‹ Les derniers babares: Chine, Tibet, MongolieChapitre 10 sur 56 · HONNEURS · texte numérisé non relu

HONNEURS

elle s'aligne, et une dernière fois nous rend les honneurs.

Cette fois, c'est bien l'inconnu. Sensation délicieuse qui fait trouver douce à l'explorateur les plus rudes épreuves! Il semble que quelque sortilège écarte le mur magique qui jusqu'alors arrêtait les pas et les regards des hommes : tout un monde nouveau lui apparaît, qu'il trouve merveilleux. Une confiance invincible l'envahit, et il croit sentir sur lui une protection toute-puissante : le Destin ne l'a-t-U pas marqué pour révéler à l'univers ce coin de terre tenu secret à son intention depuis le commencement des âges? Maintenant un charme le protège, tout s'ouvrira devant lui. Aussi, pour bien remplir sa mission, pour rapporter à ses semblables une image complète de ce qu'il a vu, comme ses sens s'ouvrent, comme son attention se décuple ! il ne faut pas qu'un brin d'herbe lui échappe. Etonnez-vous alors si, dans ses descriptions, ce brin d'herbe occupe trop de place !

Qu'on ne sourie pas devant cet enttiousiasme ! Je ne crois pas qu'un seul explorateur, fût-ce le plus sceptique et le plus froid d'apparence, ne l'ait constamment ressenti : pour s'astreindre à une vie de soldat, sans chercher les ivresses de la victoire, et d'ascète, sans avoir en vue les félicités célestes, il faut un peu de mysticisme et croire à son étoile.

Nous escaladons les pentes raides de la montagne, d'où se découvre l'admirable paysage de la vallée de Ning-Yuenfou. Quelques Lolos, qui descendent, nous jettent des regards surpris ; mais à la vue des esclaves de nos répondants, qui portent nos charges, ils comprennent que nous ne sommes pas des intrus, et ils passent. N'importe, sans introducteurs et sans interprète, nous sommes dans une situation assez sotte. Que font donc nos gens ? Jusqu'au village de Ta- Hin-Tchang, là-bas à nos pieds, le chemin est désert. S'est-il produit quelque incident ? le préfet n'a-t-il pas inventé quelque nouveau tour ? Malencontreux déjeuner ! stupidc précaution ! Pourquoi ne sommes-nous pas partis sur-le-champ en profitant d'un moment d'enthousiasme qui sans doute est déjà passé ?

Mais si nos réflexions deviennent sombres, le ciel l'est encore davantage : subitement le soleil, jusque-là radieux, disparaît derrière des nuages noirs surgis de derrière les crêtes ; un vent terrible nous enveloppe de ses tourbillons. Nos porteurs lolos s'élancent dans un petit vallon qui s'ouvre au cœur de la montagne, à cette altitude déjà élevée ; nous les suivons en hâte. A peine avons-nous le temps de remarquer à l'entrée un chien pendu en croix, sinistre menace à tout intrus.

L'orage se déchaîne avec une violence inouïe : pluie, grêle, neige, fouettées par un ouragan infernal, cependant que la foudre éclate et tombe de tous côtés. Il nous faut déployer toute notre vigueur pour avancer, et encore sommes-nous en terrain plat et en partie abrité: si nous avions été surpris quelques minutes plus tôt sur la pente abrupte, il n'y aurait eu d'autre moyen de salut que de nous coucher et de nous cramponner aux rochers pour n'être pas emportés par le vent.

Heureusement, à peine avons-nous fait cinq cents mètres que nous trouvons deux maisons: nous nous y précipitons. Des maisons ! Les plus misérables masures qu'on puisse rêver. Celle où nous sommes entrés n'a qu'une pièce minus-

cule, et son toit crevé laisse passer des torrents d'eau, tandis qu'une fumée intense s'élève du foyer et nous aveugle : être enfumés et inondés à la fois, c'est vraiment le comble de la fortune ! Nous sommes étonnés de trouver ces cabanes habitées par deux femmes chinoises ; elles y vivent avec la permission des Lolos, dont un village, qu'un rebord de terrain nous cache, est à cinquante mètres.

