‹ Les dernières persécutions du troisème siècleChapitre 30 sur 50 · CARUS, CARINL'S ET NUMÉRIEN · texte numérisé non relu

CARUS, CARINL'S ET NUMÉRIEN

confirmée parles Actes de saint Hilaire, évèque d'Aquilée dans la Gaule Cisalpine : cette pièce, malheureusement d'époque basse et de rédaction légendaire, dit qaHilaire et ses compagnons Tatien, Félix, Longus et Denys souffrirent « sous le César Numérien(l) ». La même indication chronologique se rencontre dans la Passion nouvellement découverte de saint Germa-

était-elle commencée quand mourut Eutychien, et empêcha-t-elle sa sépulture immédiate dans la crypte papale. Voir Roma sotterranca, t. II, p. 379. — Cependant il est beaucoup plus vraisemblable de croire avec M. Duchesne à une erreur du Liber, comme il en ofl're un grand nombre d'autres pour les dates obituaires des Papes : le catalogue libérien, la deposido cpiscoponun et le martyrologe hiéronymien mettent au va ou au vi des ides de décembre (7 ou 8 décembre) la sépulture d'Eutychieu île Liber PontiJlcaJis , t. I, p. cuv, 160 note 6). — En ce qui concerne Eutychien, il n'y a pas à tenir compte de la formule et martyrio coronatur, qui se lit seulement dans la seconde édition du Liber [ibid., p. lxxxix, 160 note 5). — Une tradition rapportée par le Liber Pontificalis, mais dont il est impossible de retrouver la source et de déterminer la valeur, dit qu'Eutjchien 2>er cZ«'e/-5a loca CCCXLII martyres manu sua sepelivit. Au septième siècle, on vénérait sur la voie Salaria nova, dans la basilique de Saint-Silvestre, CCCLXIl ou CCCLXV martyrs {Roma solterranea, t. II, p. 176-177) : est-ce, avec l'interversion d'un chift're, les mêmes dont parle le Liber Pontificalis? « La différence, au point de vue paléographique, n'est pas grande, » dit M. Duchesne, et il ajoute : « Aucune tradition, à ma connaissance, n'explique ce que c'étaient que les 362 ou 365 martyrs de la voie Salaria, ni ne rattache leur souvenir à celui du pape Eutjxhien; mais nous ne possédons pas, tant s'en faut, tous les récits qui circulèrent à Rome, du quatrième au septième siècle, sur les martyrs et leurs sanctuaires » [le Liber Pontificalis , 1. 1, p. 159). Le renseignement plus ou moins exact donné par le Liber se rapporterait-il à la persécution attribuée e'i Carinus?

(1) Acta SS., mars, t. ÏI, p. ilS. — L'expression a Xumeriano Cxsrare mérite d'être remarquée : Nt.mérien porta du vivant de son père le titre de César (voir plus haut, p. 305), et peut-être le langage populaire lui conserva-t-il plus longtemps cette désignation, sous laquelle il avait été d'abord connu.

nus, martyrisé à Pola , en Istrie (1). Si, dans l'une et l'autre pièce, elle était exacte, il faudrait placer la mort de ces saints en 28i , alors que Carinus et Numérien régnaient encore ensemble, l'un en Occident, l'autre en Orient (2).

Que faisait cependant ce dernier, dont le nom sert, on ne sait pourquoi, à dater les Actes de martyrs immolés dans les contrées que gouvernait son frère? Après la tragique disparition de Carus, il avait pris le commandement de l'armée d'Asie. Pendant que Carinus emplissait Rome de débauches et de cruautés, Numérien s'efforçait de terminer honorablement la guerre que son père avait portée si loin; par ses soins les troupes romaines rentraient peu à peu dans les anciennes limites de l'Empire, abandonnant des contrées dont la conquête définitive était impossible. De vagues traditions parlent d'une persécution déchaînée en Asie à cette époque. On a supposé que Carus, enflé de ses succès au point (nous l'avons vu) d'accepter les honneurs divins, avait préparé un édit contre les chrétiens , et qu'après sa mort Numérien, épouvanté de la catastrophe et voulant détourner la colère des dieux, se hâta de promulguer la volonté paternelle (3). Cette hypothèse peut offrir quelque

(1) In tempore illo, ciim imperium obtineret inipiissimus Numerianus. Passio S. Germant, dan?, Anatecta BoUandiana, 1898, p. 173.

