‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 6 sur 63 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

de la louve latine. En ce temps où rien n'est stable, où le pouvoir ne se transmet pas, comme au premier siècle, de César en César ou de Flavien en Flavien, et ne se perpétue pas, comme au second, entre les membres d'une même famille formée par l'hérédité de l'adoption ou du sang, mais passe de main en main au gré d'une émeute de soldats ou d'une intrigue de palais, l'Église ressent le contrecoup de révolutions fréquentes, qui, selon le caractère ou les idées du nouvel empereur, amènent pour elle la persécution ou la paix.

Aussi les persécutions de ce temps ne se comprennent-elles qu'en les replaçant dans leur milieu, en étudiant les circonstances extérieures d'où elles procèdent. Au siècle précédent, nous avons distingué les persécutions par le nom de leur auteur, mais en réalité il n'y en a qu'une, toujours la même : l'épée de la loi demeure suspendue sur la tête des chrétiens, à la merci de tout accusateur. Qu'ils s'appellent Trajan, Hadrien, Antonin ou Marc Aurèle, les empereurs de l'époque antonine suivent une même politique : la diversité des caractères y introduit sans doute des nuances, et l'esprit mobile d'Hadrien prête parfois

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aux réclamations des apologistes une attention toute différente de la froideur dédaigneuse de Marc Aurèle : cependant le fond des choses ne varie pas, et sous l'un comme sous l'autre le rescrit de Trajan, interprétatif d'édits antérieurs, demeure la loi inflexible des rapports du pouvoir avec les chrétiens. Au contraire, dans le troisième siècle il y eut autant de persécutions que de persécuteurs : je veux dire que chacune diffère de celle qui la précède ou de celle qui la suit, et que nulle continuité ne relie la politique religieuse de souverains qui se remplacent sur le trône, mais ne se succèdent pas. Le régime organisé par le rescrit de Trajan s'efface devant un régime nouveau, plus sanglant et moins meurtrier, qui fait périr un plus grand nombre de victimes à la fois, mais s'épuise par sa violence même et ne peut durer longtemps. C'est la persécution par édit, droit exceptionnel créé contre les chrétiens par chacun des souverains qui se déclarent contre eux, et destiné ordinairement à disparaître en même temps que le persécuteur.

« Que faut-il punir ou poursuivre dans les chrétiens? » demandait, en 112, Pline à Trajan. « Je ne suis pas ici pour punir, mais pour contraindre, » dit, en 251, Martianus au confesseur Acace. Entre ces deux paroles il y a près d'un siècle et demi : combien, en un siècle et demi, le langage s'est modifié! combien le point de vue a changé.' Dans leurs

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