La tempête, toujours accompagnée de neige et de tonnerre, dura toute la nuit. Vraiment l'accueil de la Lolotie n'avait rien d'engageant : « Elle veut effrayer les audacieux qui osent pénétrer sur son sol », disait en souriant le Père. Mais les torrents d'eau et les sifflements de l'ouragan s'engouffrant dans notre taudis n'étaient pas seuls à nous tenir éveillés : point d'interprètes, point de répondants, voilà qui était plus inquiétant que l'orage. Viendraientils jamais? Et quel accueil nous ménageaient les Lolos du village, qui ne nous avaient pas donné signe de vie ?

Le jour vient, et un beau soleil dissipe les nuées, mais non notre inquiétude. A neuf heures seulement, avec un soupir de soulagement compréhensible, nous voyons arriver nos retardataires. Il paraît qu'hier les Lolos étaient si joyeux de nous emmener chez eux que pendant notre déjeuner ils se sont mis à boire à notre santé, si bien qu'ils ont fini par être complètement ivres. Mais maintenant les voici tout à notre disposition.

Que ce début ne donne pas une idée trop fâcheuse de nos répondants ! ils vont bientôt se relever dans notre estime.

Il est temps de les peindre, car l'opinion jusqu'ici avait le droit d'hésiter : Colborne Baber décrit les Lolos comme plus grands qu aucune race d! Europe; il n'a pas vu « un seul homme qui, même pour un Anglais, pourrait être appelé petit » ; cependant que le commandant Bonifacy, l'ethnographe le plus renommé du Tonkin, déclare impossible de reconnaître un Lolo d'un Annamite, s'ils portent le même

costume, et les Annamites, chacun le sait, sont une des plus petites races qu'il y ait au monde. Telles sont les précises données que possède la science !

« Il sont moult belles gens, mais ne sont pas bien blanches, mais brunes gens»: ce portrait, tracé au xiii'' siècle par Marco Polo, est toujours exact. Deux de nos répondants sont des hommes magnifiques : lun, Ma-Hotseu, a près de deux mètres de haut, des traits fins et réfléchis ; l'autre, Ma-Yola, qui n'a guère que i™go, possède une des plus belles têtes qu'on puisse imaginer. Rien de l'Asiatique : le teint n'est pas jaune, mais basané comme celui des habitants de l'Europe méridionale ; les yeux, non obliques, non bridés, sont grands et protégés par de puissantes arcades sourcilières ; le nez est aquilin, la bouche bien dessinée. Et surtout quelle expression ouverte, franche, martiale ! Comme cet œil est assuré, sans nulle provocation ! Une tête européenne ! oui. mais un peu indienne aussi :

quel superbe Peau-Rouge, s'il avait dans les cheveux un panache de plumes !

La photographie rend très mal la beauté de leurs types : un peu inquiets de ce que nous allons faire, ils ne savent point garder leur expression naturelle, clignent des yeux, tordent la bouche. Ce sera, malheureusement, un cas assez général, et je prie qu'on embellisse par la pensée tous les portraits que nous donnerons, puisque en Europe les photographes, même avec les sujets les plus accoutumés à l'opération, sont obligés de faire mille recommandations, de retoucher le cliché et souvent de le recommencer.

Quant à notre troisième répondant, Ma-Walé, quoique du même clan, il est assez laid et beaucoup moins grand (i"^65 environ) ; mais il est très renommé pour son intelligence et son courage.

Pendant que nous nous disposons à les photographier apparaissent au-dessus du mur qui couronne le talus auquel les maisons sont adossées, toute une file de minois curieux : ce sont les femmes lolos du village qui, maintenant que nos répondants sont arrivés et que nous sommes par là présentés, veulent voir les Faces pâles, ainsi que sans doute elles nous nomment. Elles arrivent à point pour nous fournir un amusant fond de tableau, bien qu'aucune ne soit jolie, — nous saurons plus tard pourquoi.

