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PREMIER SIEGE DE LAON

assiégeants construisirent un énorme bélier pour battre en brèche les murailles \ mais ils ne parvinrent même pas à le hisser sur la montagne de Laon. Deux mois environ s'écoulèrent qui furent occupés par des veilles, des alertes, des escarmouches fréquentes avec les assiégés.

Pendant ce temps une correspondance active s'engageait entre Théophano, Charles et Hugues Capet. Théophano, qui regardait le duc de Basse-Lorraine comme son vassal, lui écrivit pour lui ordonner de remettre en liberté la reine Emma et révêque de Laon. De plus, elle se posait en médiatrice entre lui et Hugues Capet ; ^elle priait ce dernier de vouloir bien accepter des otages de Charles et de lever le siège *. Hugues Capet fit preuve d'une docilité exagérée envers une souveraine étrangère ; il accepta tout. La résistance vint de Charles. Il renvoya dédaigneusement les ambassadeurs de Théophano et refusa absolument de relâcher Emma et d accepter des otages à la place d'Ascelin. Emma désespérée

23) et de Gerbert (lettres 120 et 121), le siège de Laon eut lieu au mois d*aoùt et durait encore le 25 août. Or, un diplôme de Hugues Capet, en faveur de Tabbaye de Saint-Mesmin, est daté d'Orléans, 25 août, l'an I de son règne, c'est-à-dire 987 {\o\t Pièce justif.^ n® 5), Il est donc bien clair que le premier siège de Laon est de 988 et non pas de 987. — Il serait encore possible de faire concorder les lettre.^ de Gerbert avec le récit de Hiclier tout en suivant strictement le récit de ce dernier; mais il faudrait alors placer lamortd'Adalbéron le 23 jan^ vier 990 et par suite, le concile de Saint-Basle, qui est postérieur dii deux ans au moins à cet événement (lettre 217), en juin 992. Tel est le système du P. Colombier {Éludes religieuses...^ p. 255, n. 2). 11 offre le grand avantage de respecter scrupuleusement les sources ; nous ne pouvons néanmoins l'adopter, car la date de 991 pour le concile de Saint-Basle est certaine. Nous le répétons, seul le système de M. Havet donne une solution satisfaisante. — Sigebert nous apprend que le siège de Laon fut levé le deuxième mois ; Richer et Gerbert qu'il fut levé au mois d'août vers le 25. Il avait donc commencé le 25 juin au plus tôt.

1. Ce passage de Richer (IV, 22) me semble confirmé par la lettre 124 de Gerbert où on le voit demander qu'on lui envoie un ingénieur pour jeter bas la citadelle de Laon et déraciner la montagne jus(ju'en ses fondements.

2. Voy. la réponse de Hugues Capet (lettre 120 de (ierbeii;) ; elle confirme un passatre de Richer qui montre (IV, 18) que lingues songea un instant à accueillir la prière de Charles et à lui donner en fief les biens dont il s'était emparé. Mais Richer a tort de placer cela avant le siège. Hugues y songea pendant le siège et encore à l'instigation de Théophano.

Ê26 CHARLES NEGOCIE AVEC ADALBERON [SU

écrivit à l'impératrice * pour implorer de nouveau îson appui <;ontre les mauvais traitements de son beau- frère ; Hugues de son côté lui dénonça sa conduite, ot, ne pouvant à cause Ju çiège se rendre auprès de Théophano, il lui proposa une euirevue à Stenay, le 22 août, aveu la reitiê Adélaïde, sa feramy. Il promettait que tout ce que les dou3L reines UècideraieiU serait observé à perpétuité entre lui-même et Otton lU !.

Tout en refusant de traitei" avec Hugues et Théophano, Charles ne renonçait pas aux mujens diplomatiques. Il essaya de gagner à lui son plus dangereux adversaire» Taixàevéque de Reims, qui était présent au ^slège avec son contingetit d^ vassaux. Il lui écrivit des lettres respectueuses et non san^ habileté où il l'appelait son père, lui rappelait Tentretieii qu'ils avaient eu à Reims l'-mnée précédente^ et le si^ruet qu'il lui avait rendu en l'arrachant à ses ennemis *; enfin il lui demandait conseil et réclamait son amitié. Mais Adalbéroii était inflexible et incorruptible, Charles avait grand tort de s'imaginer qu'il pourrait agir avec lui comme avec Gerberl- Loin de consentir à une entrevue comme ce dernier, l'archevêque ne répondit même pas aux premières lettres du duc de Lorraine. Quand il s'y décida, ce fut pour couper court à

1. Lettres de Gerbert, n» 119, sans adresse. M. Havet pense qu'elle jiourrait tout aussi bien être adressée à Hugues Capet.

