BRUNOX EST MIS EN LIBERTE
Les clercs de Brunon ne furent pas plus heureux. Les officiers {minkiri} du pape r^^pondirent à leurs plaintes en leur conseillant d'offrir une somme do dix saus d*or pour la rançon de leur inaître. Les olerc!^ français accueillirent cet avis avec dérision et répliquèrent que, si leur évt*que avait pu être délivré à prix d*argent, ils n'auraient pas hésité à offrir mille talents. Le pape impatienté s'écria : ^< L'affaire regarde alors celui pour qui il a été fait prisonnier, » et ne Toulut plus rien entendre V A leur retour, les clercs trouvèrent leur maître délivré, Chnrles l'avait remis en liberté, nous ignorons à quel propos'.
étaient dévoués donnèrent comme prétexte que les ambassadeurs n'ayant ufîert aucun présent à Crescentîus, qui îyraunkait le pape, c'était lui qui bur avait ff*rmé les portes du palais jiontîfical. {Mun. Germ SS. 111, 691). Après le coacile de Mouron, le légat Léon, écrivant aux rois Hugues et Robert, donria le mfime motif: « calumniatis « Hûmanumpontiliceni ipii muneraiibi oblata r'ecepit h (J/oit. Germ,>S.. MU 6Kj et 6H9). — Il ii^avoue pas moinj^ implicitement que le pape «a (t reçu les présents qui lui ^^ talent offerts i^, — Le Irait n'étonne pas de la part de Jean XV. Quand Abbon se rendit à Rome pour obtenir une bulle confirmant leâ privilèges de Saint-Denoit-.^ur-Loire, il trouva en lui un homme n trirpis lucri cnpidnm atque in omnibus venalcm ». (Aimoiti, Viia S. Abhonis.^Miinv, PatroL 1. 139, col. SOI). Or on sait le dévouement dWbbon à la pauauié. Giesebrecht {Gesrh. d. Kaiserz. L 618)Zeliertll, ^il9)ijt Luchaire attnbuojit rèL-[tecdel"ambas:^atleiila pression exercer? par Théopbano ^ur la papaulé. C'est une erreur. Tbéopbano n'était pi «s en Italie quand len mfîssafrers de Hugues Capet arrivèrent à Rome i depuis le mois de juillet elle était de retour en Allemagne (Wilmansj Jahhr, p. 66). — Tbéopbano mrjurut Tannée suivante le 15 juin 991 à Nimêt^ue ; elle fut enterrée â Saint-Pantaléon de Cologne (Wilmanfi, MiV/. p. 70). Sa mort, qui arriva juste au moment où se réunissait le concilo de Saint- Hasle, dut contribuer à desserrer le^ Jicnsqui unissaient ijerbert à Teinpire, et. par suite, facilita sa nomination à 1 ardmvêché de Reims.
1. Actm du Concile de Smnt-finjilf'^ c. 27 ; ft... a quo (papa) ma- 0 ledicta in reos cum ex auf^toritate apojitoljca ex pelèrent, ejus minisîri « summam solidorum det^em dari cenaebant. Cjuibus derisis, eo quod ut si jieeunia redimi possot (Bruno), nec mille talenta morasinferrent: « bac tamdem in responsîs ab ipso pontifîce ac^eperunt iit is pro quo « captus esset. bene illi prospic^eret. » Olleris ne me semble pas avo'r bien rompris ces derniers mots en traduisant (p, cc\) : n Le pon- « tife leur réjiondît lui même que Hieu pour qui M avait été anrèié « n^avait qu'à y pourvoir, w — « Is pro qao captus esset j> désigne éviet demnient le roi llugue?^.
