITVS NON DATVR. Orelli, 4392.
(3) Gruter, 184, 4; 862, 5; Orelli, 4124; Mommsen, Inscr. regni Neap., 6570.
(4) ÎJ. ANTONIVS. RESTVTVS. FECIT. YPOGEVM.SIBI.ET. SVIS. FIDENTIBVS. IN. DOMINO. DeRossi, f<oma sotterranea, t. I, p. 109.
(5) MONVMENTVM VALERI MERCVRI ET IVLITTES IVLIANI ET QVINTILLES VERECVNDES LIBERTISLIBERTABVSQVEPOSTERIS Q VE EORVM AT RELIGIONEM PERTINE.NTES MEAM. HOC AMPLIVS IN CIRCVITVM CIRCA MONVMENTVM LATl LONGl PER PEDES BINOSQVOD PERTINETAD IPSVM MONVMENT. /iw//e?fJHo dt archeologla cristUina, 186."., p, ôi.
définissent les jurisconsultes : et en même temps ils ont bien le caractère exclusif qui convenait à la pureté scrupuleuse des premiers chrétiens.
Même en temps de persécution, ceux-ci jouissaient, en droit, et presque toujours en fait, d'une complète liberté de sépulture. Ils pouvaient relever les restes de leurs martyrs et les transporter dans le tombeau qu'une piété prévoyante avait préparé. « Les corps des suppliciés, dit le jurisconsulte Paul, doivent être délivrés à quiconque les demande pour les ensevelir (1). » Ulpien dit de même : « Les cadavres de ceux qui ont eu la tête tranchée ne doivent pas être refusés à leurs parents; on peut recueillir sur le bûcher et déposer dans un tombeau les cendres et les ossements de ceux qui ont été condamnés au feu (2). » Il ajoute, il est vrai, que quelquefois la permission d'agir ainsi n'est point accordée, surtout dans le cas de condamnation pour crime de lèse-majesté : mais c'est l'exception, nonnunquam non jjermittitur (3). Même l'exil des condamnés ne s'étend pas toujours à leurs restes : on peut obtenir de l'empereur l'autorisation de les rapporter : et Marcien dit que celle-ci est très fréquemment donnée (4). C'est ainsi que le pape Pontien, dont l'épitaphe originale a été retrouvée dans le cimetière de Calliste, fut ramené, après sa mort, de l'île de Sardaigne, où il avait été déporté; son second successeur, Fabien, après avoir obtenu la permission dont parle le jurisconsulte, fréta un navire,
(1) Paul, au Di(j., XL VIII, xxiv, 3.
(2) Ulpien, ibid., 1.
(3) Ibid. — Voir, cependant, d'assez nombreux exemples de refus de sépulture dans les Actes des martyrs. Le plus célèbre est relaté dans la lettre de l'Église de Lyon, en 177 (Eusèbe, Hist. Eccl., V, 1,57- 63; cf. Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles 3' éd., p. 429-430), la plupart des autres se rapportent A la persécution de Dioclélien.
(4) Marcien, au Dig., .\LVIII, xxiv, 2.
et, accompagné d'un nombreux clergé, alla chercher au lieu de son exil les reliques du confesseur du Christ (1). Les convois funèbres des chrétiens morts au loin, dans la solitude de l'exil ou sous les coups des bourreaux, traversaient librement les provinces et même les villes qui se trouvaient sur leur passage : ceux qui les conduisaient pouvaient invoquer un édit de Septime Sévère et un rescrit de Marc Aurèle : ce dernier exige seulement que l'autorisation des autorités locales soit demandée ; il n'est pas probable qu'elle ait jamais été refusée (2). Sous Dioclétien les restes du martyr Boniface sont, dit-on, rapportés ainsi de Tarse à Rome, où on les reçoit solennellement (3). Une fois confiés à la terre, les corps des chrétiens demeuraient à l'abri, sinon de toute violence populaire, au moins de profanation légale. « Que les cadavres qui ont reçu la juste sépulture, c'est-à-dire qui ont été inhumés, ne soient jamais troublés dans leur repos, » dit un rescritde Marc Aurèle (4 , qui s'applique à tous sans distinction.
