‹ Les Derniers bohêmesChapitre 2 sur 47 · UNE PAGE D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

UNE PAGE D'HISTOIRE

Huit millions cent-cinquante-sept mille sept-centcinquante- deux voix se prononcent pour le rétablissement de l'Empire ! Chacun veut avoir travaillé au grand acte qui vient de s'accomplir ; les ouvriers de la dernière heure sont à leur poste.

M. Arsène Houssaye, qui n'avait pu rien être au lendemain de 1848 bien qu'il eût, le 24 Février, crié à la Chambre au pied de la tribune : vive la république ! fait déclamer par mademoiselle Rachel les vers suivants :

La jeune France martiale, Qui va guidant l'humanité, Avec l'idée impériale Rentre enfin dans sa majesté.

et M. Joncières, qui avait été Saint-Simonien, troque avec plaisir son titre de citoyen contre celui de sujet, déclarant que si cette expression doit être justement adoptée, c'est sous une monarchie élevée et couronnée par la volonté nationale.

Un ancien aide-de-camp de Kellermann, M. Vatin, commandant la garde nationale de Senlis, adresse à son bataillon cet ordre du jour qui doit rester à l'histoire :

Gardes nationaux de Senlis !

Rendons grâce au Prince-Président qui, par les sages et énergiques mesures qu'il a prises, nous a sauvés de l'anarchie et a rendu la sécurité à la société qui allait tomber dans un abîme.

Ma foi, puisque les autres gouvernements n'ont pas eu l'esprit de se maintenir, tant pis pour eux.

Vive la France S Vive l'Empereur !

Le commandant Vatin.

Mais voici qui est merveilleux : La propriétaire

d'un hôtel garni rue Pavée-Saint-André-des-Arts est sur le point d'accoucher seulement elle n'accouche pas. — Qu'attendez-vous ? lui dit une voisine. — Ce que j'attends, répond cette femme qui aurait dû tenir son garni à Rome, via Comelia, du temps de la mère des Gracques, « j'attends que le Prince -Président fasse son entrée aux Tuileries comme empereur et c'est ce jour là que j'accoucherai. Je n'ai jamais aimé la République et je veux que mon fils, car c'est un fils que j'aurai, porte le nom glorieux de Napoléon . »

Elle se retenait !

Par un miraculeux hasard, ajoute la Patrie, pendant que le canon annonçait l'arrivée de Napoléon III, etc ; — le reste se devine.

On baptise, on débaptise, on gratte les vieux murs, on démarque les vieux drapeaux. L'Opéra devient l'Académie impériale de musique, le cérémonial usité sous Louis XIV et Napoléon I est remis en vigueur et M. Nestor Roqueplan — le râble en deux, un flambeau à plusieurs branches à la main — a l'honneur de marcher à reculons devant l'Empereur depuis la porte de la rue Rossini jusqu'à la loge impériale. Les Sociétaires du Théâtre-Français qui jadis étaient simplement les Comédiens ordinaires du Roi, s'intitulent Comédiens ordinaires de Sa Majesté l'Empereur. M. de Maupas fait cadeau à M. de la Guéronnière pour le Pays du sous-titre de : Journal de l'Empire ; le palais de l'Elysée — Elysée Bourbon, Elysée National — prend le nom à' Elysée Napoléon, le collège militaire de la Flèche s'appelle Prytanée militaire impérial, la Garde ré-

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