AU PIED DES
leur esprit; il aimaginé d'écrire, en langue lolo, mais avec l'alphabet latin, des livres où il expose quelques notions du monde et des sciences. Le Père croyait que depuis leur disparition, ses élèves avaient tout oublié : non pas, et nous fûmes stupéfaits de voir ces jeunes gens lire notre écriture, faire au tableau des opérations d'arithmétique, et nous parler du téléphone et des ballons dirigeables. Devine-t-on maintenant où le prince Len, que le Père Martin considère comme
l'auteur de son infortune et son plus cruel ennemi, a puisé toutes les notions qu'il fait enseigner dans sa propre école ? Mais dans les livres du P. Martin, qu'il s'est fait lire par un de ses anciens élèves et qu'il a traduits en caractères lolos; si bien que le missionnaire, s'il n'est pas parvenu à convertir les Lolos, ni même à pénétrer sur leur territoire, n'en a pas moins réussi, à son insu, à leur donner des rudiments de science qui les élèveront de beaucoup au-dessus de la masse chinoise et seront pour les Européens une facilité de plus pour entrer en relation avec eux. Et qui sait si les idées chrétiennes qu'il a lancées fie feront pas aussi leur chemin', et si cet apôtre, dont l'échec paraît absolu, n'aura pas travaillé pour l'avenir ?
Cette visite à Guiélouka était la clôture de nos recherches sur nos amis les Lolos. Dorénavant une nouvelle phase de notre expédition commençait.