‹ Les Derniers bohêmesChapitre 8 sur 47 · UNE PAGE D'HISTOIRE XIX · texte numérisé non relu

UNE PAGE D'HISTOIRE XIX

venirs », fait ramasser à Paris et en Province tous les accessoires dramatiques de la Couronne, et de partout arrivent à ce dépotoir impérial, qu'on appelle musée des souverains, tous ces hors-d'œuvre monarchiques : mains de justice, marottes de fou, trônes brisés, chartes violées, vieilles tuniques et vieux manteaux ; on secoue pieusement tout ce que les greniers des musées de province renferment de guenilles royales : perruques désenfarinées, crachats dédorés, hermines souillées, lauriers fanés, cordons flétris, serments trahis, droits confisqués, couronnes usurpées, cocardes retournées, et toute cette friperie, ces haillons, ces loques, tout ce bric-à-brac, cette ferraille, ces rebuts, toute cette poussière, ces hochets, ces inanités s'étalent — impérialement — sous les yeux des petits-fils de ceux qui, le 10 août, avaient jeté la Royajaté par les fenêtres des Tuileries.

Des gens qui ne doutent de rien, comme l'ex-constituant, M. Evariste Bavoux, « dont les opinions, dit une biographie, ont de tout temps été très-libérales » s'écrient avec le lyrisme que comporte la situation : « Maintenant que l'atmosphère a retrouvé sa tranquille transparence et le ciel sa sérénité, notre patrie peut vivre, vivre heureuse, prospère et respirer à loisir les parfums que ses sens délicats et fins savourent avec délices.» M. Henri Cauvain, celui dont M. Villemain disait qu'il n'avait jamais vu un bossu aussi plat ( et M. Villemain se connaissait en bosse et en platitude), poursuit la même idée avec plus de précision : « L'histoire nous apprend, écrit-il, que dans notre pays, les époques de calme qui ont suivi

les agitations révolutionnaires, ont été marquées par la renaissance des lettres et des arts : Malherbe a paru sous Henri IV, Corneille a chanté sous le ministère de Richelieu; le siècle de Louis XIV a été signalé par la gloire de la littérature et de tous les arts. L'Empire, quoi qu'on en ait dit, a été une i que brillante pour les travaux de l'esprit. Nous pouvons espérer que les mêmes causes produiront les mêmes effets, et que l'intelligence humaine, qui ne sera plus absorbée par les troubles politiques, se dédommagera amplement dans les œuvres de l'imagination et dans les créations des beaux-arts. »

Eh bien ! malgré tout cela, il y a encore des mécontents qui courent aux armes, armes légères, les seules qu'on n'ait pas pu emmagasiner dans les forts et dont ils se servent admirablement. De France à l'Etranger et de l'Etranger en France, vont et viennent, malgré le cordon de douane et sous les formes les plus diverses, mille cancans, commérages, menus propos, épigrammes, pasquinades, malices, et le Pouvoir, couché sur ce lit d'épines, se retourne souvent avec impatience. Le temps, du reste, est doux aux racontars scandaleux ; on se raconte la mort du général Cornemuse, — l'entrevue d'Orfila et de Saint- Arnaud, avec ce qui s'ensuivit ; — l'histoire du comte Camerata, cousin de l'Empereur, qui se suicide « à la suite de contrariétés diverses que son imagination de jeune homme lui ont exagérées à lui-même ».,... dit La Patrie qui n'entend rien aux affaires de cœur; — le départ de Saint- Arnaud pour l'Orient ; — l'affaire du duc d'Albe et de Pierre Soulé, — etc., etc., Le Moniteur qui, à lui

Page 1