Ihid., lettre 48. Voir plus haut p. 143-U
3. Ibid., lettre 50 d'après la trad. de M. H. de Barth(^[emy (p^ 157).
4. Sii^efroi était son père, Godefroi son cousin germain. Voir letableau généalof^ique de la p. 64.
5. r est-à-dire emprisonnés ; exsHium dans la langue du haut mojen âge veut souvent dire prison; envoyer queliju'un en exil, ce n'est p^ tant le chasser du royaume que renfermer.
« la Marne. Ce qu'ils ont désiré faire savoir à notre souve-
« raine Théophano touchant leur fidélité, nous le lui mandons
« par une autre lettre. Mais comme la bienveillance d'Eudes
« et d'Herbert, à la garde desquels ils sont confiés, nous
M permet de les entretenir, tout ce que votre souveraine et
« vous, voudrez bien leur communiquer, faites-nous le savoir
« par lettre. Nous confions un dernier mot à votre fidélité :
« si vous vous faites un ami de Hugues, vous pourrez facile-
« ment éviter les attaques des Français. * » Voici la lettre
à Théophano à laquelle fait allusion la précédente : « Ce
« n'est pas inutilement que Dieu m'a empêché de satisfaire
« mon désir de me rendre auprès de vous selon vos ordres, car
« la veille des kalendes d'avril, j'ai eu un entretien avec les
« comtes prisonniers, Godefroi et son oncle paternel Sigefroi.
« Au milieu des troupes nombreuses d'ennemis ils n'ont trouvé
« que moi seul de votre parti à qui confier en sûreté leurs
a sentiments touchant la situation de votre empire. Aussi j*ai
« écrit des lettres d'après leurs intentions à leurs femmes, à
(c leurs amis, pour les exhorter à vous rester fidèles, à ne s'ef-
a frayer d'aucune entreprise des ennemis, à préférer à lour
« exemple, si la fortune le veut ainsi, la prison en vous demeii-
c< rant fidèles, plutôt que la jouissance de la patrie en vous
« trahissant. Ce sont des hommes qui me sont chers entre
« tous, parce qu'ils souffrent plus de ne pouvoir agir en votre
« faveur que de se voir dans les fers aux mains de- leurs
(c ennemis. Mais si la dissension entre les grands est la
« ruine des Etats, la concorde qui règne entre vos seigneurs
a nous semble devoir être le remède à de si grands maux.