On comprend maintenant comment, à mesure que la lumière de l'Évangile se répandit dans l'Empire, Rome et toutes les grandes villes purent se trouver entourées de tombeaux chrétiens. On comprend aussi comment, peu à peu, naquirent autour de ces tombeaux, par un développement insensible etspontané, ces étranges et vastes nécropoles auxquelles l'usage donneindistinctement le nom de catacombes. Un riche chrétien possédait dans quelque lieu d'accès facile, sur le bord dune grande voie, un prddium d'assez vaste étendue, consacré à une sépulture de famille, et placé dans les conditions légales que j'ai indiquées. II offrait dans les dépendances de ce terrain funé-
(1) Voir |>lus haut, («âges 25.3-257.
(2) Ulpien, au Dig., XLVII, xii, 3, § 4.
(.3) Vita S. Bonifacii, dans les .Xcta Sanclontm, mai. l. llf, p. 280. (4) Dig., XI, VII, 3.
raire un asile aux restes de ses frères dans la foi, soit de tous indistinctement, soit de ceux qui lui étaient attachés par les liens de la parenté, deTamitié, du voisinage, de la fréquentation d'un même lieu de prières. Que de foisl'inscription d'un tombeau païen nous le montre ouvert de même à tels ou à tels des amis du mort, à leurs descendants, à leurs affranchis, ou fait mention de la concession, par vente ou autrement, de telle ou telle partie d'une area sépulcrale ! Il était facile à un chrétien d'agir ainsi, et de pratiquer, sous cette forme, cette œuvre de miséricorde corporelle que l'Église primitive recommantiait si fortement, enterrer les morts. Il n'avaitpas besoin, pour cela, de modifier l'aspect extérieur de son domaine : il pouvait laisser libre le forum du tombeau, Varea qui entourait immédiatement le sépulcre de famille et se développait autour d'un monument funèbre antérieur peutêtre à sa conversion au christianisme ; mais derrière, dans Varea adjecta moiiumento, sous les vignes et les jardins qui formaient à l'édifice sépulcral comme un gracieux décor de verdure et une noble perspective, il creusait une crypte, avec des corridors et des chambres, de manière à pouvoir y placer de nombreux tombeaux. A cet hypogée qu'il n'y avait aucune raison de dissimuler, un escalier souvent monumental, un portail orné de colonnes, donnaient accès: c'était un ornement de plus pour le domaine funéraire. Une seule précaution était nécessaire ravoir soin que les galeries de l'hypogée ne s'étendissent pas au delà des limites de Varea; car, en droit romain comme dans notre Code, « la propriété du sol emportait la propriété du dessus et du dessous, » et pousser une excavation sous le terrain d'autrui eût été une usurpation.
Ai-je fait ici un tableau de fantaisie? non; je viens simplement de décrire un hypogée chrétien de la voie Appienne. Il existait sur cette voie, à deux milles de Rome, au premier siècle de notre ère, un terrain sépulcral for-
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mant un quadrilatère décent pieds en façade (1; et deux cent trente pieds en arrière (centum pedes in fronte, ducenti triginta pedes in agro). Un grand édifice funéraire de forme carrée, dont le massif existe encore, s'élevait presque au bord de la voie, au milieu de la ligne de façade. Ce terrain appartenait à une femme de grande famille dont les documents chrétiens nous ont seulement transmis Vagnomen, peut-être baptismal, Lucina. Les inscriptions de diverses époques retrouvées dans les limites de son domaine permettent de penser qu'elle descendait des Cornelii Emilii ou des Cœcilii (2); peut-être était-elle cette célèbre Pomponia Grœcina dont Tacite raconte la conversion à une religion étrangère, le jugement domestique, la vie triste et retirée (3). Le prsedium qui lui appartenait était primitivement divisé, comme celui que nous avons décrit d'après le marbre d'Urbin, en deux parties, Varea propre du monument, Varea adjecta monumento. La première mesurait cinquante pieds in agro, et probablement demeurait vide de constructions et de cultures; la seconde s'étendait en arrière sur une longueur de cent quatre-vingts pieds. Lucine, ou l'un de ses descendants, contruisit dans cette dernière area, qui était peut-être alors couverte de vignes comme aujourd'hui, un hypogée pour ses parents chrétiens et pour ses frères dans la foi : un vaste escalier, conduisant à une porte taillée dans le tuf et ornée de deux pilastres de même matière, donnait accès dans le souterrain. Ce
(1) Cette même mesure fut adoptée pour la base du monument de Cœcilia Metella et pour la fa(;ade de Varea sépulcrale des Scipions.