2. Brunon ne fut remis en liberté qu'après la fin de juillet 990, dâîe du départ do ses serviteurs pour Rome. La lettre de Gerbert n^ 171 nous
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BtTiTion avait profité de ceite faiblesse pour nouer des relations avec Gerbert et chercher à lui faire abandonner le parti de Charles. C'est qu'en effet Gerbert s'était assez rite repenti de sa défection. Tourmenté par les remords, effrayé sans doute par les anathèmes du concile de Senlia et par lenvoi de l'ambassade auprès du pape, il sentait de plus qu'il s'était
apprend que Tévôque de Langres le convertit à la cause âi- Hugues darts une entrevue à Roui-y ; par suite Gerbert n'a pu rompre avec Charles et Arnotil qu'au mois d'août 990 au plus tôt. U n'a donc pu écrire la lettre de lingues Capet à Jean XY, comme le prétend M. HàYe\ (Inlrod.^ p, \.\in). Celte lettre ne se trouve pas d'aiileurs dans les manuscrits qui cojitienuent sa correspondance, mais dans les AcUs du Concik de Sainl-Bask. Si Gerbert i'avait écrite, il n'y aurait pas de raison pour qu'il ne l'eût pas transcrite ^ comme les autres, sur son cahier de brouillon. Le qui a trompé M. Mavet c'est, je croi^, que la lettre des évèques du diocèf=e de Reims à Rût.hard^ évèque de Cambrai (n« 17Gî est certainement de Gerbert et dn temps où il s'est réconcilié avec le roi. Or cette lettre débute ainsi : h qTioniam frater et <f coepisGopu:s noster A(nmlfuiî) infra suarci eoclesiam captus, propter If vîm hosliura. ut feriur. non sati.s quae sui juris s>unt exequi valet, ce nos nostri officii non immemores. quod olim in famosissimos praeff doues suo concilio feceramus, repelivimus (etc.)» 11 semblerait donc d'après cette lettre que les évéques ne sont pas encore sùrssdela culpabilité d'Arnoid ; or celle-ci apparut au grand jour à Tent revue de Chavignon qui précéda de peu le départ de l'ambassade pour Rome. — Conclusion : Gerbert est rentré en frrâce auprès du roi avant cette entrevue, c'est-à-dire avant la fin de juillet, - Mais cette conclusion est certainement fausse, puisque, nous le répétons, Gerbert n'a abandonné le parti de Charles qu'après une entrevue à Roucy avec Brunon et que celui-ci n'a pu être mis en liberté qu'an mois d'août au plus tôt. — n faut donc trouver une autre explication de la lettre. Notre conjecture est bien simple : lîotbard n'ayant pas reçu lei? décisions prononcées au concile de Senlis par les évolues comprovfnciaux, ceuxci lui envoient un exemplaire de Tanatlième (anathematis exemplar Yobis mittimus) et le prient de le confirmer à son tour. — S'ils feignent d'avoir oncoredes doutes sur la trahison d'Arnoul^ c'est peut-i^tre qu'ils ne veulent pas avoir Tair de préjuger la décision du Saint-Siège, s:aîsi de raffaire en ce moment ; ou plutôt c'est parce que, malgré rentre vue de Cbavignon, les négociations continuent avec Arnoul. Les Acle^ du concile de Saint-Bas!e nous apprennent en effet qu" Arnoul fut cité devant ses confrères pendant plus d'un an (c. ?3, « voff cation es autem ejus (Anmlfi) ad synodum per epi^tolas canon icas et <ï per apocrisiarios nun solum sex mensium, sed eljam an ni spacia « transcendunî), Gerbert (lettre '217: Havet, p. 205) qu'il le fut pendant dix-Uuît mois, c'est à-dire jusqu'au commencement de 991. — Ct^rbert ne i^'est ilonc réroncilié avec Ihiguefi Capet qu'en août 990 (au plus tôt). U est resté une année entière du parti de Charles de Lorraine,
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engagé dans une position défavorable à ses intérêts. Il n'était pas an pouvoir de Charles de lui donner Téquivalent de ce qu'il pouvait espérer, soit de Terapire, soit du roi de France. Il songea dès lors à rompre avec Charles et Arnoul sans exciter leurs soupçons et sans tenir une conduite trop piteuse. Déjà quelque temps après la prise de Reiras, il était rempli de regrets. Il essayait de se consoler par la lecture deCicéron: « Heureux aux yeux des hommes, écrivait-il à Romulfe, abbé u de Sens, nous nous jugeons nous-mêmes très malheureux. « Nous recherchons les affaires du monde, nous les tronvoûs, « nous les exécutons, et nous sommes devenus pour ainsi dire « le chef des entreprises criminelles^ » La réponse sévère d'Ecbert aux lettres hypocrites d 'Arnoul contribua à augmenter encore ses inquiétudes.
Charles, croyant Gerhert désormais gagné à sa caase, le laissait parfaitement libre de ses mouvements. IIputdoncsereDcontrer avec Brunon au château de Roucy; celui-ci le ramena au parti capétien. Gerhert sje rendit aussitôt à Seniis où demeuraient les rois Hugues et Robert. Ils lui pardonnèrent et lui rendirent leur faveur. Il écrivit alors à son sauveur Brunon pour l'inviter au nom des rois à venir le rejoindre sans retard àSenlîs « pour le salut de rÈtat...et la délivrance de tous les gens de bien ^ »
En même temps, il s'adressait à Ecbert pour lui redemander son amitié et excuser ses fautes; « Maintenant, je suis à la « cour royale, méditant les parolos de vie avec les prêtres n du Seigneur. Je n'ai pu souffrir de rester plus longtemps, <^ par attachement pour Charles et ArnouL l'organe du démon « en plaidant pour le mensonge contre la vérité. Je vous prie « de ine trouver encore digne de votre ancienne bienveillance; ^< j'ai selon votre gré découvert ma conscience pour que vous tî connaissiez par moi ce que vous devez penser de ta trahison t< qui a livré la ville de Reims\ >? 11 écrivit encore une lettre affectueuse à Adalbéron de Verdun : « Je sais, lui disait-il,
1. Lettre 167. A Romuire, abbè de Sens. Cea expressions se retrouvent dans la lettre 172.