XIV INTRODUCTION
ennemis de la patrie, des ennemis du genre humain, » étaient accusés de pousser au renversement de Tordre de choses établi, et leurs associations pieuses passaient pour des foyers de conspiration. On a vu, sous Dèce, tous les chrétiens mis en demeure d'apostasier ou de mourir. Sous Valérien, la corporation chrétienne est directement visée, les Églises sont assimilées à des « collèges illicites » , leurs membres et leurs biens placés immédiatement sous le coup de lois terribles. Après Valérien va paraître pour la première fois un édit solennel mettant fin à la persécution. Il s'agit de savoir si par cet acte, que couvrirent de louanges toutes les voix chrétiennes, le fils de Valérien n'a fait rien de plus que de rétablir entre l'Eglise et l'Etat un modus vivendi toujours précaire et provisoire, ou s'il voulut résolument dissiper l'équivoque en accordant dès lors au christianisme tous les droits des cultes reconnus.
Du chapitre que je consacrerai à l'édit de Gallien ressortira, je pense, cette dernière solution. A mes yeux, Pacte par lequel cet empereur termina la persécution fut un véritable traité de paix, un accord formel entre l'État et l'Église. Sans doute, et pour des causes que j'expliquerai, cet acte ne survécut pas à son auteur : c'est le sort de plus d'un traité. Mais il montra au moins la route de l'avenir, et orienta la politique romaine dans une direction nouvelle. Au siècle suivant, Maxence puis Galère
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promulgueront des actes semblables, et enfin l'édit de Milan assurera la paix religieuse. Gallien aura eu le mérite d'ouvrir la voie et d'y marcher le premier.
Cependant, s'il paraît contraire à la vérité historique de diminuer la portée de l'édit de Gallien, d'autre part il y aurait péril à l'exagérer en sens opposé. C'est ce qu'on fait quand, attribuant à cet édit une efficacité que malheureusement il n'eut pas, on s'en autorise pour nier toutes les traditions relatives aux persécutions partielles qui éclatèrent entre sa promulgation et la fin du troisième siècle (1).
D'après l'opinion généralement admise, entre 268, date de la mort de Gallien, et 285, date de l'avènement de Dioclétien, les chrétiens auraient été persécutés sous Claude le Gothique et à la fin du règne d'Aurélien; il y aurait eu, ensuite, des martyrs isolés sous Probus, et peut-être sous les deux fils de Carus, les empereurs Carinus et Numérien. Je crois cette opinion fondée, et j'espère la démontrer dans les deux derniers chapitres de ce livre. Mais, avant même de l'examiner en fait, il m'est impossible de comprendre comment les violences plus ou moins générales exercées contre les chrétiens bien des années après l'édit de Gallien seraient, à priori, incon-
(1) Voir GiJrres, ai t. Chrislenverfolgungen, dans Kraus, Real-Encyklopildie der christlichen AUerthilmer, t. I, p. 2i2.