(2) La Chronique d'Alexandrie marque sous le règne de Carinus et Numérien, en l'an 284, une persécution dans laquelle furent martyrisés beaucoup de chrétiens. TiUeinont , Mémoires , t. IV, art. sur saint Caius pape. Mais cet endroit, ditïillemont, est plein de fautes.

(3) Papebroch, dans les Acta SS., mai, t. Y, p. 178.

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vraisemblance; mais aucun texte ne l'appuie, et la Passion des seuls martyrs d'Orient qui se laissent aisément placer sous Numérien, saint Thalélée et ses compagnons saints Astère et Alexandre (1), à Ég'ée, ville libre de Cilicie (2), renferme tant de contradictions et d'erreurs que l'on n'ose former une opinion (3).

Le mois de septembre voyait chaque année à Rome de grandes fêtes. Du i au 19, les « jeux romains » s'y célébraient avec pompe (i). Ceux de 28i eurent un éclat inaccoutumé. Vopiscus les décrit longuement (5) , et Calpurnius leur consacre une églogue : il admire tout, jusqu'au visage de Carinus, « en qui brillent confondus les traits de Mars et d'Apollon (6) ». Pendant que Rome s'amusait, une lamentable tragédie se jouait en Orient. Ramenant lentement son armée, Numérien s'apprêtait à passer en Europe , avec les légions de Thrace. Une maladie des yeux l'obligeait, disait-on, à ne pas quitter sa litière. Un jour, on s'aperçut que la litière soigneusement fermée contenait

(1) Papebroch, op. cit., t. V, p. 180-182.

(2) Cf. Pline, Nat. Hist., V, 91. Egée était célèbre par son temple d"EscuIape; précisément, saint Thalélée est donné comme médecin : il y a peut-être quelque corrélation entre ces deux faits. On pourrait admettre que la jalousie des prêtres d'Esculape fut cause de la condamnation du médecin chrétien, qui guérissait sans l'aide de leur dieu.

(3) Voir Tillemont, Mémoires, t. IV note iv sur saint Caius.

' (4) Marquardt, Rômische Staatsverwaltung , t. lil, p. 4G3, 464, 46G, 468, 477, 512, 559.

(5) Vopiscus, Carinus, 19.

(6) Calpurnius, BiicoL, VIT, 8i.

un cadavre. Les soupçons se portèrent aussitôt sur le préfet du prétoire, Arrius Aper, dont l'ambition sans scrupules était connue. Indignée, l'armée proclama, le 17 septembre (1), le chef de la garde impériale, Dioctétien ; celui-ci prit le soleil à témoin (2) qu'il n'avait point trempé dans le meurtre de Numérien, et, descendant de son tribunal, plongea un poignard dans le sein d' Aper (3). Rome, à cette date, regardait encore, au Colysée et au Grand Cirque, les gladiateurs et les funambules.

Entre Dioclétien et Carinus la guerre éclata dès le commencement de l'année suivante. Réveillé de sa torpeur, Carinus fut brave. Il s'avança jusqu'en Mésie, eut l'avantage dans plusieurs combats : il était près de remporter une victoire décisive, quand ses soldats se tournèrent contre lui et le tuèrent sur le champ de bataille. Dioclétien restait seul Auguste.

Le plus long règne de l'histoire romaine va s'ouvrir, et bientôt commencera la plus longue et la plus terrible des persécutions.

(I)Pour la date, voir Tillemont, Histoire des Empereurs, t. IV, p. 594-596, note i sur Dioclétien.

(2) Dioclétien professait le monothéisme solaire d'Aurélien et de la plupart des païens de ce temps : c'est après avoir consulté Apollon qu'il persécutera un jour les chrétiens.

(3) Vopiscus, iN'ttmerm/U(s, 12, 13; Aurelius Victor, Epitome ; Eutrope, Brev., IX; Eusèbe, Chron.

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(Voir page 26.)

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