‹ Les dernières persécutions du troisème siècleChapitre 29 sur 50 · CARUS, CARINUS ET NUMÉRIEN · texte numérisé non relu

CARUS, CARINUS ET NUMÉRIEN

pendant, Tacite s'était contenté d'octroyer la liberté par testament, ce qui, aux termes de la loi Fufia Caninia, limitait à cent le nombre des affranchis : le biographe note encore que l'empereur avait tenu à observer scrupuleusement la loi (1). Le nouveau chrétien se montra plus large. II. recourut aux formes solennelles de l'affranchissement entre vifs et rendit libres sur-le-champ ses quatorze cents esclaves, qui voulaient partager sa foi. En les renvoyant, comblés de ses dons, il prononça ces nobles paroles : « Ceux qui ont commencé d'avoir Dieu pour père ne doivent pas être les esclaves des hommes. » C'était le fier et généreux esprit du christianisme en contraste avec l'esprit restrictif du droit romain : d'un côté, la liberté donnée sans mesure, de l'autre la liberté mesurée avec parcimonie et défiance (2),

(1) Tacite, dit Vopiscus, Tac, 10, affranchit « ses esclaves de la ville, jusqu'au nombre de cent, pour ne pas dépasser les bornes prescrites par la loi Fufia Caninia ». Cette loi, promulguée sous Auguste, interdisait d'afl'ranchir par testament plus de cent esclaves, mais elle n'imposait aucune limitation aux affranchissements entre vifs : Licet lis... qui sine testamento nianumittunt. .. totam familiam suam liberare. Gaius, Couiin., I, 44. La comparaison des deux textes montre que Tacite n'affranchit ses esclaves que par testament.

(2) La première area du cimetière de Sainle-Sotère, faisant suite à celui de Saint-Calliste, et remontant aux dernières années du troisième siècle, contenait une jiierre sépulcrale, où se lit l'épitaphe suivante : PETROMAE AVXENTIAE C{larissim3e) ¥{emi)u-c Q\[a)E VIXIT ANNIS XXX LIBERTI FE{cerunt ôeiNE MERENTI IN PAGE. « La singularité de cette épitaphe, dit M. de Rossi, est dans la mention qu'elle fut placée au nom des Uberli de la matrone. Très rare est l'indication de la condition d'affranchi dans l'épigraphie chrétienne; et c'est un fait remarquable que les affranchis d'une noble maison aient, pour ainsi dire en corps, préparé la sépulture et dicté l'épi-

L'auteur de la Passion de saint Sébastien commet une erreur manifeste en affirmant que Dioclétien régnait alors à Rome, et partageait le pouvoir avec Carinus (1). Cependant le synchronisme établi par lui entre les règnes de Dioclétien et de Carinus, qui en effet gouvernèrent simultanément pendant quelques mois, mais comme ennemis, non comme collègues, mérite d'être retenu. Peut-être Dioclétien était-il déjà proclamé en Orient quand se passèrent à Rome les faits racontés par le passionnaire. On peut au moins s'appuyer sur son récit pour conclure avec Tillemont « qu'il y eut quelque persécution à Rome vers l'an 284, sous Carinus (2) ». La conclusion est

taphc de leur patronne dans un cimetière chrétien : peut-être l'importance de ce fait le fit-elle indiquer, par une exception voulue, dans l'inscription funéraire. Dans les Actes de saint Sébastien, au temps du martyre duquel, ou peu après, si mes calculs sont exacts, dut vivre Pelronia Auxentia, nous lisons que Chromatius, converti, fut baptisé avec les quatorze cents affranchis, lesquels il libéra de la servitude précisément à cause de leur baptême... Quelle que soit l'exactitude historique du chiffre et même de l'épisode cité, les Actes de saint Sébastien, composés à la fin du quatrième siècle ou au commencement du cinquième, rendent témoij;nage des sentiments et des traditions des chrétiens qui vivaient à Rome dans les dernières années du troisième, et sont un commentaire éloquent du marbre posé par les affranchis de Petronia Auxentia , clarissima femina, à laquelle ils souhaitent la paix comme à leur bienfaitrice, bcncmerenii in pace. » Roma sotterranea, t. III, p. 139.

(1) Acta S. Sehastiani, 65, p. 27.").

(2) Tillemont, Mcmoires, t. V, art. n sur saint Sébastien. — Ainsi pourrait s'expliquer la double date donnée par le Liber Pontificalis pour la mort et la sépulture du pape Eutychien. Il mourut le 7 décembre 283, et sa sépulture in cœmctcrio Callisti est différée par le Liber Pontificalis jusqu'au 25 juillet 284. Peut-être, dit M. de Rossi, la persécution que les Actes de saint Sébastien attribuent à Carinus

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