(2) De Rossi, Roma sotterranea, t. f, p. 309 et scq.
(3j.lH«., XIll, 32. Voir De Rossi, Le, t. I, p. 319;t. II, p. 282, 363. Cf. Home souterraine, p. 183-186, et Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, p. 26-29.
domaine funéraire, avec le monument antique et la crypte chrétienne, était encore une propriété privée, quand une seconde Lucine, probablement descendante de la première, y enterra, pendant la persécution de Gallus, le pape martyr saint Corneille, peut-être membre de la ge7is Cornelia et son parent. Les travaux de M. de Rossi ont révélé au monde savant et rendu célèbre ce prxdiuni des Lucines (1), le type le plus parfait d'une catacombe chrétienne pendant la première phase de son développement, avant son incorporation au domaine de l'Église. Les admirables plans joints par M. Michel de Rossi à l'ouvrage de son frère nous font toucher du doigt le soin que prirent les constructeurs de l'hypogée pour empêcher ses galeries de s'étendre en dehors des limites que l'area occupait à la surface du sol (2).
La plupart des catacombes eurent ainsi pour origine des domaines privés ouverts par la charité de riches chrétiens à la sépulture de leurs frères. Une Lucine, peut-être celle même dont nous venons de décrire le prxdium de la voie Appienne, en possède un autre sur la voie d'Ostie, où elle ensevelit avec honneur les restes de saint Paul (3), et un troisième sur la voie Aurélia, où furent enterrés les martyrs Processus et Martinien (4). Sur la voie Ardéatine s'élève, dans le prsedmm de Flavia Domitilla, la façade monumentale d'un grand hypogée chrétien (5). Entrelavoie Appienne et la voie Ardéatine, sur le bord d'un chemin de traverse qui joint ces deux routes, les Cœcilii chrétiens ouvrent dans leurs terres une crypte que le tombeau d'une martyre de leur famille rend bientôt illustre (6).
(1) De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 223-351.
(2) Ibid., t. I, 2» partie, p. 69 à 78 et pi. XXXII-XXXIII.
(3) Arittghi, Rotnasubterranea, 1. 1, p. 109; De Rossi, 1. 1, p. 207.
(4) Aringhi, 1. 1, p. 450.
(5) De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1865, p. 33 et sq. (G) De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 153, 244.
Un chrétien nommé PrcL'loxtatusci consacré à la sépulture des fidèles son domaine situé sur la voie Appienne, du côté opposé à Thypogée de Lucine (l).Les autres voies ne sont pas moins riches en /jra'rfjrt funéraires appartenant à des disciples de l'Évangile. C'est, sur la voie Nomentane, le cimetière ostrien, où saint Pierre a baptisé (2). Sur la même voie, longtemps après, sainte Agnès est enterrée dans le prcvdiwn de ses parents, et sa sœur de lait Énierentienne a son tombeau sur les confins de cQprcedium ijuxta prxdium in confinio agelli beatissimx martyria Agnelis) (3). Dans un prœdium de la voie Salaria, fut construit l'hypogée autour duquel se développe le cimetière qui a conservé le nom de Priscille (4). Sur la voie Salaria Nova, sainte Hilaria est enterrée dans son jardin [inhorlo Hilarix), avec son mari et ses deux fils (5) ; sur la même voie, le chrétien Thrason — vir christianissimus, potens, et f'acultatibus locuples — ensevelit dans son prœdium les corps des martyrs Saturninus et Sisinnius(6). La matrone Théon dépose dans son jardin de la voie d'Ostie (m horlo Theonis) les restes du martyr Timothée (7). La chrétienne Eugenia consacre sonprœdinm de la voie Latine à la sépulture de nombreux martyrs (8 . Le cimetière deCyriaque, sur la voie Tiburtine, a pour origine le prœdium d'une veuve de ce nom 9i. A seize milles de Rome, la matrone
(1) Aringhi, t. I, p. 476.
