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LE CHANT DES AMES

« Mes pauvres gens, ne soyez pas surpris si je tombe auprès de votre porte, c'est Jésus qui m'a transporté pour vous réveiller, si vous dormez.

« C'est Jésus qui m'a transporté pour vous réveiller de votre premier sommeil ; unissez vos prières aux prières des âmes.

0 Vous êtes bien à l'aise dans voire lit, les pauvres âmes sont en souffrance... Vous êtes là mollement couchés, les pauvres âmes sont bien mal.

« Priez, parents ; priez, amis, car les enfants ne le font pas. Chers amis, ah ! priez, car les enfants sont bien ingrats !

« Un drap blanc, cinq planches, un oreiller de paille sous la tête, cinq pieds de terre par-dessus : voilà loSs les biens de ce monde !

(1) La traduction que nous donnons de ce cbant C3t de M. Loai? i)DSIbol.

« Vierge Marie ! quels chants douloureux ! quels chants douloureux Jésus envoie du ciel I

« Peut-être votre père, votre mère , peut-être votre frére^ votre sœur, sont-ils brûlés dans le purgatoire!

« Là, courbés à genoux, flammes en haut, flammes en bas, ils crient vers vous : des prières! des prières!

« Autrefois, quand j'étais dans le monde, j'avais des parents, des amis ; aujourd'hui mort, parents, amis, je n'ai plus rien.

« Quand vous irez au marché, portez une bonne mesure; mort, vous trouverez ici la mesure de Dieu.

« Allons, sautez de votre lit ; sautez pieds nus sur la terre, à moins que vous ne soyez malades où déjà surpris par la mort.»

On comprend ce que doit avoir de saisissant ce guerz lamentable retentissant au loin dans les ténèbres, alors que les vents d'automne bruissent le long des coulées, que la pluie tombe goutte a goutte sur les dalles du seuil, et que le feu de lande grésille sourdement dans le foyer assoupi! Cependant, on le voit, il n'y a point ici de drame ; tout est dans la forme, dans ce langage direct des âmes criant leurs tortures aux portes des chaumières et demandant une prière aux familles endormies. Le terrible est dans l'impression communiquée par le chant, dans le sentiment de fantastique épouvante qu'il soulève en nos cœurs. VowsY Homme qui ne mange pas, au contraire , le terrible appartient au récit même ; l'effroi ne vient pas de nous , il naît directement du drame.

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