Et maintenant qu'après tant d'alertes nous sommes au complet, marchons! L'ascension est assez rude, car le chemin monte en ligne droite, mais bien que la pente soit plus abrupte à mesure qu'on s'élève, elle est bien moins raide que sur les montagnes que nous avons gravies jusqu'ici, et cependant nous sommes déjà à 3.000 mètres d'altitude. Quand nous nous retournons, la vue est merveilleuse ; la neige a, cette nuit, recouvert tous les sommets, et, de cette hauteur, on les voit briller à l'infini comme des vagues frangées d'écume : c'est le Tibet qui s'étend sans limite vers l'ouest.

Que le pays est tourmenté là-bas ! Ici au contraire les croupes sont arrondies, le roc disparaît sous la terre et la terre sous le gazon : on peut passer partout à cheval comme à pied. Pas besoin de chemin : une simple piste qui a dix mètres de large au moins ; et au lieu de se suivre en file indienne, procédé obligé sur les étroites routes de Chine, et de surveiller attentivement Tendroit où poser le pied, tout le monde va librement, s'arrête, forme des groupes, cause, chante, rit. C'est une joie de marcher dans ce pays.

La région où nous avançons est peu habitée : si près du territoire chinois, les habitants n'y seraient jamais en sûreté, les guerres étant continuelles. Nous ne rencontrons que quelques cases en bambous, abris de bergers ; des troupeaux que gardent de jeunes pâtres, et plusieurs bandes — je n'ose dire caravanes, tant ces troupes joyeuses et sans ordre évoquent peu l'aspect régulier et méthodique que ce mot implique — qui se rendent à Ta-Hin-Tchang pour vendre des chevaux, des peaux et du miel.

Généralement les nobles sont à cheval, sur de petites bêtes robustes et agiles, d'une race spéciale au pays : leur pied, sûr comme celui de la chèvre, n'est pas ferré ; elles ont un harnachement teint en rouge et orné de petites plaques rondes en os, d'un joli effet. L'étrier mérite une mention spéciale : il a la forme d'un sabot, dont la moitié arrière manque et dont l'avant est plein, sauf une toute petite cavité où n'entrent que les doigts, le reste du pied ne reposant sur rien. Cette disposition singulière présente une certaine analogie avec l'étrier des anciens chevaliers japonais.

Chaque noble a avec lui des esclaves chargés de fardeaux et quelques serfs qui portent ses armes : une immense lance de cinq à six mètres de longueur, qui est une des caractéristiques des Lolos, im trident, un arc et un carquois, parfois un fusil ; lui-même a un sabre soutenu par un baudrier recouvert de ces mêmes ornements en os qui sont ici fort à la mode.

Tous nous saluent amicalement et s'arrêtent un moment pour interroger avec curiosité nos répondants sur ces hôtes de sorte nouvelle. Nous en profitons pour les photographier ; ils se font expliquer notre but et, celui-ci connu, ils se posent d'eux-mêmes avec leurs hommes d'armes en groupes décoratifs, d'allure même un peu théâtrale, exactement comme les disposerait un artiste professionnel. Ils ont le sens du pittoresque et de l'effet.

Nous franchissons la crête par un col de 3.200 mètres de hauteur ; mais au lieu de redescendre, nous trouvons un large plateau en forme de cuvette, garni d'une herbe abondante : « Veuillez galoper, messieurs, c'est l'usage ici », nous disent nos guides ; et de fait, ce plateau de Tchaol, où les Lolos tiennent des assemblées et se concentrent avant les expéditions, semble un vrai champ de course. Nous lâchons la bride à nos chevaux qui partent comme des fous. En Chine tout ce qui est plaine est champ de riz ou de pavot, on n'abandonne à l'herbe que les talus escarpés où rien d'autre ne pourrait venir ; les routes sont étroites et caillouteuses : jamais on ne trouve la moindre place pour prendre les allures vives. Ici de l'espace, une plaine, de l'herbe ! de mémoire de cheval, jamais on n'a vu cela, et les nôtres sont comme ivres.

Nouveau col de 3.100 mètres, puis nous commençons à descendre. Des sapins, des buis, de grands buissons d'azalées couverts de fleurs blanches et roses transforment les pentes gazonnées en un vrai parc. Tout à coup, à un tournant, Siu pousse une exclamation de joie : « Succès assuré ! » dit-il, et il nous montre à l'horizon une forme rose perdue dans le ciel.

