LE CLERC DE TEMPOL
« Fntrc la petite ville de Pcmpol et l'étang de l'Abbé , il y a un jeune clerc qui poursuit ses éludes ; un jeune clerc qui a composé un sône pour sa maîtresse ch;u niante, pour son passclemps et l'instruclion des jeunes gens.
« Quand je me repose sur la montagne de Crec'h'Noa, je puis, sans détourner la tête, contempler huit paroisses : Kcrilly. Yvian , Peiros cl Lauviniec, Plouncz , Piourivo, Plourez et Plorennec.
« Et de plus, je contemple les quatre éléments : du côté du levant, la mer avec ses navires ; vers le point où se couche le soleil, la terre, fertilisée par la sueur des hommes; et, au-dessus de ma tète, le ciel plus brillant que le feu.
« Je vois aussi les limites de trois diocèses : Sainl-Brieuc, Tréguier et Dol ; les côtes de la terre des Anglais et le rojaume de France ! — La France ! école du courage et temple de la science.
« Des seigneuries de plaisance ornées de forêts, des caslels, des corps de garde remplis d'armes, des îles fertiles entourées par Neptune, mille baies où viennent aborder les vaisseaux.
« Arriére, bcaulés de Crec'h'Noa ! vous n'avez plus le pouvoir de rendre mon cœur joyeux. C'est dans la petite ville de Pempol qu'est ma joie; c'est à Pempol qu'est ma maîtresse, chef-d'œuvre au-dessus de la nature.
« Jamais l'Asie, avec toutes ses pompes, n'a vu de merveille aussi belle, aussi éblouissante ; jamais l'Amérique, avec toute sa fertilité, n'a produit une rareté pareille.
« Seconde-moi , Cupidon ! pour vaincre cette rebelle ; fais-la m'aimer comme je l'aime ; plonge dans son cœur la lame aiguë qui a blessé le mien.
« Pour suis-la partout ; dis-lui, immortel, qu'elle a, à Kerity, un serviteur Odclc ; dis-lui que je vais mourir si elle est toujours aussi cruelle pour moi.
« Aborde la de ma part, fais-lui mes compliments, persuade- 5.1 par lies paroles charmantes, et obtiens d'elle une promesse écrite de sa main.
« Mais si elle conserve toujours les mêmes sentiments pour
moi , envoie-moi la mort armée de tous ses pouvoirs ; la mort qui met fin à toutes peines.
« Et qu'elle, du moins, elle m'accorde un linceul cousu de sa main , une chasse et une fosse. Si elle n'a point aimé ma vie, p.?ut-être trouvera-t-elle quelque plaisir à donner une sépuUure à mon cadavre.
a Mais dis-lui bien aussi qu'elle a, si elle le veut , le pouvoir de commander à la mort. Qu'elle m'appelle, et je me lèverai de mon tombeau , ù sa voix ; je me lèverai de mon tombeau pour Tadmirer, ressuscité glorieusement , comme un second Lazare,
« Va, Amour, descends dans la ville de Pempo! ; cours dans ia rue de VÉglise , tâche de toucher l'objet qui me rend languissant, et ne néglige rien pour gagner son esprit et donner de la joie à mon cœur.
« El pour dernier souhait, avant de descendre de la montagne, 33 demande, 6 leine des Muses! de chanter encore quelques vers à ma maîtresse avant que mes yeux soient fermés sous le âuaire. »
N'est-ce point la une page de Desporte ou de Ronsard , sauf l'harmonie des vers? Ne semble-t-il pas lire une éle'gie de la renaissance, avec sa douceur caressante et son pédantisme naïf ? Ne sentez-vous point la dedans l'amoureux qui a fait sa rliétorique, et qui est resté poète en dépit de VArt poétiqM de Boilcau et des Odas de J.-B. ilousseau ?