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ZÈLE RELIGIEUX DE HUGUES CAPET

Arnoul le Jeune, étaient portées par Bouchard, comte de Vendôme, de Corbeil et de Paris \ et par Orland, vicomte de Vimeu. Quand ils arrivèrent sur la grève, à Tembouchure de la Somme, la marée montait. La légende prétend qu'ils voulurent s'assurer s'ils portaient vraiment le corps de saint Valéry et qu'ils s'avancèrent intrépidement au milieu des vagues ; inutile d'ajouter que les flots, s'écartant miraculeusement à droite et à gauche, leur permirent de passer sur la rive gauche de la Somme.

Ayant ainsi replacé le corps de saint Valéry dans le monastère de Legone, Hugues Capet repassa le fleuve et rejoignit le lendemain (3 juin) ses serviteurs qui, sur son ordre, se dirigeaient à pied sur Cejitule avec le corps de saint Riquier. Quand le cortège ne fut plus qu'à une lieue de l'abbaye, Hugues Capet sauta à bas de son cheval, et, pieds nus, porta la'châsse sur ses épaules jusqu'à l'autel. Le duc de France compléta son œuvre pieuse en faisant réformer Saint* Riquier par Enguerrand, moine de Corbie, puis en chassant les chanoines du monastère de Saint- Valéry, et en les remplaçant par des moines ; il leur donna pour abbé Restold, moine de Saint- Lucien de Beauvais, et leur fit de riches donations*. Les moines reconnaissants inventèrent une légende en faveur de leur bienfaiteur. Hugues n'avait agi que sur les ordres de saint Valéry qui lui était apparu en songe et lui

1. La participation de Bouchard à la translation de saint Valéry nous est encore attestée par son biographe Odon de Saint-Maur (Voy. Historiens de France^ X, 356-357). 11 est vrai que la Vita Burchardi a été écrite en 1058, 46 ans après la mort de Bouchard. Néanmoins il semble bien que sous des éléments légendaires il y ait un fond de vérité : le comte de Corbeil portait certainement intérêt à l'abbaye de Saint- Valéry. Nous le voyons en 998 lui faire don de six manses à Herlicon en Ponthieu. Voy. cette charte dans les Annales S. Bened., IV, 693.

2. Ilistoria relationis corporis S, Walarici abbalis in monasterium Leuconaense, auctore anonymo saeculi xi; Ilistoria relationtA S. Bichnrii abbatis ex Silhiensi monasterio in Cejitulense, auctore Ingeiramno (Historiens de France y IX, 146 et 147) ; Hariulf, Chronicon Centulense, I. III, c. 22-24 (Historiens de France, VIII, 274-275). — La date de 981, donnée par ce dernier, est certainement inexacte: en effet les réformes de Hugues sont mentionnées dans une bulle confirmative de Benoît VII, datée du l*»" avril 981 (voy. p. 122, n. 2 et 124, n. 3). La translation de saint Valéry et de saint Riquier est donc antérieure et du 2-3 juin 980.

118 TRAITÉ DE MARGUT [980]

avait promis que ses descendants seraient rois jusqu'à la septième génération*.

La bonne intelligence entre Lothaire et Hugues Capet ne dura pas longtemps. Dès la fin de Tannée 979 celui-ci était suspect au roi. Lothaire n'avait en somme retiré aucun profit réel de sa lutte contre Otton II ; il se rendait parfaitement compte qu'avec des ressources limitées et des vassaux incertains il ne pouvait pour l'instant songer à reconquérir la Lorraine. Le coup de main de juin 978 nous montre bien qu'il avait compté sur la ruse plus que sur la force*. L'affaire ayant échoué, Lothaire regretta de s'être inutilement aliéné l'empereur. Il trembla que Hugues ne se laissât séduire ou corrompre. Pris entre le duc de France et l'empereur, à qui se serait joint l'archevêque de Reims? Que serait-il devenu lui-même ? Il aurait été écrasé, malgré l'appui de la maison de Vermandois, comme l'avait été son père Louis IV. Pour toutes ces raisons, Lothaire était décidé, dès la fin de 979, à se réconcilier avec son cousin Otton II. Les négociations étaient difficiles à entamer. Il fallait agir avec beaucoup de prudence et de dissimulation pour que le duc n'en eût éveil et ne prit les devants. Lothaire envoya donc dans le plus grand secret des ambassadeurs à Otton, pour lui faire des propositions de paix. L'archevêque de Reims fit peut-être l'office d'intermédiaire'. Otton projetait alors une expédition en Italie, il accueillit avec joie ces ouvertures et donna rendez-vous à Lothaire au village de Margut-sur-Chiers ^, à la limite des deux royaumes. Au début de juillet 980% Lo-

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