HABITATIONS DANS LE LOESS PRÈS SOUEI-TO-TCHEOU
ments et de documents précieux, notamment aux environs de Souei-To-tcheou, où ils vont découvrir le tombeau du célèbre général Mong-Tien qui construisit la Grande Muraille.
Resté seul, je m'attache à compléter, par une enquête sur place, les renseignements recueillis durant tout notre voyage auprès des Mahométans sur une sorte de Mahdi,
né en ces régions, personnage très intéressant qui de 1860 à 1871 fut le chef de la grande insurrection et faillit créer un état musulman. Il a fondé une secte très vivace, dont nous avons trouvé les traces jusqu'au sud du Yunnan.
Puis je vais visiter le roi mongol d'Alachan. Divers voyageurs m'ayant précédé chez ce prince, je m'abstiendrai de raconter cette visite. J'y succédais, à quelques jours d'intervalle, à la mission russe Kozlov, qui venait de visiter tous les princes de Mongolie.
De là je gagne la communauté catholique de San- Tao-Ho. Rien de plus curieux que cette création des missionnaires belges. En pleine Mongolie, ils ont réussi, à force de travail, de plantations d'arbres, de canaux d'irrigations, à arracher aux sables un coin de terre arable, et, installés là avec des fidèles accourus de partout, ils constituent une sorte de petite république chrétienne. Il y a là une trentaine de villages, répartis en onze paroisses groupées autour de l'évêché. Dans ces déserts où oncques ne fut vu un mandarin, l'évêque et les curés sont les seuls chefs de ce petit peuple de cinq mille âmes : ce sont eux qui rendent la justice, nomment les « bourgmestres », distribuent les terres, font exécuter les travaux qui sauvent le pays de la mort. C'est une nouvelle république du Paraguay ; mais je ne crois pas que son peuple, accru tous les jours par l'arrivée de Chinois qu'attire la renommée de cet Eden, soit près de faire une révolution,
A trois jours de San«Tao-Ho, en pleine solitude, le comte de Lesdain et le Père De Bœck ont, en 1905, reconnu l'existence des vestiges d'une ville disparue, enfouie sous le sable. Leur relation m'avait fait concevoir l'intérêt d'exécuter des fouilles qui permettraient peut-être de découvrir en quel temps un pays qui présente aujourd'hui l'image la plus parfaite de la stérilité et de la mort avait pu nourrir une population nombreuse, et quel peuple avait vécu là. Un autre missionnaire, le Père Van H avère, qui, depuis, avait été à son tour visiter ces ruines, mais sans les moyens
nécessaires pour les mettre au jour, s'offrit généreusement à m'y conduire (i).
Avec une petite armée de travailleurs, nous fîmes durant quinze jours des fouilles sur l'emplacement de Poro- Khoto, la Ville Grise. A mon vif désappointement, nous n'avons trouvé aucun document écrit. Mais un grand nombre d'objets, vases, monnaies, pointes de flèches, usten-
L£ DÉSERT DE UONCOUE .(
siles divers, ont été déterrés; la forme toute particulière des tombeaux est de nature à provoquer un vif intérêt, ainsi qu'un procédé étrange d'ensevelissement, qui consiste à placer le cadavre dans une jarre ; on ne l'a signalé, à ma connaissance, que chez les anciens Perses, et aussi chez les Indiens des Andes péruviennes : les photographies de
(i) Cet excellent Père, pour qui je conserve une gratitude émue, est mort quatre mois plus tard- Combien d'autres, parmi les missionnaires qui nous ont si généreusement reçus et aidés, ont déjà disparu, épuisés par leur
vie de fatigues et de privations !
leurs antiques jarres funéraires en deux parties les montrent identiques aux nôtres.
Dans les replis de la sauvage Montagne aux Loups, dont les crêtes dentelées jaillissent de la mer de sable, nous visitons des lamaseries pareilles à celles du Tibet, mais encore plus séparées du monde, plus érémitiques, plus impressionnantes : leur existence au milieu de ces rocs
!i DE LA VILLE CRISI
superbes, mais infertiles, entourés de déserts, tient du prodige. Quelque opinion qu'on professe sur le bouddhisme, on se sent pénétré d'admiration pour une foi qui transforme en ascètes les plus farouches sabreurs qui aient été au monde, et en séjours de prière et de sanctification des gorges d'où toute vie semblerait bannie. Aussi, quand dans la nuit les gigantesques trompettes lancent le motif du Graal — du moins on le jurerait, tant la parenté est grande, — n'éprouve-t-on nulle surprise : ne sommes-nous point à Mont-Salvat ?