LE FRANC BUVEUR
« Le prêtre > avec sa théologie, le médecin avec son ordonnance, veulent me persuader que le vin me fait fort! Je les laisse dire, et je vais toujours mon train. Au diable le docteur !... je vivrai jusqu'à ma mort !
« Vous autres imbéciles , quand vous êtes au lit et que vous souffrez , allez porter votre argent au médecin pour qu'il vous fasse crever de ses tisannes ; moi, au plus fort de la maladie, Bacchus est mon médecin ; j'ai l'habitude du remède, et le vin est tout pour moi !
« Si je dois mourir (mais je tâcherai que cela n'arrive pas ! ), Bacchus, mon patron bien-aimé, faites que je sois enterré sous la tête d'une barrique, la bouche demi-ouverte, de sorte que, lorsqu'on ouvrira la clef, je puisse profiter des gouttes qui tomberont.
« Si je pouvais être toujours ivre je ne me croirais jamais malade ! souvent je suis resté pour mort, dans un fossé, faisant ma cuvée , alors j'étais joyeux , et je n'avais ni peine ni souci ! J'aurais voulu fourrer ma tète dans une barrique pleine, pour y nicher mon âme comme dans un paradis !
« Quand je mourrai, n'appelez point de prêtre pour m'aider ni m'assisler. Mes frères les ivrognes chanteront le Libéra ! Que le trintrin des verres se fasse entendre jusqu'à Bordeaux, et que là on chante le service pour le repos de mon âme chez les aubergistes du pays ! »
Je ne sais si mon avis sera partagé , mais je préfère ce chant bachique a celui tant cité de Maître Adam. Cela me semble plus original , plus vrai , plus loyalement ivrogne. — J'aurais voulu fourrer ma fête daiu me barrique pleine ^ pour y nicher mon âme comme dans un paradis! Quelle image pour un Breton que son âme
nageant pour rétcrnitc dans des flots de vin de Bordeaux î La chanson suivante fut composée par un prêtre de Saint-Pol de Léon en 1780. — Les Parvenus y répondirent par 1793.