(2) De Rossi, t. I, p. 189. Cf. Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 3^ éd., p. 17 et note 4.
(3) Aringhi, t.II, p. 152; De Rossi, t. I, p. 207.
(4) Aringhi, t. II, p. 217; Bull, diarch. crist., 1888-1889, p. 15-66, 103-133. Cf. Hisl. des persécutions pendant les deux premiers siècles, 3" éd., p. 117-119.
(5) Aringhi, t. II, p. 121; De Rossi, 1. 1, p. 207.
(6) Aringhi, t. II, p. 232.
(7) Aringhi, t. 1, p. 437; De Rossi, t. I, p. 207. (S) Aringlii, t. II, p. 5.
(9) Aringhi, t. II, p. 125.
Justa ensevelit, dans son domaine de la voie Nomentane, le martyr Restitutus (1). Le cimetière de saint Nicomède, sur la même voie, a pourorigine.le jardin du chrétien Juste (m horto Jusiï] (2). Hors de Rome les appellations données aux antiques cimetières chrétiens montrent clairement que leur noyau primitif est une propriété privée. En Afrique, area est le terme consacré. Tertullien parle de areis sepulturarum noslrarum (3). On connaît l'area du procurator Macrobius Gandidianus (4), Varea d'Evelpius (5) ; à Aptonge, « Z'area oîi les chrétiens se réunissent pour prier (6) ; » à Cirta, « rarea des martyrs (7). )) L'Africain Montanus, à Garthage, sur le point d'être mis à mort, ordonne que, dans l'area commune, une place soit réservée au milieu des martyrs pour Flavien, qui doit périr deux jours après (8). Area se trouve aussi en Italie : par exemple, en Ombrie, Varea de Vindicianus (9). Ailleurs, le terme choisi est jardin : à Milan, le jardin de Philippe, horlm Philippi (10) ; à Salone, le jardin de Métrodore, in horto Metrodori (11). Les Actes du martyr Philippe, évèque d'Héraclée, nous don-
Ci) Aringhi, t. H, p. 751.
(2) Aringhi, t. II, p. 117; De Rossi, t. I, p. 207.
(3) Ad Scapulam, 3.
(4) Acta proconsularia S. Cypriani, dans Ruinart, Acia martyrum placera, p, 219.
(5) Bullettino diarcheologiachristiana,iS6i, p. 28 ; Renier, /nscr. de l'Algérie, 4025.
(6) Area ubi orationes facitis. Gesta purf/alionis Felicis, dans Baliize, Miscellanea, t. I, p. 20.
(7).lreo martyrum. Gesta purgationis Cxciliani, ibid., t. I, p. 24.
(8) Sed et in medio eorum in area solum servari jussit, ut nec sepulturse consortio privaretur (Flavianus). Passio SS. Montant, Leucii. etc., 15, dans Ruinart, p. 239.
(9) Bullettino di archeologia christiana, 1871, p. 93.
(10) /Wrf.,1864, p. 29.
(11) Corp.inscr. lat.,l. IIÎ, 2207.
nentla description do la villa où son corps reçut une sépulture au moins temporaire. Klle était située à douze milles d'Adrianopolis : « c'était un domaine rempli de fontaines, orné de bosquets, couvert de moissons et de vignes Ji. » Les premiers chrétiens devaient aimer à creuser ainsi, pour eu.\ et leurs frères, le lieu du dernier repos sous la verdure et les fleurs : ils se souvenaient que Jésus-Christ, pendant son court séjour au tombeau, avait voulu reposer dans un lieu semblable : in hortomonumen- /wm «oyi<?n, dit saint Jean 2 . « Nous avons choisi pour retraite un sarcophage dans nos jardins, » dit de même Tinscription funéraire de deux époux chrétiens (3 . Les principales catacombes se développèrent autour d'un tombeau pareil à celui de Jésus-Christ.
