‹ Les dernières persécutions du troisème siècleChapitre 7 sur 50 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

comme on l'appellera bientôt, vivant au grand jour, s'administrant, possédant; de l'autre, nous entendons des voix qui dénoncent ou confessent l'illégalité de ses réunions. Il semble que la solution de ce difficile problème ait embarrassé les Romains du troisième siècle autant qu'elle embarrasse aujourd'hui l'histoire. Dissoudre, à Rome ou en d'autres grandes villes, un collège funéraire aussi vaste que celui des chrétiens, possesseur de propriétés aussi considérables que les catacombes, était une mesure grave, qui ne pouvait manquer de produire une vive émotion. Or, l'autorité romaine répugnait, en temps ordinaire, aux mesures qui agitent inutilement les esprits. De là, toutes les fois que la lutte n'est pas à l'état aigu, pendant les intervalles de temps où l'Empire permet à l'Église de respirer, une tolérance volontaire, une sorte d'entente tacite de la part du pouvoir. Alors, dans « le corps des chrétiens » il consent à ne voir autre chose que le collège funéraire : il ferme les yeux sur tout le reste et , selon l'expression d'un poète, tient caché son glaive (1). A-t-il à traiter avec les chrétiens, à juger leurs procès, à correspondre avec leurs chefs, il envisage en eux la corporation, non la religion. C'est, comme le dit M. de Rossi, un inodus vivcndi pratique (2),

(1) Saint Paulin de N'oie, XVI, 215.

(2} De Rossi, Roma sotterranea, t. III, \>. 51 1.

INTRODUCTION. xiii

une transaction réservant de part et d'autre les principes, maintenant dans les faits un accord provisoire. La politique a souvent commandé de ces demi-solutions. Aussi longtemps que la trêve dure et que la fiction légale est respectée, elles maintiennent une paix illogique, mais bienfaisante. La science du gouvernement consiste quelquefois à vouloir ne voir que la moitié des choses. Puisque les empereurs refusaient d'abandonner le principe de l'intolérance païenne, au moins étaient-ils sages d'arrêter leurs regards à l'apparence et de permettre à la corporation de leur cacher l'Église.

Il en fut ainsi dans les longs intervalles de paix relative dont jouit l'Église au troisième siècle. Malheureusement de telles conditions ne peuvent toujours durer : il suffisait d'un changement dans les dispositions du souverain pour déchirer le voile et faire évanouir la fiction. Alors les politiques feignaient de s'apercevoir que les chrétiens formaient autre chose que des sociétés de secours mutuels. « Que préparez- vous contre les princes sous prétexte de religion? » leur demandaient-ils. L'inoCfensif collège funéraire, jusque-là toléré, se transformait en une machine de guerre dressée contre l'État. De pauvres gens, qui ne demandaient au prince que la liberté d'adorer leur Dieu et de répandre l'aumùne autour d'eux, devenaient subitement, dans le langage officiel, « des ennemis de la société civile, des

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