LOUIS V EXILE ASCELIN
séparer d'Adalbéron, bien qu'à regret ; mais en lui restituant Bobbio, l'impératrice Théophano lui avait ordonné de se rendre auprès d'elle en Saxe le 25 mars 987, accompagné des chevaliers italiens, vassaux de son abbaye. Elle était résolue à réunir le plus de troupes possible pour marchf^r contre Louis V s'il ne cessait ses hostilités?. Gerbert ne put accomplir ce programme. Les événements le retinrent encore une fois en Gaule.
Louis V ne s'était pas éloigné de Reims sans y laisser une garnison ou tout au moins une troupe de ses partisans. Ceux-ci inquiétèrent l'archevêque qui crut prudent d'abandonner la ville et de se réfugier dans la partie de son diocèse qui dépendait de l'Empire*. La situation se compliqua des intrigues contre la reine Emma et l'évêque de Laon. Charles de Lorraine n'avait cessé d'être l'ennemi acharné de sa belle-sœur. Tant que Lothaire vécut, averti par ses expériences passées, il n'osa renouveler contre elle ses accusations. Mais quand Emma eut perdu son mari» elle se trouva exposée de nouveau aux outrages de Charles \ Celui-ci arriva même à persuader à Louis que sa mère était coupable d'adultère avec l'évêque de Laon. Louis se doutait bien qu'Emma étaitenrelations très intimes avec la cour impériale. Partout il retrouvait l'influence secrète de T Allemagne, chez l'archevêque de Reims, chez Hugues Capet, dans son entourage, et jusque'chez sa mère. C'en était trop. Il la persécuta impitoyablement et chassa Ascelin de son évêché*
1. Gerbert, lettre 91, adressée fin septembre 986, â son ami Raimond qui venait d'être nommé abbé d'Aurillac à la mort de Géraud. — Le lendemain de la mort de Lothaire, Gerbert, tranquillisé, songeait déjà à se rendre auprès de la cour impériale ou à retourner étudier en Espagne (lettre 72, adressée en mars 9S6 à Nethard, abbè de Methlach). Mais dès juin 986, il était sûr de rentrer en possession de l'abbaye de Bobbio (voir les lettres 82, 83, 84 qu'il adressa alors à ses moines et aux marquis italiens Hugues et Conon).
2. Voir la lettre 93 que lui adresse Gerbert ; dans la lettre 94 il lui recommande de fortifier Mézières et Mouzon. L'archevêque en était donc proche : par suite, il se trouvait sur la partie de son diocèse qui dépendait de l'Empire.
3. Charles n'est point nommé formellement, iMais quel autre que lui aurait pu haïr Emma à ce point et avoir une telle influence sur Louis V ? Sa conduite passée (voir p. 88-89) et future (il emprisonna Emma en 988) justifient notre hypothèse.