Il ne faut pas croire que ces jardins fussent moins bien entretenus par les chrétiens que par les païens. L'Église primitive ne repoussait aucun des dons de Dieu : tout ce qui est aimable, dit saint Paul, était de son domaine (4) ; elle se plaisait à orner de fleurs ses deuils et ses fêtes. Les premiers chrétiens n'observaient pas les rites païens de la violatio, de la rosntio, des vindoDiiales ; ils ne tressaient pas pour leurs têtes ou pour les tombes de leurs frères des couronnes de fleurs, afin de ne pas ressembler aux idolâtres |o) :mais ils en aimaient cependant la grâce et le parfum. « Je n'achète point de couronnes de fleurs, ditTertullien, mais j'achète des fleurs : et que vous importe ce que j'en fais? Je les aime mieux quand elles ne
(1) Ea possessio et fontibus abundabat, et nemore ornata elmessibus et vineis. Passio S. Philippi, 15, dans Ruinarl, |>. 453.
(3) IN SARCOPHAGO IN HORTVLIS NOSTRIS SECESSIMVS. Griiter, 1059, 6. Voir plus haut, p. i85.
(4) Philipp., IV, 8.
(5) TerluIIien, Apolog., i2; Minucius Félix, f)clavins,oS.
sont pas liées, quand elles se répandent librement, quand ellestombent et semblent errer de tous côtés (1). » « Peuton, dit Minucius Félix, nous accuser de mépriser les fleurs que prodigue le printemps, nous qui cueillons les roses, les lis, toutes les plantes aux couleurs brillantes et aux suaves odeurs, et tantôt les semons pêle-mêle devant nos pas, tantôt les enroulons en guirlandes autour de nos cous? Pardonnez-nous de ne pas nous en couronner : nous aimons mieux lesrespirer que les mettre dans nos cheveux (2). » Ils se plaisaient à renouveler, dit Prudence, les violettes et les feuillages verts sur le sépulcre de leurs morts (3) : ilsaimaientà chercher sous la glace fondante, dans les tièdes hivers des pays chauds, les premiers crocus, les premières pousses de verdure ou de fleurs, pour les y déposer (4). Ils faisaient, par dévotion, toucher des fleurs aux reliques des saints (5). Ils plaçaient des fleurs sur les autels (6). Comme les païens, ils se plaisaient à couvrir leurs chambres sépulcrales de peintures décoratives donnant l'illusion d'un verger ou d'un jardin. Le corridor que l'on trouve en entrant dans l'hypogée de Domitille est orné d'une belle vigne qui rampe sur ses voûtes, se répand sur ses murailles avec la souplesse etl'abandon de la nature. Un escalier de la catacombe de Thrason était décoré de stucs dont les reliefs figuraient des raisins et des pampres. Des vignes, des guirlandes de fleurs et de fruits, au milieu desquelles volent joyeusement des oiseaux, ornent le fond de nombreux arcosoUa, les voûtes et les murailles de nombreuses chambres. Bien souvent
(1) TertuUien, /. c.
(2) Minucius Félix, /. c.
(3) Prudence, CaUieiii.,X, 169, 170.
(4) Id., Peristeph., 111,201-205.
(5) Saint Augustin, De civ. Dei, XXII, 8. (r.) ibid.
des fleurs fraîches durent mêler leur éclat et leur parfum à ces élégantes décorations; les jardins de Théon, de Juste, d'Hilaria, de Philippe ou de Métrodore ne se transformèrent sans doute pas en des champs stériles après que les chrétiens eurent creusé au-dessous d'eux des cryptes décorées souvent avec tant d'art et un art si souriant (1).
(1) Une épllaphe chrétienne d'Acinonid, en Asie Mineure, fait mention d'une fondation funéraire affectée à la rosaiio (Ramsay, dans Revue fies études grecques, t. Il, n° 5, 1889). « C'est, je crois, la prenoière fois que l'on trouve la mention de cet usage dans l'épigraphie chrétienne. » Duchesne, Bulletin crUique, 1889, p. 279. Cf. De Rossi, Romasoltenanea, t. III, p. 504.
(Voir page 242.)