UNE PAGE D HISTOIRE XIII
On les chante à l'Opéra-Comique pendant qu'à l'Opéra on danse la Calasera, le Sàbaieno, la Manola, la Cachirulo, la Zapateada et autres seguidilles.
M. Lesguillon réunit en un volume toutes ces aimables choses ; je regarde à la table et je ne vois que 116 poètes, il y en avait eu 1265 en 1810. — Quelle tiédeur ! Ces Messieurs oublient le proverbe espagnol, que cette petite fête devait cependant leur rappeler : Quien no se aventura, no passa la mar. Ceux qui ne font point de vers, se contentent de raconter en prose qu'une vieille femme, rencontrant Marie Guzman dans les Pyrénées, quelques années
auparavant, lui avait prédit cela entr'autres.
Mais c'est le vieux jeu et cette légende a déjà servi pour l'impératrice Joséphine : nous connaissons tous l'histoire de la vieille négresse de la Martinique prédisant à Mlle Tascher de la Pagerie ce qu'on est convenu d'appeler de hautes destinées.
En attendant, pendant que les mauvais reçoivent des avertissements , les, bons arrivent droit à ce qu'ils méritent, et Prosper Mérimée — qui n'a rien fait pour ça, disent les gens qui ne connaissent pas leur histoire contemporaine, — est nommé sénateur, ainsi que MM. de Maupas et Chapuys-Montlaville, ce dernier en récompense de ses nombreux services (rétablissement des croix enlevées en 1831, observation du repos du Dimanche, etc.; ils sont du reste dans la mémoire de tous), et la Haute-Garonne lui vote une épée d'honneur. A la Saint-Xapoléon — dont la fête coûte 700,000 francs — c'est une pluie de décorations, et l'institution de la Légion d'honneur,
cette institution, dont le baron de Saint-Priest de Saint-Mur a dit avec autant de lyrisme que de bonheur : « source merveilleuse, fille de Napoléon et de la Victoire, née au champ d'honneur, elle a surgi merveilleusement du torrent de gloire portant son héros des Pyramides aux colonnes d'Hercule » lâche ses écluses. MM. de la Guéronnière, Céséna, Joncières, Fleury, Serres, Sainte-Beuve, Lafitta, Beulé, Couderc, Sibour, etc., etc., sont sous l'averse qui est tellement forte que le Moniteur lui-même, effrayé, déclare que le 1er Janvier prochain aucun civil ne doit s'attendre à être décoré. Des gens pressés, comme MM. Jubinal, Baour-Lormian, le citoyen Peupin (Peupin V ouvrier, dont on" connaît la brillante conduite à la journée du 15 Mai, Peupin
trésorier de l'Empereur), entrent en rapport avec un certain marchand de décorations, prince de Gonzague et de Castiglione, duc de Mantoue, etc., avec le désir manifesté d'être décorés de cette auguste main ; malheureusement les décorations étaient mauvais teint et le prince vient s'échouer sur les bancs de la police correctionnelle.
Puis, c'est l'Angleterre qui, toujours perfide, nous fait cadeau du testament de Napoléon Ior (le restant de la carte à payer), et de tous côtés arrivent au Sénat des pétitions de gens surpris, mais enchantés d'entrer en possession de choses sur lesquelles ils n'avaient jamais compté, et que le donateur luimême avait oublié qu'il ne possédait pas au moment où sa libéralité s'exerçait d'une façon aussi désintéressée. Les mécontents — probablement ceux qui ne sont pas de la fête — ■ élèvent un peu la voix