2. Lettres 119 et 120. Gerbert. (jui servait de secrétaire à tout le monde, espérait alors que Théopliaua lui donnerait un évêehéJiL^te récompense de ses longs et utiles services- Nous avons de lui le brouillon de deux lettres qu'il avait rédigées d'avance à cetle oex-asion. lïatis ia première, Adalbéron devait vanter ses i^ervices et l'appuyer aupn.^a de l'impératrice. La seconde est une circulaire que Gerbert se pr[>posait d'adresser au clergé et au peuple du premier évêché vacmtt (Lettres 117 et 118).

3. « Beneficii quo erga me usi estis ciim teiis hostium subduiibtis *: inmemor esse non possum ». lui répt>nd Tarchevôque (lettre 122, éd. Havet, p. 111).— M. Havet suppose une allusiori au siège de Reims par Louis V. Charles n'aurait-il pas délivré Adalbéron des mains d'Eudes et d'Herbert lors du siège de CbévremoMt, vers le milieu de l'année 987 ? Gerbert écrivait alors à landievèque occupé au sîègre de Chèvremont qu'il craignait que ces comtes ne lui înfligeaaiieiit le sort de Guifred, évêque de Verdun fait prison [lier jadis par Sigebert de Luxembourg (lettre 102). — La lettre 122 (voir plus bas, p. 228) mm donne à croire que Eudes et Herbert s'étaient rangés au parli de Charles. Celui-ci obtint probablement de laur aniïlié la mise en liberté de l'archevêque qu'ils détestaient.

f988] RÉPONSE d\dALBÉR0N A CHARLES 327

cette correspondance. Nous reproduisons sa lettre où il noua montre son caractère hautain et dur, en dépit de son affectation d'humilité et de modération : « Comment me demaudez- « vous un conseil, à moi que vous teniez pour l'un de vos « ennemis les plus acharnés, comment donnez-vous le nom « de père à celui auquel vous vouliez ôter la vie ? Certes je « n*ai pas mérité un pareil sort, et j'ai toujours évité, j'évite ce encore, les conseils trompeurs des hommes pervers. Je ne « parle pas de vous. Rappelez-vous, puisque vous invoquez c< mes souvenirs, les entretiens que j*eus avec vous touchant « votre sort, lorsque vous vîntes pour la première fois me <c trouver, les conseils que je vous donnai sur les démarches « à faire auprès des grands du royaume. En effet, qui étaiscc je pour imposer à moi seul un roi aux Français ? Ce sont là « des affaires politiques qui ne regardent pas un particulier ^ « Vous me croyez l'ennemi de la race royale ; j'atteste mon « Rédempteur que je ne la hais point'. Vous me demandez <c ce que vous avez de mieux à faire ; il est difficile de vous « répondre ; je l'ignore et si je le savais je n'oserais le dire. « Vous réclamez mon amitié. Plaise au ciel qu'il vienne un (c jour où Ton pourra honorablement travailler à vous rendre « service. Car, bien que vous ayez envahi le sanctuaire du c< Seigneur, fait arrêter la reine (Emma) après lui avoir fait « le serment que nous savons ^ fait jeter en prison Tévéque « de Laon, méprisé Tanathème des évêques*, sans parler de « mon souverain contre lequel vous avez formé un dessein (c au-dessus de vos forces ^ cependant je ne puis oublier le c( bienfait que vous m'avez rendu en ra'arrachant aux arme^

1. L'archevêque n'est pas sincère. Le récit de Richer nous mon Ire qu'il joua au contraire le rôle le plus actif sans se demander alors s'il s'agissait d'affaires politiques et non privées.

2. En tous cas, il agit exactement comme s'il la haïssait. î^. Charles avait prêté serment de fidélité comme tous les grands»

non seulement à Louis V, mais à Emma. Celle-ci écrivait en mars 966 à sa mère Adélaïde: « Noveritis intérim Francorum principes mtcht « ac filio simul fidem sacramento firmasse » (lettre 74 de Gerberî). ,

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