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DISCOURS DE HUGUES CAPET

douteux. Le roi étaitvisiblement favorable à Arnoul, et celui-ci avait d'avance pour lui la majorité du clergé et surtout des laïques \ On déclara donc Arnoul digne de Tépiscopat s'il tenait toutes ses promesses; or il promettait tout ce qu'on voulait. Introduit en présence du roi et des « électeurs », Arnoul les satisfît par ses réponses <( très honnêtes n (modestissime respondit). L'assemblée se transporta ensuite dans l'église du monastère de Saint-Rémy, situé alors à un mille de Reims; c'était là qu'étaient consacrés les archevêques. Hugues, après s'être consulté avec les siens, selon soa habitude, prononça le discours suivant, des plus curieux au point de vue de ses idées sur sa position vis-à-vis des Carolingiens et qui nous fait connaître son esprit prudent, Richer, moine de Saint-Réray et par suite « électeur », assista certainement à rassemblée; il nous a transmis le fond, sinon la forme des paroles du roi.

« Si Louis de divine mémoire, fils de Lothaire, eut en « mourant laissé une lignée, il eût été convenable qu'elle lui « succédât; mais comme il n'existe aucun successeur direct « de la race royale, ainsi que chacun sait, j'ai été choisi par « vous et par les autres princes et par ceux des chevaliers î< qui sont les plus puissants*, et je marche à votre tète. Maince tenant comme celui dont il s'agit est le seul rejeton de la « race royale, vous demandez qu'il soit honoré de quelque » dignité pour que le nom de son illustre père ne disparaisse

1. Gerbert l'avoue implicitement dans sa lettre sur son élection en 991 (no 179). Il se croit obligé à propos d'Arnoul de réfuter h maxime a vox populi vox Dei ». Il déclare qu'il ne faut admettre dans Télertion de l'évêque que la partie saine de la population et du clergé et que lui-même est élu par les évêques et les rois « avec l'assentiment de ceux des clercs et des laïques qui sont avec Dieu. » — Il e^^i vi&;ib]e que même en 991, il avait la majorité de la population contre lui. En 989, même dans la lettre 152 où il prétend avoir pour lui les évùqucs et tout le clergé, il avoue qu'il ne compte comme partisans que quelques chevaliers, que ses adversaires rejettent sur lui la responsa* bilité des troubles, et prétend que mille morts le menacent.

2. a Vestri caeterorumque principum, eorum etiam qui in militiiri a ordine potiores erant optione assumptus praemineo. » Vordo miiitaris, c'est la classe des chevaliers ; mais on comprenait sous vt nom des personnes de rangs assez différents, de simples hommes libres et de véritables seigneurs. Ces derniers seuls furent représenté^ à l'as* semblée de Noyon.

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ft pas dans Toubli. Si donc il promet de conserver tidélitè, tt s'il promet de défendre la ville ^ de n'avoir aucune commu* « nication avec nos eûnemiâ, et même de les poursuivre, je ir ne refuse poinÈ de lui accorder lepiscopatt conformément rt au jugement que vous avez porté, à condition toutefois que, « selon la décision des sages, il so liera à moi par la foi du ti serment. Et pour exprimer entièrement ma pensée, je H pense qu^après le serment, il devra signer une déclaration (c portant ces paroles d'imprécation : que tonte félicité se ff change pour lui en outrage, toute prospérité en ruine, « toute action honnête en a^te honteux, que la durée ne soit « plus qu'un instant, qu'au lieu d'honnenr il ne reçoive que u mépris, et, pour tout dire enfin, que tous les maux remtf placent tous les biens. Je veux, de plus que cette déclara- (t tion soit faite en double, Tune pour moi, Tautre pour lui. « Elle serait sa perte si quelque jour il violait honteusement a sa foi*. »

Voici la traduction du chirograplie ; f< Je, Arnoul, parla « grâce de Dieu archevéL[ue de Reims, promets aux rois des [î Francs, Hugues et Robert, de leur conserver une foi inaité- If rable, de leur prêter conseil et aide en toutes occasions u selon mon savoir et mon pouvoir ^ et de no pas leur être « inlidèle en prêtant sciemment conseil et aide à leurs eune- « mis. C'est en présence de la majesté divine, des saints a bienheureux et de toute TégUse que je fais ces promesses; f( si je les observe j'obtiendrai en récompense lavieélertielle, « si je m'en écarte (ce qu'a Dieu ne plaise!), que tonte hèué- « diction se change pour moi en malédiction, que mes jours i< soient abrégés, qu'un autre reçoive mon évêclié, que mes (t amis s'écartent de moi et deviennent à jamais mes emie- « mis. Je î^ouscris cecliirographe fait par moi comme témoi- « griage de mon salut ou de ma malédiction, et prie mes K frères et mes fils (dans le Seigneur) de souscrire à leur « tour, — Je Arnoul archevêque ai souscrit \ n

1. Rîehcr (IV, 28-29), d'après ]a trad. Guadet. !i. ûbiigalious de vas^^alité pour les domaines que lui con ferai ent le;* roib avec le titre d^archevéque.

o. Aclss du concile de Sainl-Bmk, c. 6, reproduit par Richer(tV, 60).

