DEFAITE D*OTTON II
Ici se place, au dire des Gesta episcoporum Cameracensium\ un incident assez étrange et difficilement explicable : Otton II aurait fait passer sur une barque des messagers à Lothaire,
« mini miscuisset, cepit tamen jumenta, cominuit véhicula, quae « magis oneri quam usui în periculis habebantur. » — Othlon, Vita s. Wolfkangi episcopi : « Cum Caesar Otto médius, propter injuriam sibi a factam Francorum partes invadens hostili manu usque Parisium a perveniret, in redeundo venerat ad quendam fluvium sui crepidia nem alvei tumescentibua undis exuperantem. Multis autem ibi peri- « clitantibus, verus Dei cultor cum suis appropinquavit, vidensque « tam ingenspericulum, respexitincoelum et se suosque fideliterbene- « dicens, ipsum intrépide monuit transire fluvium. Adhuc vero illis « prae timoré cunctantibus et Francis a tergo acriter impugnantibus, « ille primus sui comitatus per nomen Domini quod semper in ore « sonuit, fluvium transiens, sequentes prosperavit, nullusque suorum « quicquam periculi sustinuit. Tune omnes prae gaudio mirantes et « Dominum laudantes vir humillimus ne pro miracuio hoc eum publi- « carentobnixe rogavit. » — Annales Alla henses. : « Revertente autem « exercitu, ventum est ad fluvium Arna, et transvadato fluvio castra « posuere, et reiictis in alia ripa fluminis victualibus cum plaustris et <c carnicis et pêne omnibus ustensilibus, quae exercitui erant necessa- « ria, et ecce repente filii Regentarii cum exercitu régis Lotarii irruunt « et multos ex custodibus occiderunt, et quidquid secum apportare po- « terant diripiebant, multum damnum exercitui inférantes. » — Cn souvenir altéré de ces événements se trouve dans la Vita s, Adalberti de Brunon : « Congrediuntur cum Karolinis Francis; cedunt hostesnon « durantes virorum forcium impetum fortissimum. Set dum vino ven- « trique colla flectunt, régnante Ottonis infortunio, victores in turpem « fugam desinunt.» — Rod. Glaber, Hist, : « Lotharius ex omni Francia « atque B.urgundia militari manu in unum coacta, persecutus est « Ottonis exercitum usque in fluvium Mosam (sic), multosque ex ipsis « fugientibus in eodem flumine contigit interire. » — Historia Francorvm Senonensis : « Convocans igitur Hlothariusrex Hugonem ducem « Francorum et Heinricum ducem Burgundionum, inruit in eos fugien- « tibusque illis persecutus est usque Suessionis civitatem. lUi autem « ingressi fluminis alveum quod dicitur Axona, nescientes vadum, plua rimi ibi perierunt. Et multo plures consumpsit aqua quam gladius « vorasset, et tanti ibi perierunt ut etiam aqua redundaret cadaveribus « mortuorum : aqua enim impleverat ripas suas. ïllottarius vero rex « constanter persequens illos tribus die bus et tribus noctibus usque ad « fluvium quod fluit juxta Ardennam sive Argonam, interfectis ex « hostibus maxima multitudine. Desinens autem persequi illos, Hlotta- « rius rex reversus est in Franciam cum magna Victoria. Otto autem « imperator, cum his qui evaserant, cum magno confusione reversus « est ad propria. Post haec non apposuit ultra Otto rex ut veniret nec « ipse nec exercitus ejus in Frantiam. » Cette chronique contient visiblement des détails fabuleux et est très partiale en faveur de Lothaire; il ne faut donc l'utiliser qu'avec beaucoup de prudence. Gesla ep. Camerac.y I, c. 98.
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lui demandant, s'il désirait le combat, de se donner mutuellement dei otages j de manière à permettre à Vnne des deuï armées de traverser le fleuve pour livrer bataille, sans avoir à redouter une trahison. Au yainqueur appartiendrait Tenipire ; ff laureatus regni iniperio pntiretur, » Geoffroî Grisegonelle aurait interrompu ces propositions en s'écriant: <c Pourquoi faire périr tant d'hommes des deux côtés? Que les rois combattent seuls corps à corps ; nous les regarderons de loin et nous soumettrons au vainqueur, n Godefroi d'Ardenne répliqua avec indignation; a On nous disait bien que vous méprisiez votre roi ; nous refusions de le croire ; aujourd'hui nous l'apprenons de votre propre bouche. Pour nous, jamais nous ne laisserons notre empereur combattre seul, jamais nous ne consentirons à rester les bras croisés pendant qu'il s'expose au périL Nous ne doutons pas d'ailleurs de sa victoire s'il se mesurait avec votre roi en combat singulier. »
Il n'est guère possible d'ajouter foi à ce récit. Il est unique; rien de semblable dans aucune annale, dans aucun autre chroniqueur fraudais ou allemand. Est-ce une invention de Fauteur des G esta episcoporum Ctnnertivensiinn ? Cb n^est pas absolument impossible ; le clerc anonyme qui les composa de 1041 à 1043, par ordre de Gérard I°^ évêque de Cambrai \ est tout dévoué â l'empire ; il a très bien pu forger un conte pour pallier Timpression fâcheuse produite par la retraite d*Otton II *. Il est inadmissible que celui-ci eût promis Tempire à Lothairo s'il eut été vainqueur. Si Otton II avait voulu livrer bataille, il on avait cent fois Toccasion pendant son trajet de Paris â Soissons ; il lui eût suffi
