RESSENTIMENT DE HUGUES CAPET
colère parmi les seigneurs. Beaucoup, dans leur indignation, suivirent le parti du duc de France, qu'ils jugeaient grièvement offensé par ce traité conclu à son insu*. Hugues Capet mit à profit le mécontement provoqué par la conduite du roi, mais, comme c'était un esprit prudent (jusqu'à la faiblesse) et indécis (jusqu'à Tinaction), il dissimula d'abord son ressentiment, etj suivant une habitude constante chez lui^ consulta
1. Richer (IIÎ, 81) l'appelle « pacem dolo qnaesitara ^. Du reste dans tout ce récit, ainsi que dans celià des événements qui vont suivre, il se montre plutôt favorable à Hugues, malgré le dévouement aux Carolingiens qu'il est de tradition de lui prêtefn II ne cesse de parler des m&GS{i\ù\Qs) de LothaireCIlJ, 78, 81, 86, 88, 89) ; les personnages qui proposent à Emma et a Lothaire d'établir Louis en Aquitaine sont nimucallidi^ parce qu'ils ne prennent pas les avis de Hugues Capet, etc. La conduite de Lothaire était une perfidie selon les idées de son temps. Il ne pouvait prendre une décision aussi importante sans Tavis des grands et surtout du duc de France, sorte de vice- roi du pays. Du moins, c*est ainsi que j'interprète le passage « quod « f actu m val d e co n tri st a v î t c o rd a pr i n c ï p um F rancorn m » de 1 ^llist or ia Francorum Senonsnsis. Aug. Thierry, IL Martin* Mourin, etc^, expliquent cela par le sentiment national hlessé par l'abandon de la Lorraine. C'est bien douteux. Richer dit simplement (lU, 81) « indîgnalî « pro duce fremerent h, — pro ducff^ remarquons-le bien, et non pas pro patria. — D'ailleurs ces prétendus patriotes conseillent-ils immédiatement à Hugues de chercher à reprendre la Lorraine? Loin de là, mais bien de faire la paix avec Tempereur, presque de devenir son vassal, — Un des auxiliaires les plus considérables de Lothaire dans sa tentative pour reprendre la Loiraine en 985 fut Eudes, comte de Chartres. Agissait-il par patriotisme 1 Non, à coup sur, car ce même personnage complota en 992 de livrer la France à Olton III (Richer IV, 97). — II faudrait pourtant se résigner à ne pas introduire au X* siècle nos idées du xix* et à admettre que le patriotisme comme nous l'entendons n'existait pas alors- Le fondement de la société n'était pas le sentiment national, c'était la fidélité au Seigneur et au Roi. Si Lothaire a soulevé Tindignation des seigneurs français c'est danc qu'il avait blessé leur orgueil» et lésé leurs intérêts (car il avait dû leur promettre de riches possessions en Lorraine)* Avait-iï olîensé leur patriotisme ? Cela me sembîe fort douteux.
2. nicher (11 L 8t): « sicut morts et erat consulto omnia dcliberare, ■ primatibus advocatis declamaturus resedit". Cf. 1^ IV, c. 18: «Qui « (ïïui2:ues et Robert) vehemeutîssime muti non tamen praecipiti im- V petn, secL Ut m omniàim solphant. super hoc diligenMssime consul- « taveruntïi etc. Cette habitude de demander les conseils de leurs vassaux est constante chez Hugues Capet et ses suraesseufs. Certains érudits(M, Rajna surtout) ont voulu voir dans les Consetis du roî de nos chansons de geste un trait extrêmement archaïque, remontant à la Germanie du temps de Tacite. La vérité, c'est que jamais la coutume de ne se décider que d*aprês les avis des vassaux n'a été plus