‹ Les dernières persécutions du troisème siècleChapitre 9 sur 50 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

ciliables avec la reconnaissance officielle dont, pendant un instant trop court, cet acte les avait fait jouir.

La première des persécutions postérieures à Gailien est celle que la tradition attribue à Claude le Gothique. Selon certaines Passions, de peu d'autorité dans les détails, cet empereur aurait, par une loi nouvelle, déclaré la guerre au christianisme. Si cette assertion doit être admise, elle n'est nullement en contradiction avec ce qui a été dit de l'acte de Gallien; mais elle montre l'édit d'un empereur détruit par un édit contraire de son successeur. L'un avait reconnu au christianisme le caractère de religion licite, l'autre abroge cette reconnaissance. C'est une véritable rescissio leçjum , selon le terme juridique. Cependant je montrerai que la persécution contemporaine de Claude n'eut probablement pas lieu en vertu de l'initiative impériale : elle fut tout accidentelle et locale , et se déchaîna surtout à Rome et aux environs, dans les lieux soumis à l'influence immédiate du sénat, alors que Tempereur était aux frontières repoussant une invasion. Dans de telles circonstances, cette persécution s'explique sans que l'édit de Gallien ait été formellement rapporté : elle en est une violation, due au fanatisme païen du sénat et à l'émotion causée par un grand danger public.

Le successeur de Claude, le vaillant Aurélien, s'était d'abord montré favorable aux fidèles, et, ju-

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géant un procès relatif à des biens ecclésiastiques, avait décidé par des motifs tout à fait en harmonie avec l'édit de Gallien. Vers la fin de sa vie ses dispositions changèrent. Il résolut de persécuter. J'expliquerai les motifs de sa persécution, où la politique entra pour une moindre part qu'un fanatisme très particulier et très personnel, indice d'une profonde transformation dans les idées religieuses du monde païen, La mort d'Aurélien , arrivée peu de temps après la promulgation de l'édit par lequel il déclarait la guerre au christianisme, laissa presque aussitôt la persécution sans chef; mais celle-ci continua dans quelques provinces, pendant le long intérim géré par le sénat en attendant l'élection d'un nouvel empereur. Nier qu'il y eut des martyrs à la suite de Tédit d'Aurélien n'est pas possible : on peut discuter les Passions, dont beaucoup ne ressemblent guère à des relations originales; mais de ces textes, si mauvais qu'ils soient, il est facile de tirer des renseignements historiques. Je renvoie aux règles de critique exposées dans l'Introduction de mon premier volume. Un point demeure certain : Aurélien, au témoignage d'Eusèbe et de Lactance, promulgua un édit de persécution. Si l'édit de paix de Gallien avait subsisté jusque-là, il fut cette fois abrogé formellement. Des martyrs après cette époque se comprennent donc fort bien, et ne supposent aucune contradiction avec un

état de tolérance légale qui n'existait plus.

ni. u

wiii INTRODUCTION.

Le même raisonnement s'applique aux années qui suivront. L'élection du vieux patricien Tacite mit fin à la persécution décrétée par Aurélien C'est alors que l'Église rentra dans la situation équivoque et précaire d'où l'édit de Gallien l'avait un instant tirée. La fiction légale reparut : la corporation chrétienne recommença d'être traitée comme toutes les corporations de droit commun, mais en demeurant exposée sans cesse à être dissoute comme abritant sous le couvert d'une association licite une religion redevenue illicite. Entre Aurélien et Dioclétien il n'y eut pas de persécution formelle : cependant les chrétiens purent encore être l'objet de violences isolées, pareilles à ces coups de feu que Ton entend, le soir, sur la lisière d'un camp, après que la bataille a cessé. Rien n'était plus facile que d'appliquer aux fidèles soit d'anciennes lois, soit même l'édit d' Aurélien, qui n'avait pas été l'objet d'une abrogation expresse. Ainsi s'explique le martyre de Trophime, Sabbatius et Dorymédon, sous Probus : les Actes qui le racontent sont, comme nous le montrerons, remplis de renseignements trop abondants et trop exacts pour n'avoir pas au moins un fondement historique. On attribue également des martyrs au court règne des deux fils de Carus, soit en Occident, soit en Orient; nous examinerons ce qu'il faut retenir de ces épisodes, mais, qu'ils soient ou non établis en fait, nous ne songerons pas à les rejeter

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en principe comme incompatibles avec l'éphémère situation juridique instituée par Gallien.

Tout se tient dans l'histoire d'une époque : aussi, en exposant la controverse à laquelle a donné lieu Tédit de Gallien, je me suis trouvé résumer d'avance l'histoire des persécutions pendant la dernière moitié du troisième siècle , et tracer dans ses lignes générales le plan de ce livre. Le récit qu'on va lire s'arrête à l'avènement de Dioclétien. La victoire de l'Église n'est pas encore gagnée, mais la solution qui s'imposera tôt ou tard a déjà été entrevue.

.\oût 1887.

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