1. Voir îa préface de Bethraann. Mon. Germ., SS t VH, p. 393 et suiv.
2. Ces supercheries ne sont pas sans exemple au moyen âge. L'ouvrage de Ducioii de SRiiit-Quentm est tellement rempli de flatteries et de mensonges en faveur des ducs de Normandie qu'il n*a presque aucune autorité historiqîie, — Oiesebreclit {Jahrh.^ p. 53, n, 1) déclare accorder totite confiance au récit des (ifulaep. Camerac. iyOïispréiextG que cet ouvrage n*est pas un recueil de fables. Mais un ouvrage peul contenir des éléments lêgenJaires, sans en être pour cela entièrement composé; de plus, un ne saurait nier rcïtrétne partialité de l'auteur en faveur de retnpire, partialité qui aflaiblit rautorité de son témoignage.
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de ne pas traverser l'Aisne et d'attendre de pied ferme Tarrivée de l'ennemi ; au contraire, il s'empressa de passer la rivière et agit aiasi judicieusement, comme on vient de le voir. Néanmoins je ne pense pas que tout soit faux dans ce récit, mais il a été défiguré dans un sens favorable à Ottou IL Il me semble en outre contenir des éléments légendaires empruntés peut-être k une chanson de geste \
Quoi qu'il en soit, Otton put se retirer sans désastre * en Lorraine, vprs le milieu de décembre, et y rècom penser magnifiquement ses fidèles. H célébra la fête de Noël à Francfort. Son expédition, comme celle de Lothaire, n'eut pas de résultat bien clair. Des deux cotés on s'attribua la victoire* Les chroniques allemandes passent sous silence Téchec d'Otton aux bords de T Aisne ou bien clierclient â Tatténuer.* On s*aperf;oit néanmoins, malgré leur enthousiasme officiel t que le prestige de l'empereur subit f|uelque atteinte: il avait failli se laisser surprendre à Aix et sa retraite avait eu quelque ressemblance avec une fuite précipitée. Il semble même qu'en
1, Voy. F. Lot, Gfoffroi GHsegon€lh%ÛB.n^\^IiomaniadG}uû]BtiB90.
2 . lU ch er ( 1 1 1 , 77). L ' l/ist o r ia Fra n coru m Seno n cnx is p réte n d bien que Lothaire poursuivit Ottosi petidaiit troi:s jours et trois nuits jusqu'à la Meuse et lui tua une multitude de suldats, mais ce récit est très suspect (voir page 104 à latin de la note). D'aiileuris la crue de TÂisne dut erapèclier le passage de Lothaire tout aussi bien que celui de Tarri ère -garde dXHton. Toute cette hécatombe de Saxons dut se réduire au massacre de quelques traînards.
*d. Gesla ep. Carnerac, Ann. Safigallenses^ Thietmar, etc. (voir p. 95j n. 2, 98^ n. 1). Les historiens allemands^ en rapportant la lutte do Lottiaire et d'Ottoii H en 978, obéissent à des coni^îdèrations patriotiques^ regrettables au point de vue critique, et qui ne sont pajsde mise pour ces époques éloignées ou le sentiment de la nationalité n'existe pour ainsi dire pas. Ces érudits s'en sont pris surtout à Richer. Perti, dans la préface de son édition, reproche a Richer: « cette intolérable vatiito fi-ançaise rjut dans les bulletins de Napoléon a excité Tindignation lies peuples », — Giesebrecht (Jahrb., Excurs X\\ p. 175-179) Taccuse de chauvinisme (nationaleïtelkeitX de légèreté, de crédulité. Kaickstein lui fait à jani prés les mêmes reproches (p. 339-3 i9). — Le mejlleur travail» de beaucoup, que l'on ait sur les événements de 978-980 est du à >L Alb. Matth^ei, La narration se ressent bien un peu des tendances de ses corn patriotes au chauvinisme historique (p. 40-55)^ mais la première partie de sa tliése, où il montre toute l'atitoriié du m-it de lîicher, me semble d'une critique excellente (p^ i- 40). - t L Giesebrecht {Jahrb., p. 47-55), Witte (p. 30-37), Kaickstein (p. 339-349), FrêemanO, 251).