‹ Les Derniers bohêmesChapitre 36 sur 47 · MAIGRE VERTU · texte numérisé non relu

MAIGRE VERTU

Elle a dix-huit ans et pas de poitrine, Sa robe est très close et monte au menton ; Rien n'en a gonflé la chaste lustrine, Elle est droite ainsi qu'on rêve un bâton.

Son épaule maigre a des courbes folles Qui feraient l'orgueil des angles brisés ; Ses dents en fureur dans leurs alvéoles Semblent dire : Arrière!. . . au chœur des baisers.

Ses yeux sont gris, troubles et des sourcils rares Ombrent tristement un front bas et plat Qu'oppriment encore des bandeaux bizarres De petits cheveux châtains sans éclat.

Heureux qui fera tomber les ceintures De cet angélique enfant ! 0 trésor, Qui fait des sirops et des confitures Telles que jamais on n'en fit encor !

Ça n'a pas de cœur ! — la moindre fadaise La fait aussitôt rougir jusqu'aux yeux, Et de sa figure atone et niaise Rien ne déride l'aspect soucieux.

Sa mère en est Gère et se sent revivre Dans ce mannequin rebutant et sec, Dans ce long profil aux reflets de cuivre Fait pour maintenir l'amour en échec.

Et ça doit pourtant se changer en femme, J'ignore au moyen de quel talisman, Mais on chantera son épithalame.

Un baby rosé lui dira : maman !

Qui donc remplira ce devoir austère ?

Ne cherchons pas loin. Dieu, dans sa bonté, A créé pour elle un jeune notaire, Homme sérieux, de blanc cravaté,

Et tous deux feront d'autres jeunes filles Aux regards sans flamme, aux coudes pointus, Pour qu'on voie encore au sein des familles

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