‹ Les dernières persécutions du troisème siècle (Gallus, Valérien, Aurélien) (volume 2)Chapitre 7 sur 63 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

rapports avec les chrétiens les agents du pouvoir impérial, à l'époque antonine, sont des juges, embarrassés quelquefois de leur mission déjuger, mais n'en connaissant point d'autre : ils constatent la désobéissance des chrétiens, et la punissent comme un crime. Au troisième siècle les magistrats, mis en présence des fidèles, sentent que le rôle qui leur est imposé est moins judiciaire désormais que politique. Les empereurs ne se préoccupent plus de punir les chrétiens : ils cherchent à les supprimer. Un Dèce est animé contre les adorateurs du Christ de sentiments et de passions semblables aux sentiments et aux passions qui animèrent contre leurs victimes les terroristes de la fin du siècle dernier : les tribunaux révolutionnaires ne jugeaient pas, ils supprimaient. Seulement ils n'avaient qu'une manière de supprimer : la mort. Les empereurs laissent aux chrétiens le choix entre la mort et l'apostasie, et ne prononcent l'une qu'après avoir inutilement essayé d'obtenir l'autre.

Les juges du second siècle imposaient sans doute aux fidèles la même alternative, et ne faisaient mourir que sur le refus d'abjurer ; mais la mise en demeure de renoncer au Christ était surtout pour eux un moyen de constater le délit qu'ils avaient à punir. Au troisième siècle il en est autrement : la lutte est engagée, et toute abjuration d'un chrétien paraît aux païens une victoire. De là, dans la procédure des

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deux époques, une différence notable : au second siècle, le chrétien qui a refuse de revenir au culte des dieux est immédiatement envoyé à la mort ; au troisième siècle, on le garde longtemps en prison, on le fait comparaître plusieurs fois devant les magistrats, on le torture, puis on panse ses plaies, puis on le torture de nouveau, s'efforçant par tous les moyens de triompher de sa volonté. C'est qu'on le considère moins comme un délinquant désormais que comme un adversaire; ce n'est plus un procès, mais une bataille : et, s'il n'est tout à fait barbare, le pouvoir belligérant préfère toujours la soumission de ses ennemis à leur extermination.

Les persécutions que nous aurons à raconter dans ce livre, et dans ceux qui suivront, sont donc toutes politiques. Mais de quelle poHtique s'agit-il?

Même partant d'une idée fausse, même mauvaise dans le choix des moyens, une politique peut avoir sa grandeur. On comprendrait, tout en les blâmant, les empereurs se déclarant contre les chrétiens en vertu d'une sorte de tradition religieuse ou nationale transmise de règne en règne, et poursuivant ces innocents parce qu'un fanatisme sincère croit venger

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sur eux les dieux offensés, ou parce qu'un patriotisme mal renseigné les dénonce comme des ennemis de l'Empire. Ceux qui regardent de loin, sans s'arrêter aux détails, l'histoire des persécutions du troisième siècle, peuvent croire qu'il en fut ainsi; mais en étudiant chacune d'elles dans le milieu où elle prit naissance, en scrutant ses causes secrètes et en remontant vers sa source, on voit clairement qu'une grande idée politique, qui pourrait être noble jusque dans ses erreurs, ses illusions ou ses cruautés, n'y présida presque jamais et que leurs mobiles furent ordinairement d'un ordre inférieur.

Quand un empereur de ce temps déclare la guerre aux chrétiens, ce n'est point en ,vertu d'une tradition ininterrompue, sorte d'axiome nécessaire et d^arcanum imperii; loin de là, c'est le plus souvent par réaction contre un règne précédent, pendant lequel l'Église avait joui de la faveur personnelle du prince, odieux à son successeur qui est ordinairement son meurtrier. Septime Sévère est peut-être le seul souverain du troisième siècle qui ait persécuté par suite d'une idée fausse, d'une crainte chimérique, mais sans mélange de passions basses et de sentiments inavouables. Les autres ont revêtu d'une couleur politique de mesquines rancunes personnelles, des peurs absurdes ou de grossières superstitions. Dire, comme il est de mode aujourd'hui, que l'Empire romain au troisième siècle se défendit contre les

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chrétiens, c'est commettre une erreur à peu près semblable à celle de certains apologistes de la Révolution, qui croient servir sa cause en prêtant aux crimes des terroristes l'excuse d'une sorte de fureur patriotique. Non, dans l'un et dans l'autre cas le patriotisme ne fut pas la cause, mais le prétexte, et ce voile magnifique, au troisième siècle comme à la fin du dix-huitième, coumt bien des sentiments abjects. Le patriotisme, il y a cent ans, était dans les armées qui défendaient contre l'étranger le sol national, non dans les bourreaux qui faisaient couler pour des crimes imaginaires le plus pur sang de la France. De même, au troisième siècle, le patriotisme était aux frontières, avec ces légions, déjà pleines de chrétiens, qui disputaient pied à pied aux Barbares les provinces envahies du monde romain; il n'était point dans les prétoires où, pour obéir à d'injustes édits, les fonctionnaires impériaux donnaient aux plus fidèles, aux plus paisibles et aux plus obéissants sujets de l'Empire le choix entre l'apostasie et la mort.

Tel est le caractère général des persécutions de ce temps : courtes, ne se rattachant pas les unes aux autres, et ne se reliant à une grande idée que par un prétexte hypocrite. En étudiant dans ce livre celles de Septime Sévère, de Maximin et de Dèce, on reconnaîtra que nulle vue d'ensemble ne les réunit, que les causes ou les prétextes en sont différents, et que les moyens employés varient selon le

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