(c Un triple faisceau de cordes se rompt difficilement. Vous
ce saurez aussi que les rois français ne nous voient pas dun
<c très bon œil, parce que touchant la fidélité qui vous est*
« due, nous sommes d'un avis contraire au leur, et en nie oie
« temps parce que nous vivons dans l'intimité de l'arche-
« vêque de Reims, Adalbéron, que pour la même raison ils
« regardent comme un sujet très peu fidèle. Sur tout cela
« faites-nous connaître vos intentions et dès qu'un accès nous
a sera ouvert à travers les ennemis, dites-nous où et quand
1. Lettres de Gerbert, éd. Havet, lettre 51, trad. de M. E. de BarttiL^lemy, (p. 158).
152 TRAHISON d'aDALBEBON ET DE GERBEET \^^
u nous pourrons aller tous trouver, noua sommes prêts à tf vous obéir en toutes choses. Les affaires en sont venues à « ce point qu'aujourd'hui il ne s^agit plus de son expulsion. i* ce qui serait un malheur supportable, mais que tes effons (( sont dirigés contre sa vie. Je partage les mêmes haines 0 comme coupable de résistance au roi. Enfin le joug qui u Toppriine est si pesant, votre nom est devenu si odieux. <c qull n'ose plus vous faire connaître par lettre ses iufyr- « tunes. Mais si cette tyrannie prend des forces et quun ff raojen se présente à lui de se réfugier auprès de votre pertt aotine, ce ne sera pas en vain qu'il aura bien auguré de vous, « qu'il aura mis on vous toute son espérance, lui qui avait « résolu d'appuyer vous et votre fils de tout son pouvoir.% Ainsi la trahison d'Adalbéron et de Gerbert était déjà manifeste aux rois Lothaire et Louis V en mars 9S5. Ils prirent aussitôt des mesures violentes contre Tarchevéque. Lothaire le força, par des menaces de mort, d écrire sous sa dictée des lettres aux archevêques de Trêves, de Mavence et de Cologne. Il ne s'inquiéta malheureusement pas assez tle Gerbert, plus dangereux encore f[u\\dalbéron. En effet, sans (|ue le roi s'en doutAt, Gerbert écrivait en secret des lettres ponr démentir les premières et prévenir les correspondants de l'archevêque qu'elles lui avaient été arrachées par force. Nmis venons de voir d'autre part qti*il avait pu entretenir les prisonniers et qu'il se faisait fort de pouvoir servir d'intermédiaire entre eux et Timpératrice Théophano, Les précautions, les violences de Lothaire étaient donc vaines ; jamais hommes n'ont été plus trahis que les derniers Carolingiens. Citons à Tapiuii la lettre suivante adressée à la même date que la précédente, par Gerbert à Notker, évêque de Liège, qui, nous le ' savons, était tout dévoué à l'Empire : f^ Tous se tournent vers cr votre nom dans un temps où la probité est si rare et « Timprobité si commune. Votre Godefroi et ceux de ses « amis qui Tainjeraient plus que leurs propres biens, qui « veilleraient sur sa femme et ses fils .s'il venait à mourir, tt ont recours à vous* Qu'un homme comme lui ait une telle
1, Letiret de Gerhtri, éd. Havet. lettre 52, trad. de M. E. de Bartlié^ lemy(p. 159).
[985] TRAHISON d'aDALBÉRON ET DE GERBERT 153
« opinion de vous, cela seul prouve Téclat de vos vertus. Il <c exhorte ceux qui l'aiment et lui sont dévoués, il leur (c recommande de rester fidèles à sa souveraine Théophano et c( à son fils, de ne pas se laisser abattre par les forces de « Fennemi, de ne s'effrayer d'aucun événement. Il viendra c( cet heureux jour qui séparera les traîtres à la patrie et ses « vaillants libérateurs et les distinguera par les châtiments « et les récompenses. Vous ne devez croire en aucune manière « l'archevêque de Reims, Adalbéron, complice de tous ces « faits. La tyrannie qui l'accable est attestée par ses lettres a adressées à vos archevêques ; rien de ce qu'il a écrit n'est « de lui, tout lui a été arraché par la violence du tyran « (Lothaire). S) Adalbéron confirma lui-même la vérité de ces paroles par la lettre suivante adressée à l'archevêque de Trêves (avril 985) : « La première lettre que j'ai envoyée à « votre Paternité, je l'ai écrite, je ne veux pas le cacher, « pour obéir à mon souverain (Lothaire) à qui je dois tout. « Mais puisque la fidélité que vous lui avez promise ^ mon « neveu s'était montré prêt à la promettre aussi et à la gar- « der^, il a obtenu de nous un dimissoire selon l'autorité des <c Pères*. Comment sa fidélité s'est-elle démentie, c'est ce « que je ne puis comprendre ? Comment faire pour citer ou « excommunier cet Adalbéron, comment prier les autres « d'agir de même? Comme nous n'avons pas ce pouvoir c< d'après les lois, nous ne le ferons pas, et n'inviterons perce sonne à le faire, dans la crainte de nous jeter dans un ce précipice nous-mêmes et ceux qui ont bien mérité de nous, ce" Et comme le roi du ciel dit: ce Rendez à César ce qui et appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu », nous ce observerons toujours vis-à-vis de nos rois une fidélité ce irréprochable, une obéissance pleine de soumission {sic) ;