[989] SERMENTS d'aRNOUL 249

Cette décision obtint Tapprobation générale. Arnoiil s'était trop engagé pour recaler maintenant ; quand il se fut avancé dans l'assemblée et qu'on lui eut demandé s'il admettait ces conditions, il répondit affirmativement, il écrivit, récita tout haut et souscrivit la charte-partie. Celle-ci fut alors séparée en deux, une partie remise à Arnoul, l'autre conservée par Hugues Capet*.

Ce ne fut pas tout : Arnoul dut jurer aux rois une fidélité inviolable, malgré tous les serments qu'il avait prêtés ooi ceux qu'il pourrait prêter à l'avenir ; s'il était fait prisonnier, il devrait s'enfuir auprès des rois aussitôt qu'il en trouverait le moyen. Dans des entretiens et des chartes en langue vulgaire, Arnoul déclara qu'il déliait de leur obéissance les évêques de la province de Reims, si jamais il manquait luimême aux conditions de la charte-partie. Enfin il fit jurer aux bourgeois et aux chevaliers (milites ac cives) de Reims de garder fidélité aux rois, de maintenir sous leur autorité la ville et les châteaux, si lui-même venait à être fait prisonnier ou manquait à sa parole ^

Après avoir pris des précautions aussi minutieuses, Hugues et Robert se tenaient pour pleinement satisfaits- Il n'en fut pas de même d'un certain nombre d'évêques. Fis voulurent que pendant la célébration de la messe, au moment de recevoir l'Eucharistie des mains de l'oflSciant, Arnoul jurât qu'il consentait à ce qu'elle fût cause de sa damnation s'il trahissait jamais ses serments. D'autres évêques, esprits plus modérés et plus éclairés, blâmèrent vivement ce procédé ; ils voyaient une profanation à faire servir le signe de la rédemption à la perte d'une âme. Ils connaissaient la légèreté d'Arnoul et, se doutant qu'il changerait bien vite d'idées, ils ne voyaient pas sans indignation forcer ce jeune homme faible

1. Richer (IV, 29). Lettre de Hugues Capet au pape Jean XV en 990. (Concile de Saint- Basle, c. 25) : « libellum fidelitatis sub nomine chî- « rographi conscripsit, recitavit, corroboravit, corroborarique fecit. » — Lettre de Gerbert à Wilderod (n° 217. Havet, p. 204-5) ; « acceptisi ab a 60 (Arnoul) terribilibus sacramentis et libellari profe^sione pro fiUe « suis regibus conservanda, quam et viva voce in conventu âotclesiae a recitavit et propria manu subscribendo corroboravit. »

2. Acles du concile de Saint-Basle, c. 30 (Olieris, p. 217). — Lettre de Hugues Capet à Jean XV (Olleris, p. 202).

250 ARNOUL ARCHEVÊQUE DE REIMS [m]

et indécis à se damner lui-même*. L'avis contraire reraporla néanmoins^ car les rois et les seigneurs y voyaient un gage assure de la fidélité dWrnonl. Celui-ci consentit à cette nouvelle épreuve et, après avoir été relevé de rexcommunication portée contre lui par Ascelinet les évêques coraprovinciaux*, il fut élu archevêque de Reims par le clergé rémois tout entier, les évoques suffragants, acclamé par le peuple, accepté par les rois Hugue:;^ et Robert, enfin ordonné et revêtu des vêtements épiscopaux (fin février — début de mars 989)1 On s'imaginerait peut-être qu'un échec aussi éclatant avaii découragé Gerbert et qu*il s'était h;Ué de fuir une ville témoin de son humiliation, 11 n*en fut rien. Cet homme était d'une souplesse étonnante ; il continua auprès d'Arnoul les mêmes fonctions decolàtre et de secrétaire qu'W avait remplies auprès d'AdalbéroD. Ce fut lui qui rédigea l'acte d'électioû d'Arnoul au nom dos évèques de la province de Reims*, Il sut même se gagner les bonnes grâces du jeune archevêque et parvint bien vite à le dominer entièrement. Il voulait gouverner sons son nom la province de Reims et continiier la politique de son ami Adalbéron\ I! était si habile qu'il amena le fils de Lothaive au parti impériaL Arnoul écnvit à Ecbert, qui se trouvait alors à la cour d'Otton III, pour le prier do lui continuer la bienveillance qu'il avait témoignée à son prédécesseur et lui demander une entrevue quand il

1. Le roi Robert lui-même réprouvait ce moyen ^ au témoignage d'Hclgaud, ison biojtrmphe. iiistoriens de France, X, 100. Cf Pfister, Hoùert le Pieux^ ^. 160.

2. Voy. Lettres de Gerherlf 155. « Eîectio Ar, Hcmorum archiepis- « çopi 3ï (Havet. p. 133» n. 4). — Lettre 217: « a solo Adalberone « episcapo Laudunensi reconcîliatus, spe obtinendae pacis metropoli « Kemorum r!onatufi est. a

3. Hîdier(iV, 30-31). L' tt electio Ar. lîemoram archîcpîscopi » montre que trente jours au moins s*étaient écoulés depuis la mort d'Adalbéron. Ce:u!-çi est mort le 23 janvier j l'éïeclion d'Arnoul est donc de fin Tévrier ou commencement {ie mars ; certaînemont avant le 31 mars (Pâques), c-^v dans la lettre 100, Arnoul, nommé archevêque, annonce l'intention de ^e rendre auprè,s de Théophano à cette date.

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