‹ Les derniers BretonsChapitre 3 sur 32 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

kersanton coupait le verre comme le diamant * ; ainsi, M'âlte-Iîrun, cet illustre géographe, nous assurait que l'o'ii récoltait du vin dans le département des Côtes-du- Nord , «ù le raisin ne mûrit pas en espalier ^ ; ainsi les frères Baudouin donnaient la population de notre province en se trompant de cent mille âmes, parlaient de la culture du maïs ^ comme fort répandue en basse Bretagne, et faisaient un port de mer de Carhaix, bâti dans les montagnes à dix lieues du rivage ! Je ne dirai rien des singuliers détails publiés par M. Abel Hugo ,

il y a dans cette explication ane incroyable distraction : car, qae l'on nie oa que l'on accorde l'identité da bas breton et du celtique, au moins faudrat-il admettre que les Celtes ne parlaient pas français. Comment alors auraientils pu transmettre aux babitauti qui leur succédèrent dans l'Armorique un cri français î

« Il est plus probable, comme le dit dom le Pelletier, que Egui-na-nët au lieu d'être du français mal orthographié , est du breton mal prononcé, et que ce mot est une corruption de Enghin an eit, le blé germe. Cela est d'autant plus probable que Ion appelle la fête du dernier samedi de 1 année VEghinat, et que le même nom est donné aux étrennet que l'on demande à cette occasion.

« En criant le blé germe , les Celtes Toulaient sans doute rappeler un fait important qui se liait à la fête du soleil, laquelle se célébrait alors ; ils jetèrent ce cri comme plus tard les chrétiens celui de K'oël. Dom le Pelletier pense, lui, qu'en prononçant ce mot, les Bretons peuvent faire allusion à ces paroles prophétique», chantées dans les jours de l'Avent, et qui se sont accomplies à la Nativité de Jéàus-Christ : Aperialur terra et germinsl Salvatorem. Mais cette opinion me semble peu fondée.

« Ce qui parait évident, c'est qu'à la fête druidique de VEghinat a succédé celle de Noël, dans laquelle les Bretons ont laissé quelques traces de .car ancien cuite, en conservant l'ancien cri Egui-na-né. >

(1) Voyez les Vieilles Femmes de l'ile di Sein. 2 »ol. in-i2. Toutet ces erreurs sont empruntées à Cambry.

(2) Tuyez Dictionnaire géographique de Malte-Brun.

(S] Les aatburs de l'atlas statistique dont il s'agit auront «onfondu le saTrtiin ou le blé noir avsc U maïs.

INTRODUCTION. vu

sur la ville de Morlaix *, où il a surtout admiré V édifice de l'école de navigation, bien que l'école de navigation de cette ville se tienne dans une chambre garnie. Je m'arrêterai encore moins sur le voyage en Europe de P.-C. Briand, qui assure que l'entrée de la rade de Brest n'est si difficile que par des rochers appelés goulets •. A quoi bon relever tant d'erreurs, prises dans Cambry en les exagérant ; tant de noms propres estropiés ; tant d'explications historiques si curieusement bouffonnes ? Tous les auteurs que je viens de citer se sont contentés de copier le voyage dans lo Finistère, en i"9i , sans se donner même la peine do changer l'expression ; aussi a-t-il été singulièrement curieux pour moi de parcourir toutes ces compilations indigestes, en retrouvant les mêmes phrases à chaque pas comme de vieilles connaissances. iWais c'est surtout en lisSinl Y Ermite en Bretagne, de M. de Jouy, que j'ai éprouvé ce plaisir. Là , tout est loyalement copié sans déguisements, sans revisions. Le spirituel académicien a pensé sans doute qu'il suffisait , pour s'approprier le tout, d'ajouter quelques erreurs de son cru, qu'il a apposées sur la prose de Cambry , comme l'empreinte de son cachet parisien.

Voilà sur quels documents la Bretagne a été jugée jusqu'à présent ; c'est sur eux qu'elle a été étudiée et décrite. On peut dès lors juger de l'exactitude et de la bonne foi qui ont présidé à tant d'oeuvres dans lesquelles notre pays a été crucifié depuis quinze ans.

(l'j France pittoresque.

{*j On appell* gouht la pïOie étroite qui g«rt d'entrée à la rade de Brefc.

vni INTRODUCTION.

Comprenez maintenant s'il reste quelque chose à dire sur un tel sujet , et s'il est permis de publier un livre qui porte le titre de celui-ci *.

Et pourtant, je dois l'avouer, le désir de rectifier tant d'erreurs n'a point été la cause de ce livre. Certes, pour excuser un travail nouveau et attentif sur une contrée presque toujours étudiée en passant, et qui demande pour être comprise l'habitude des localités, la connaissance du langage , une sorte de naturalisalion dans son atmosphère spéciale , il eût suffi de cet honorable amour du vrai qui pousse à déclarer la guerre à tout ce qui est faux ; mais lorsque la fantaisie me prit d'examiner et de décrire la Bretagne , je ne connaissais aucun des ouvrages auxquels elle a servi de prétexte (je n'ose dire de sujet) -, plusieurs d'entre eux n'avaient même point encore paru. Ce ne fut donc pas l'envie de rectifier leurs inexactitudes qui me fit prendre la plume -, ma détermination eut une tout autre cause : ce fut une impulsion , un amour , une sorte de superstition sentimentale qui me poussèrent à l'œuvre.

Voici du reste l'histoire de mon livre.

En 1826, je quittai ma province pour aller à Paris. J'arrivai dans cette capitale comme on y arrive à dix-huit ans , quand on a eu des prix de discours

(f) W existe pourtant des ouvrages vrais et consciencieai sur la Bretagne. Outre 1rs livres spéciaux, imprimés dans le pays même pai Jes nretons, il faut citer les étu'Jes de mœurs publiées par MM. Briscux, Dufilhol, de Carné, BiC'p.ard, de la Yillemarqué et lei belles études historiques de M. Auré'ien de Coufiioa.

INTRODUCTION. ix

français au collège et une médaille d'or à l'académie de son déparlement. J'avais undilpôme debachelier dans ma valise et une tragédie dans ma poche. Je venais pour me faire recevoir avocat et pour danner une pièce au Théâtre-Français.

Lavielittéraire m'apparaissait alors comme ce qu'il y a de plus noble et de plus beau sous le soieil. Je la voyais chaude, palpitante, toute colorée d'enthousiasme et de rêves dorés. J'avais fait une ode où je comparais le poêle à un Dieu sur la terre, et j'étais à un âge oîi Ion croit encore aux comparaisons. Le désenchantement ne tarda pas à venir. Les premières démarches que je tentai pour faire lire ma pièce au théâtre furent sans succès. J'étais inconnu, gauche, susceptible, pleindemorgue.ainsiquetousles jeunes gens qui, élevés loin du monde en province, n'ont jamais vu que leur professeur en chaire et leur mère tricottant des bas; tout me devenait obstacle et me blessait. J'avais recopié trois fois ma tragédie et je l'avais expédiée à trois théâtres, sans recevoir de réponses. Enfin je résolus de hasarder une démarche décisive; j'écrivis à un compatriote que de grands succès à la scène devaient rendre tout-puissant au Théâtre-Français : c'était Alexandre Duval. Je lui fis une peinture vive et sincère de ma posilion, en lui demandant un entretien. Deux jours après, je reçus un billet de lui qui m'indiquait une heure pour l'aller voir. Je courus rue du Bac, passage Sainte-Marie II m'attendait et me reçut bien, mais avec calme, en vrai Breton qui veut connaître et juger. Je lui laissai mon

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