EXPÉDITION DE LOTHAIRE EN ALSACE ÎÏ8Ï
l'alliance qu'il avait conclue à Rome avec Otton IL trois ans auparavant, FI lui persuada que c'était le désir de Tempereur mourant et qu'il l'avait confié au fils du comte Sigefrni qu*il aimait beaucoup. Tout cela, Adalbéron l'avait pris sur lui; Hugues Capet pouvait découvrir que ces affirmations étaient peu sûres, Gerbert se hâta d'en prévenir le neveu de Tarchevêque, qui n'était pas encore consacré évêque de Verdun ; il ajoutait : tt Ce plan nous a paru devoir être le salut tant pour K nous que pour le fils de César. Voulez- vous le poursuivre « ou l'abandonner? Donnez-nous vite la réponse. Sommes-nous « en sûreté dans cette affaire qui présente tant de périls? Quels ff desseins j quelles attaques seront arrêtés par ces cakulsî w C'est ce qu'il est bien difficile de dire* » (Décembre 984) *.
L'évêque de Verdun et ses amis ne voulurent pas ou plu te) t n'eurent pas le temps de suivre le plan de l'arche vêque de Reims, Lothaire et Louis V à la tête d'une armée se rendirent à Brisach au terme fixé (l^"" février 985), Une cruelle désillusion les attendait, Henri, toujours incertain et irrésolu, avait craint les soupçons et le mécontentement des princes allemands s'il accueillait les rois de France sur le territoire allemand (Brisach était sur la rive droite du Rhin). Il préféra manquer à sa parole, s'aliéner une alliance utile : il ne vint pas. Pour comble de malheur, les Français faillirent périr à leur retour. Le passage de Tarmée avait excité l'inquiétude et la colère des montagnards des Vosges. Excités probablement par Godefroi de Verdun, ils s'étalent promis de ne pas laisser les Français traverser une seconde fois leur pays. Aussi, quand Lothaire revint sur ses pas, ii trouva les défilés (sans doute le col de la Schlucht) impraticables, encombrés d'arbres ren\*ersés, coupés par des fossés. La mauvaise saigon Jon (?tait en février) contribuait à rendre la situation critique. Quand Tarraée se fut engagée dans les vallées, les Vosgiens l'attaquèrent de tous côtés et firent pleuvoir d'en haut une grêle de traits, La cavalerie [equita.tiis) était impuissante contre cette tactique. Lothaire sauva Tarmée par une mesure iieureuse, 11 fit déloger IVnnerai des hauteurs par l'infanterie légère {îiroites). Pendant ce temps
î. Lettre 41 (éd, Havct.p. 39-40).
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le gros de l'armée pouvait défiler dans la yallée ; ayant ses flancs protégés, il ne lui restait plus qu'à combattre de front et à écarter les obstacles. Lothaire renouvela trois fols cette manœuvre et put enfin s'échapper, mais non sans peine \
Loin de décourager Lothaire, cet échec ne fit que l'exciter. Il était décidé à triompher de tous les obstacles tant intérieurs qu'extérieurs. Il n'y avait pas à compter sur Hugues Capet, qu'Adalbéron et peut-être aussi la duchesse Béatrice, sa sœur, attiraient au parti d'Qtton III. Lothaire s'acquit le dévouement des propres vassaux du duc de France. Les comtes Eudes et Herbert, qu'il venait d'investir des comtés de Meaux et de Troyes à la suite de la mort de leur dncle Herbert ^, jurèrent de le suivre jusqu'au bout dans la conquête de la Lorraine. L'armée du roi se trouva donc assez forte, malgré le mauvais vouloir de Hugues Capet. On se décida à attaquer d'abord Verdun, à cause de son importance et de sa proximité, et aussi peut-être à cause de l'hostilité du comte Godefroi. Le siège ne dura que huit joifrs. Les assiégés furent vaincus et faits prisonniers dans une sortie ; le commandant de la garnison, un chevalier du nom de Gobert, apporta alors à Lothaire les clefs de la ville '. Il y avait d'ailleurs dans la
1. Richer (III, 98) prétend que les corps des Lorrains tués par larmée de Lothaire étaient si nombreux qu'ils formaient comme des montagnes. C'est simplement une exagération ridicule. Mais si on trouvait ce passage dans Grégoire de Tours, on ne manquerait pas d'y chercher une source épique (Cf. plus haut, p. 93, n. 2).
2. Voir Appendice X, Eudes et Herbert étaient ennemis de l'archevêque de Reims qu'ils avaient attaqué au début de 984 (Lettre 17 de Gcrbert).
3. Richer (III, 100, 101).— Gcs/a ep. Virdun. : « Lotharius, rex Fran- «c corum, quoniam erat res publîca minus defensabilis sub praefato prin- « cipe Romanorum juvene Ottone, obsedit civitatem istam, sed Deo « volente minime cepit ; àttamen omniaquaecirca urbem erantvasta- « vit. Contra quem cum nostri egressi ad bella venirent, ab ejus exercie tu superati, plures capti sunt etabducti. Pro quorum liberatione Go- « bertus miles potentissimusclaves civitatisTegi detulit. » L'abbé Clouët (t. I, p. 358-359) identifie la capitulation de Gobert avec le deuxième siège de Richer. Mais le commandant de \OBrdun était alors le comte Godefroi et il n'y eut pas de sortie des assiégés. Il est donc beaucoup plus vraisemblable d'appliquer le récit des Gesta ep. Vird. au premier siège, alors qu'on ne s'attendait pas à une attaque du roi de France ; Verdun était alors défendue seulement par les soldats épiscopaux commandés par un simple chevalier.