C'est le Long-Teou-chan, le mont de la Tête du Dragon, ainsi que l'appellent les Chinois, ou Chonolévo, de son nom lolo. Nulle montagne n'est plus fameuse. Sa forme caractéristique — elle en a plusieurs, toutes remarquables, suivant le côté d'où on la regarde : d'ici c'est une pyramide régulière, à pointe effilée, — sa hauteur prodigieuse —

5000 mètres, suivant restimation que j'en ai faite depuis — la font reconnaître entre toutes. C'est une de ces manifestations de la puissance de la Nature qui frappent l'imagination des peuples et en font jaillir les légendes : pas une famille lolo qui n'y place le berceau de ses ancêtres ; pas une histoire où elle ne joue un rôle et, d'avance, lorsqu'un conteur prend la parole, on peut se préparer à entendre son nom.

Quand on l'aperçoit d'ici, en entrant dans le pays, c'est un gage assuré que tout ira bien. Et je le crois volontiers, car une chose déjà ira certainement bien : ma carte. Chonolévo est juste à l'autre extrémité du pays lolo : je puis donc, du premier coup, viser le point précis où nous comptons aboutir et, malgré les écarts que la politique ou les accidents du sol imposeront à notre direction, assurer à mes levés une base d'une précision absolue (i).

Plus au sud, un autre massif, qui semble aussi élevé, m'offre un second point de repère: c'est le Chama-Sué-chan (Monts neigeux de Chama), où nous comptons aussi aller. Il porte bien son nom, car ses sommets élèvent dans le ciel un vaste champ de neige que rougissent les derniers rayons de soleil, tandis que Chonolévo, trop aigu sans doute, n'est point recouvert de neige (2),

Derrière nous déjà le soleil a disparu ; un voile sombre s'étend sur ce pays inconnu que nous voulons découvrir ; seules, presque irréelles au milieu des nuages, les cimes roses des deux monts géants brillent comme un séjour de gloire et de splendeur. Magnifique symbole! Quand nous verrons se dresser les obstacles et les embûches que recèlent les ténèbres, nous aurons devant les yeux la vision radieuse de ce but éclatant apparu en plein ciel.

(i) C'est d'autant plus heureux qu'à partir de ce moment nos guides, inquiets de mes questions, de mes visées et des notes que je prends, me prient nettement de ne point lever la carte de leur pays. Nous devrons dorénavant nous livrer à des ruses de Peaux- Kouges pour obtenir les renseignements et les noter, ainsi que les directions, sans exciter leur suspicion.

(2) n ne l'est jamais, en effet, sur sa face sud, trop à pic - - sauf dans quelques crevasses, — mais la face nord, que nous verrons plus tard, conserNC toujours un peu de neige.

La résidence de Ma-Walé, où nous devons coucher, est tout près. Elle se compose d'une assez vaste maison, sans clôture, qu'habite le seigneur, et, à quelque distance, sur l'autre rive d'un ruisseau, d'une agglomération de cases en bambou, entourées de fragiles barrières en clayonnages, où se tiennent les serfs. Un autre noble habite un peu plus haut.

Il faut que je me hâte de le dire, c'est la seule demeure de seigneur lolo que nous ayons vue ainsi ouverte et isolée : toutes les autres sont closes par une enceinte, à l'intérieur de laquelle plusieurs familles de serfs sont prêtes à défendre leur seigneur contre un coup de main. Peut-être Ma-\Valé comptait-il, en temps de guerre, monter chez son voisin mieux protégé ; quoi qu'il en soit, sa confiance ne lui a pas porté bonheur : à mon second passage au Kien- Tch'ang, j'ai su qu'il avait été tué par un clan ennemi. Combien de nos amis lolos ont déjà disparu !

Comme toutes les maisons de riches Lolos, celle-ci a

ses parois formées de planches, disposées verticalement; le toit est également en planches, qu'assujettissent des rangées de grosses pierres, à la mode des cabanes suisses; mais, fort inégalement taillées, ces planches laissent entre elles des vides presque égaux aux pleins. Point de fenêtre : ce serait assurément superflu, le jour et l'air n'entrent déjà que trop, comme la pluie et la neige, par cette toiture à jour. La maison comprend deux pièces : le maître de la maison et sa femme occupent la plus petite, l'autre est la salle commune.

