LETTRE DE ÔERBERT A ASCELIN
i< que tu ne vois pas les glaives qui menacent ta tête, les
« béliers et les machines qui te battent en brèche? Rappelle-
« toi, je te prie, ami jadis heureux et cher, ce qui s'est
« passé sous le pontificat de mon père Adalbéron\ Le propre
« frère du divin Auguste Lothaire, héritier du trùne, fut
c( chassé du royaume. Ses rivaux ont été créés rois iutéri-
(c maires*; c'est Topinion de beaucoup de gens. De quel droit
« rhéritier légitime a-t-il été déshérité, de quel droit a-t-il
(c été privé de la couronne? Et, parce qu'il est revenu dans la
« demeure de ses pères, quelles décré taies des pontifes
« Romains ont défendu de baptiser des enfants? Quels saints
« canons ont écarté des autelsdes prêtres innucents? Habraham
« discuta avec Dieu pour savoir si dans Sodomo le juste devait
« périr avec l'impie, et toi, pasteur, tu n'hésites pas à faire
« retomber le châtiment à la fois sur le coupable et Tinno-
« cent. Mais à quoi bon parler de ces choses; elles sont de
« peu d'importance comparées à l'accusation contre toi
a rédigée par des prêtres du Seigneur, pleine de crimes,
<c lourde de forfaits. Tes juges sont nommés ; si lu fais défaut,
<c ton absence ne te profitera pas. Si tu comparais, tu cesses
« d'être évêque. Celui qui doit occuper ta place est déjà
« trouvé^. Hâte-toi donc pendant le peu de temps qui te
« reste, et ne mets pas ton espoir dans la Seine ou la Loire,
« tu n'y gagnerais rien. Connaissant les factions, les conspi-
" rations, les décisions et leurs auteur:^, j'ai voulu tout te
« confier en secret à cause de notre ancienne amitié pour
c( t'arracher à ta torpeur. Cherche maintenant un remède plus
« efficace, s'il en est, car tu semblés tombé en catalepsie* n. Ces singuliers témoignages d'amitié ne firent qu'aviver la
1. Ascelin avait été élève de Gerbert à l'école épiscopale de Reiras (voy. Carmen ad Bodbertum regem, composé par Asicelin). On remarquera qu'il tutoie son correspondant, ce qui lui arrive très rarement. Gerbert ne manque pas d'une certaine audane en rappelant ce qui s'est passé lors de l'élection de Hugues Capet.
2. « Ejus emuli, ut opinio multorum est, interreges creati sunt. i> Les premiers éditeurs avaient imprimé « inter reges », ce qui n'offrait pas de sens (tiavet, p. 146, n. 2).