‹ Les Derniers bohêmesChapitre 41 sur 47 · LOUIS ABADIE · texte numérisé non relu

LOUIS ABADIE

L'auteur de quatre ou cinq cents romances parmi lesquelles il est impossible que vous n'en rencontriez pas de votre connaissance ; si ce n'est la Fille à Jérôme, ce sera Y Amoureux de Pontoise :

Je suis de Pontoise Le plus tendre amant Du département De l'Oise.

ou les Feuilles mortes

Quand vous verrez tomber, Tomber les feuilles mortes

ou les Plus beaux yeux de Castille

C'est que vois-tu, ma gentille, Il est sous ton voile noir Les plus beaux yeux de Castille Les plus beaux qu'on puisse voir.

ou encore D'où viens-tu, beau nuage ?

Par pitié, beau nuage, Sur les ailes du vent, Porte-moi sur la plage Que je pleure souvent.

et le beau nuage a porté Abadie sur la plage où Ton prend terre pour toujours.

Il avait été chanteur, et. comme il me le disait en riant, avait chanté de façon à étonner, à surprendre le public. Hélas ! ce moment de stupéfaction passé, c'étaient des cris, des grincements de dents.... c'est alors qu' Abadie devint compositeur. Le Théâtre- Lyrique lui reçut Y Acrobate , opéra-comique en deux actes dont Brisebarre avait fait les paroles, et, pendant je ne sais combien d'années, ce malheureux Abadie alla tous les quinze jours solliciter la mise en répétition de son opéra — ce qui, pour lui, était une question de vie ou de mort.

LMmrôtftenefut pas joué, Abadie mourut de chagrin et de misère à l'hôpital et comme il laissait trois enfants dans le plus complet dénuement, Brisebarre essaya de faire jouer cette malheureuse pièce qui, jadis, avait été reçue. . . .

Les Théâtres-Lyriques se sont succédé les uns aux autres, Brisebarre est mort — peut-être aussi les trois enfants d'Abadie ! — et Y Acrobate n'est pas sorti des cartons.

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