Pas un meuble, sinon quelques coffres où sont enfermés les vêtements et toutes les misérables richesses du ménage. Au centre de la pièce, pour combattre le froid vif qui pénètre par tant d'interstices, est un foyer toujours allumé. C'est une vaste pierre circulaire, dont le centre est un peu évidé pour recevoir les cendres ; le pourtour est sculpté d'arabesques assez frustes. Trois pierres posées au milieu aident au tirage et supportent le vaste plat creux où cuisent les aliments.

Dans la grande salle, en face de la porte, est un réduit dans lequel on enferme, le soir, une partie des cochons et des brebis. Il y a encore, dans les coins, d'autres réduits qui tantôt servent à ranger des armes, des outils, des instruments de pêche ou de chasse, tantôt servent de chambre à coucher pour quiconque a besoin de s'isoler.

Mais c'est un cas rare. En général le Lolo n'a pour dormir ni lit, ni place fixe ; la seule chose qui lui soit nécessaire, il la porte toujours sur lui : sa grande pèlerine. Il s'accroupit auprès du foyer ; quand le sommeil vient, il s'étend le plus près possible du feu, les jambes à demirepliées sous le manteau.

Ce vêtement, exactement pareil à celui que portent les bergers du Limousin ou de la Provence, est en feutre, ordinairement brun foncé, quelquefois bleu, souvent de la teinte naturelle de la laine. C'est, avec la toile de chanvre, le seul produit de l'industrie textile chez les Lolos ; son étoffe

est grossière et inégale. Mais, tel quel, ce vêtement l'abrite si bien contre la pluie, la neige et le froid, que le Lolo le juge inestimable, jamais il ne le quitte, été comme hiver ; grâce à lui il ne craint pas d'être surpris par la nuit : qu'importe, il s'étendra dans le premier creux de rocher et dormira bienheureusement dans cette mirifique cape, qui lui tient lieu de matelas, de couverture et même de toit. La vraie demeure du Lolo, c'est sa pèlerine.

Assez tard dans la nuit, assis autour du foyer avec Ma-Walé et sa femme, ses serviteurs et les nôtres, nous causons familièrement. Malheureusement, ils ont encore plus de questions à nous poser que nous n'en tenons en réserve ; car tout ce que nous possédons n'est-il pas merveilleux? Sur toutes choses, ce qu'ils admirent, ce sont nos lampes de poche électriques ; ce feu éclatant que chacun de nous porte sur lui sans en être brûlé, qu'il peut à volonté éteindre, rallumer, braquer dans toutes les directions, n'est-ce pas un miracle, qui fait pressentir de quel pouvoir magique nous sommes environnés? On brûle de connaître

nos armes ; demain il faudra que nous eu montrions l'effet...

Quand le moment est venu de dormir, sauf Ma- Walé et sa femme qui se retirent, tout ce monde reste étendu autour du feu, devant nos lits dressés C'est pour nous

SERFS LOLOS

une épreuve décisive : si les Lolos sont les brigands que dépeignent les Chinois, notre dernière heure sonnera cette nuit, car ils n'ont qu'à étendre le bras pour nous frapper dans l'obscurité, et nos trésors sont à eux. Si demain matin nous sommes en vie, c'est qu'ils n'en veulent pas, et nous avons affaire à des hommes loyaux.

Malgré la sympathie instinctive que déjà nous éprouvons pour nos hôtes, la sagesse nous commande de ne dormir que d'un œil, la main sur nos revolvers. Parfois la lueur mourante du brasier s'éteint, l'ombre devient absolue : bientôt on entend le sourd bruissement d'un corps qui rampe. Vite un jet de lumière : ce n'est qu'un des dormeurs qui, réveillé par le froid, s'efforce de ranimer le feu.

Déjà à travers les parois à claire-voie filtre une vague clarté : tout le monde s'étire et se lève. Tous trois nous nous souhaitons joyeusement bonjour, car nous sentons maintenant que la partie est à demi gagnée : n'avoir plus à redouter que des ennemis déclarés, c'est avoir vraiment trop beau jeu !

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