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AGRESSION DES TIBÉTAINS. ARRIVÉE A LHABRANG

ET maintenant notre but était atteint : nous avions découvert le Fleuve Jaune dans la seule partie de son cours capricieux restée inconnue, ce qui permettrait, avec les données rapportées de leur côté par nos émules allemands, d'établir définitivement les bases du système hydrographique et orographique de la région.

A nos successeurs nous laisserions d'ailleurs une part enviable : celle de l'étude de l'énorme massif qui commence sur l'autre rive et qui est un des plus formidables du monde. Célèbre au loin, son nom est écrit par les géographes : Amné Matchine ou encore Matgyen. Je me permets d'en proposer une nouvelle forme, celle des Nomades qui entourent cette chaîne et l'ont sans doute baptisée : Anié Matchù Dans leur langue anié veut dire ancêtre, et Matchi est le nom du grand Fleuve Jaune (i) ; cette appellation signifie : l'Ancêtre du Matchi, et c'est la croyance universelle que ce massif contient les sources principales, placées jusqu'ici dans le lacs Nyoring-So et Doring-So.

Sans garantir la vérité de ce renseignement, je le donne comme aussi positif que possible dans la bouche des indigènes, et partant digne d'être contrôlé. Anié Matchi est pour les Tibétains nomades ce que Chonolévo est pour les Lolos : la personnalité la plus importante du pays. Il est toujours présent à la pensée et dans les discours, et chacun sait tout ce qui le concerne.

Nous allions maintenant nous diriger vers la grande lamaserie de Lhabrang. Je savais que nous trouverions

(i) On le prononce aussi Matcheu, mais non Matchou comme en tibétain ordinaire.

sur cette route de curieux problèmes géographiques et ethnographiques à résoudre ; il nous faudrait traverser les immenses territoires appartenant àla lamaserie, et pourtant habités par les nomades : nous pourrions ainsi étudier l'organisation de ces grands domaines ecclésiastiques et voir comment leur existence peut s'accommoder de la présence de tribus indisciplinées et pillardes.

Déjà nous pouvons prendre contact avec les lamas. Auprès du confluent, caché dans un des replis de la montagne, s'élève le couvent de Tchaga-Weisiong, en relations cordiales avec Lhabrang, quoique indépendant. Nous faisons connaître aux moines notre désir de les visiter, mais ils refusent nettement de nous recevoir, et notre envoyé, fils d'un des principaux notables de la région, prétend même avoir été frappé pour l'audace d'une pareille commission. C'est un début encourageant!

Nous quittons le territoire des Dzorguè pour entrer sur celui de la tribu de Lhardé. Elle comprend quatre villages ; déjà la plupart des habitants sont sous la tente. Une lamaserie s'élève sur la montagne.

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