UNE PAGE D HISTOIRE XV
et la maréchale Tsey, « ne pouvant souffrir que pour une simple question d'argent, le nom de l'illustre victime serve encore d'aliment aux discussions des partis », supplie l'Empereur de retirer le projet de loi qui la concerne.
C'est d'un bon exemple, mais ce n'est qu'un bon exemple, c'est-à-dire un fait isolé.
Et là-dessus, Napoléon III fait un voyage triomphal dans le Nord ; les populations d'Arras, Lille, Saint-Omer, Dunkerque, Calais, Boulogne, Amiens ont l'inappréciable avantage de contempler des traits popularisés par une monnaie dont le titre n'est pas indiscutable, et sont tellement émotionnées que la Patrie, qui suit le triomphateur, ne peut que soupirer ces mots : « cela brisa, mais cela fait du bien ». Le maire d'Arras, à qui cela a fait du bien, appelle la République « ces jours de détresse où la France n'avait pas un lendemain », et oubliant son histoire de France — brisé qu'il est par l'émotion — s'écrie : « Ainsi, deux fois la Providence pouf le salut d'un peuple, élève du sein d'une même famille des princes dont le nom, etc . » Quant à l'archevêque Parisis, ce vieux bénisseur d'arbres de la liberté, il est stupéfait de « la sérénité d'âme de l'Empereur qui ne s'émeut de rien, de cette force de volonté qui triomphe de tout, » — et il le dit.
Oui cela brise, si cela fait du bien..,, et leParisis a raison. La religion est loin d'être méconnue; monsieur Sibour, archevêque, après avoir fait eu deux mots sévères.:... l'historique des pouvoirs tombés, montre combien après 1848 le respect de la
religion, le respect de l'autorité étaient devenus des
besoins populaires — à ce point que les députés
voulant fêter, par un banquet solennel l'inauguration du nouveau règne et s'apercevant que ce banquet tombe un samedi, n'osent se mettre à table sans avoir reçu de l'archevêché l'autorisation de faire gras. L'archevêché est plein de mansuétude et Sibour « touché de cette louable démarche » leur accorde la dispense de l'abstinence pour le samedi. L'échange des bons procédés continue, et l'autorité décide qu'il n'y aura pas de bals masqués le jour de Noël . Le clergé sait la marche qu'il a à suivre ; quelques mots latins à changer, c'est bien simple : ï)omine salvum fac imperatorem nostrum Naj)0teonem; seulement M. Fortoul l'invite à réciter après l'oraison : quœsv.raus omnipotens Dcus ut famùlus tuas Imper atbrnoster, gui tuœ mise rat ionœ suscipli regni g aVc macula, etc.; le clergé s'y soumet avec empressement. Dieu, du reste, a besoin de Xapoléon III, et ce dernier ne lui fait pas défaut ; apte à tous les métiers, il accepte le titre de premier chanoine de la basilique de Saint-Jean-de- Latran « la tête et la mère de toutes les églises » et dont M. de Montalembert était, je crois, grand sacristain ; — il siégera en robe blanche, doublée de velours bleu de ciel comme celui des chapelains de
Sainte-Geneviève costume qui a vraiment
quelque chose de séraphique, ajoute ce vieux converti de Constitutionnel entre deux hoquets éructatoires que lui ont donnés ces avant-goùts de paradis. Les aubergistes et les autorités de Reims, qui ne doutent de rien, veulent que l'élu de Décembre