‹ Les Derniers bohêmesChapitre 7 sur 47 · UNE PAGE D HISTOIRE XVII · texte numérisé non relu

UNE PAGE D HISTOIRE XVII

aille se faire sacrer chez eux au pied de ce même autel « sur lequel Hugues Capet vint prendre la couronne. » On rend au culte catholique le Panthéon trop longtemps souillé des pourritures de Rousseau et de Voltaire ; on augmente le traitement des archevêques et des évéqués — qui le méritent bien, et le cardinal Mathieu, dans un mandement resté célèbre, prouve aux aubergistes que le fléau des chemins de fer n'a été envoyé par le ciel que pour les punir d'avoir laissé leurs auberges ouvertes pendant messe et vêpres. Au surplus, l'autorité va y mettre la main, et, si chaque Français est libre d'obéir aux inspirations de sa conscience, « il appartient à l'Administration de donner l'exemple du respect des principes religieux et moraux, » et l'Administration ferme les auberges pendant les offices et interdit tout travail le dimanche, — ce qui n'empêche pas les travaux de l'Elysée et du Palais-' Royal d'aller bon train dimanches et fêtes.

Sans parler du cierge bénit que le pape envoie à l'Impératrice à l'occasion de la Chandeleur, du mandement de l'archevêque de Rennes qui prescrit des prières pour la cessation des pluies (un peu de drainage ne ferait pas mal non plus), de la célébration du sixième anniversaire du miracle de la Sale tte, de l'arrivée à Marseille de l'évêque d'Amiens avec le corps de sainte Théodosie, de la découverte près d'Alger (généraux, curés, état-major en tête) des précieux restes du martyr Geronimo ( ah ! povero ! ) , arrêtons-nous avec plus de complaisance sur les faits suivants : Le Constitutionnel, par un sentiment de haute convenance, que tous

ses lecteurs apprécient, supprime brusquement lapartie du roman d'A. Dumas : Isaac Laquedem, qui a rapport à Jésus-Christ ; — les tribunaux condamnent à six mois de prison un sieur Louis Patin, pour avoir communié sans s'être confessé ; — L'Empereur compose lui-même le programme de la semaine sainte ; après vingt-trois ans de silence, la chaire du palais des Tuileries recouvre sa voix, et la Patrie, — qui seul des journaux officiels et officieux paraîtra néanmoins le jour de l'Ascension— après avoir constaté que les cérémonies et le deuil austère de la sainte semaine ont été scrupuleusement observés par la Cour, ajoute que la Ville « en bonne personne a suivi cet exemple, avec une ferveur qui prouve combien les doctrines et les systèmes des philosophes du XVIIIe siècle sont loin de nous. »

La piété officielle renaît ; le préfet maritime de Toulon rétablit la messe de la marine, et le maréchal de Saint-Arnaud, interrogé par les chefs de corps si l'armée doit assister aux processions de la Fête- Dieu, répond : — Mais, comment donc !

Et cela n'étonne personne, puisque la conversion du Maréchal, commencée par un médecin homœopathe et achevée par V Irritation de Jésus-Christ que lui fit lire la Maréchale, fut si complète qu'il se confessa (ce dut être long ! ) et communia en compagnie de tout son état-major.

Puis, comme fond de tableau, commence à poindre à l'horizon la pensée du règne !

M. de Nieuwerkerke, à qui l'Empereur a dit : « que toutes les dynasties ont laissé de glorieux sou-

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