‹ Les derniers babares: Chine, Tibet, MongolieChapitre 15 sur 56 · SORTIE DU TERRITOIRE INDÉPENDANT · texte numérisé non relu

SORTIE DU TERRITOIRE INDÉPENDANT

NOTRE marche est une fête : d'un hameau à l'autre, toute la population nous escorte ; gais et agiles comme de jeunes poulains, les enfants bondissent sur les flancs du cortège, poussant des « you you you » de joie perçants, à la manière des Arabes. On voit sortir de tous les manoirs et villages des files de gens qui se précipitent sur les petites levées de terre qui bordent les rizières, ou qui, impatients, pataugent à travers la boue pour couper au court. Plusieurs dames de haut lignage, montées sur leur haquenée, accourent examiner ces étrangers à l'aspect inaccoutumé et, malgré leur liberté d'allures, elles restent im peu interdites, de voir l'œil de verre du kodak se fixer sur elles avec insistance.

Quelle différence entre ces femmes et les Chinoises! La femme lolo, si elle n'est pas l'égale de l'homme, tient du moins une place importante dans la famille. Le Lolo ne peut épouser qu'une seule femme, sauf pourtant en cas de stérilité ; la jeune fille, qui sort librement, est parfaitement maîtresse de son choix, à condition, bien entendu, de l'exercer dans sa caste et de respecter les intérêts du clan. Après le mariage, elle revient fréquemment chez ses parents, et chaque fois son mari doit déployer toutes ses séductions pour l'amener à réintégrer le domicile conjugal : s'il ne parvient à plaire, la femme reste définitivement dans sa famille, sans que personne y trouve à redire (i).

(i) Il s'est écrit beaucoup d'erreurs à propos de ces usages. Comme ils offrent des variantes d'un lieu à l'autre, j'admets volontiers que chaque observateur a vu clair dans le cas particulier qu'il a noté chez les Lolos soumis ; mais toutes les généralisations qui en ont été tirées sont un peu hâtives.

La femme a sur !a fortune de ses parents des droits absolument égaux à ceux de ses frères ; et cependant, trait curieux, elle n'hérite pas : les fils seuls se partagent l'héritage. Mais la jeune fille reçoit en dot, en se mariant, exactement la quote-part qui aurait dû lui revenir dans ce partage : c'est une avance d'hoirie dont elle bénéficie ; si elle n'est pas mariée à !a mort de ses parents, ses frères devenus maî-

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