‹ Les dernières persécutions du troisème siècleChapitre 28 sur 50 · CARUS, CARINUS ET NUMÉRIEN · texte numérisé non relu

CARUS, CARINUS ET NUMÉRIEN

Après la mort de Carus , il se hâta de venir à Rome , pendant que son frère demeurait en Orient. Carinus parait avoir passé dans la ville éternelle toute l'année 28i. Au témoignage d'un historien , il traita cruellement les Romains (1). Plus que jamais régnait le socialisme officiel des distributions et des jeux. Aurélien l'avait développé naguère pour flatter la populace (2) : Carinus y cherchait le prétexte d'une épouvantable oppression, « Les biens des sénateurs vous appartiennent, » dit-il un jour à la plèbe infime de Rome (3).

Probablement cet ennemi de toute grandeur et de toute vertu n'épargna pas les fidèles. La Passion de saint Sébastien [k] raconte que dans les mois qui pré-

(1) Georges Le Syncelle, Chronogr.

(2) Vopiscus, Aurelianiis, 47, iS.

(3) Id., Carinus, 16.

(4) Les Actes de saint Sébastien ne sont point une pièce originale et contemporaine. On les a souvent attribués à saint Ambroise : cette attribution ne peut se soutenir, car l'évêque de Milan parle de saint Sébastien [Enarr. in p.salm CXVIII, 44) en homme étranger aux détails donnés par les Actes et son court récit est sur certains points en contradiction avec eux. Cependant on ne peut les faire descendre beaucoup plus bas que la fin du quatrième siècle. Il y est parlé des combats de gladiateurs, supprimés en 404, comme s'ils existaient encore. Des textes de l'Écriture y sont cités d'après une version difi'érente de celle de saint Jérôme, qui devint dominante en Occident à partir de 384. Pour le fond, les Actes de saint Sébastien renferment des. anachronismes et beaucoup de détails d'apparence légendaire. C'est une composition toute littéraire, rédigée un siècle environ après les faits. En ce qui concerne Sébastien, la tradition dont s'inspire l'écrivain est apparemment exacte, comme l'atteste la grande et universelle renommée du saint; mais il la traite avec une extrême liberté. Les épisodes accessoires, où sont nommés un grand nombre d'autres martyrs, paraissent le plus souvent avoir été reliés d'une manière toute

cédèrent la mort de Carinus , le célèbre officier chrétien des cohortes prétoriennes eut l'occasion d'exhorter de nombreux; martyrs arrêtés et condamnés à cause de leur foi (1). Parmi les païens dont la conversion est attribuée à cette époque, la Passion cite un magistrat, Chromatius, faussement qualifié de préfet de Rome (2). Si l'épisode raconté par elle a quelque réalité, il renferme un détail très digne d'attention. Chromatius aurait célébré son baptême par un acte de générosité dont une circonstance récente fait ressortir la grandeur. Huit ans auparavant, l'empereur Tacite avait , lors de son avènement , libéré gratuitement ses esclaves de Rome. Le fait parut alors assez remarquable pour être noté par son biographe. Ce-

arlificielle à l'histoire propre de saint Sébastien. Nous aurons l'occasion d'apprécier plus complètement ces Actes dans un autre volume.

(1) Acta S. Sebasiiani , dans les Acta SS., janvier, t. II, p. 265 et suiv.

(2) Acta S. Sebastiani, 24-63, dans les Acta SS., janvier, t. II, p. 268-275. Les Actes donnent à Chromatius le titre de préfet. Il n'est pas cependant marqué dans la liste des préfets de Rome de l'almanach philocalien ; pour 284 est indiqué Titutius Roburrus ou Robustus (peut-être cet huissier auquel, d'après Vopiscus, Carinus donna la préfecture urbaine), et pour 284 et 285 Ceionius Varus. En admettant une omission (dont il y a d'autres exemples) dans la liste philocalienne, on pourrait intercaler Chromatius entre Roburrus et Varus, pendant quelques mois de 284 ; ce qui s'accorderait avec le fait, rapporté par les Actes, de la démission de Chromatius et de sa retraite en Campanie peu de temps après son baptême. Mais on admettra plutôt que le rédacteur des Actes s'est trompé en attribuant à Chromatius le titre de préfet : celui-ci peut avoir géré une autre magistrature, ou avoir été un simple assesseur du préfet urbain. Il y a d'autres exemples de la qualité de préfet faussement attribuée par des Actes ayant cependant quelque valeur historique (voir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 2^" édit., p. 215-216).

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