‹ Les Derniers bohêmesChapitre 43 sur 47 · PIERRE BRY · texte numérisé non relu

PIERRE BRY

Un libraire assez excentrique que ce gros personnage tout rond, tout rouge et tout fleuri, menant de front la gaudriole et l'éducation démocratique du peuple, publiant Faublas en livraisons à 20 centimes afin de le mettre à la portée des classes nécessiteuses et signant ces fières lignes à la fin du 1er numéro du Peuple, plus tard, Y Accusateur public d'Alphonse Esquiros : « Le gérant du Peuple se fait moralement responsable de toutes les doctrines de cette feuille révolutionnaire; il est dévoué d'affection à la République pour laquelle il a couru aux armes ; un des premiers il a pris l'initiative de la lutte. Il était sous le feu des Tuileries ; il a foulé aux pieds les débris et les lambeaux de la tyrannie déchue. C'est un enfant du peuple par le cœur. » Oui, mais c'était aussi un rude négociant que ce démocrate à cheval sur les principes et de Jean Raisin, en Jean Guestré, il était arrivé peu-à-peu à faire le Journal des médaillés de V Empire ! ! !

Il avait des idées saugrenues aussi bien en architecture qu'en littérature, et il s'était fait construire à Heudon une façon de vieux château démantelé

du plus comique effet. Il y avait là de curieuses imitations de crevasses; des brèches et des lézardes d'un aspect des plus saisissants — et sur le tout, comme pièces justificatives , poussaient, à grand renfort de soins, un jeune lierre et une tendre mousse, destinés à faire illusion aux Meudonais eux-mêmes.

Et Bry, coiffé d'un bonnet autrichien, souvenir de sa campagne d'Italie, criait aux bourgeois que la vue du castel et de son seigneur faisait sourire : au lieu de vous pavaner dans vos salons, stupides bourgeois, allez donc dans les plaines de Cavriana et de Solférino ramasser ceux qui meurent pour la patrie; alors, mais alors seulement vous aurez le droit de rire. — En attendant, salut.

Car Bry voulant voir une vraie bataille avait assisté du haut du clocher de Médole aux assauts des mamelons de Cavriana et de Solférino «le cœur battant comme un tambour sous les baguettes d'une émotion que vous comprenez bien, » racontait-il, et était revenu du champ de bataille avec toute une collection de balles, képis, capotes autrichiennes.

Ce sont ces idées guerrières — et un peu aussi le désir de faire une bonne fois sa fortune, 'qui lui firent entreprendre la publication du journal le Polichinelle qui fut un instant la joie de la Brasserie; les principaux rédacteurs étaient Fernand Desnoyers, Montjoye, Watripon, etc. Fort en gueule, ce journal était continuellement en lutte avec ses voisins : — Ils ont prétendu que le Pirate était mort, s'écriait le Pirate (un autre canard de la même époque,) ils en ont menti ! Qu'ils viennent!...

ils nous trouveront la corde à la main. Notre hache, c'est trop pour eux. Je viens de passer une revue de l'équipage dans la soute aux calottes.... tout est prêt. ... qu'ils viennent !

Et Bry dans son Polichinelle, répondait : Ohé! les écumeurs de mer . . . Ohé I Tire toutes tes bordées, pauvre gâteux, tu ne forceras jamais Polichinelle h amener pavillon.... Prends garde, . écumeur d'eau douce, corsaire de bassin, pêcheur de poissons rouges, tu te feras couler bas par le Polichinelle, vaisseau de première classe...

Malheureusement, toutes les fois que vous verrez un éditeur se livrera de pareils accès de journalisme, vous pourrez vous dire : — toi mon garçon, tu n'iras pas loin.

Et de fait, Pierre Bry n'alla pas loin.

ANTOINE FAUCHERY

D'abord peintre, puis graveur sur bois et finalement homme de lettres ; — c'était une nature bien douée, franche d'allures, gaie et spirituelle; ses

instincts généreux le firent partir en 1848 pour

la Pologne. Plus tard, il alla en Australie et en rapporta un livre très-intéressant que publia le Moniteur : Lettres d'un mineur en Australie ; puis chargé d'une mission en Chine, car Fauchery avait fini par tomber dans Y officiel, il mourut au Japon en 1861 à l'âge de trente-sept ans, — à la veille d'être décoré !

C'est à peu près le seul Français, dit-on, qui sortit les mains et les poches vides du palais Yuen- Ming-Yuen. Je ne pouvais réellement laisser passer un fait aussi singulier.

Fauchery était poète à ses heures : je me rappelle de lui un triolet charmant :

Laissez revenir le printemps, Il chassera ces gros nuages ; Les gais amours auront leur temps, Laissez revenir le printemps.

Aux roses vous aurez vingt ans ; Tout verdira dans les bocages....

Laissez revenir le printemps, Il chassera ces gros nuages.

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