‹ Les derniers CarolingiensChapitre 280 sur 376 · HUGUES CAPET ET EUDES 1>E CHARTRES · texte numérisé non relu

HUGUES CAPET ET EUDES 1>E CHARTRES

rival une telle frayeur. Il revint s'enfermer dans Laon avec Arnoul.

Pour expliquer la conduite étrange de Hugues Capet, Richer prétend qu'il avait des remords, « qu'il se rendait a compte d'avoir agi criminellement en dépouillant Charles « du trône de ses pères pour se l'approprier lui-même, ^j Le fait n'est pas impossible ; c'est la raison la plus honorable qu on puisse alléguer en faveur du Capétien. Toutefois sa pusillanimité vis-à-vis de Charles fait un triste contraste avec son ardeur impitoyable contre les paysans sans défense du Laonnois*.

Remis de son émoi, Hugues résolut d'assiéger son rival dans Laon pour la troisième fois. Eudes de Chartres n'avait pas pris part aux hostilités précédentes. Il se renfermait dans une neutralité favorable à Charles. Quand il apprit le dessein du roi, il y vit une occasion favorable de réaliser an projet qui lui tenait au cœur. Il désirait ardeminent la possession de la forteresse de Dreux qui faisait partie du domaine royal. Il alla trouver Hugues Capet, lui représenta les difficultés du siège, la position inaccessible de Laon, l'impossibiUté d'employer les machines de guerre, le découragement et la faiblesse numérique de son armée. Le roi, vivement attristé de ce discours trop vrai, lui demanda son aide et promit de reconnaître ses services. C'était bien ce qu'attendait le comte de Chartres. Il savait que, pour triompher, Hugues avait absolument besoin de ses troupes, et ii voulait se faire payer très cher son appui. Les comtes de Chartres jouaient vis-àvis des premiers Capétiens le rôle que les ancêtres de ceux-ci avaient joué vis-à-vis des Carolingiens ^

Eude^ s'engagea à secourir le roi et à lui prendre la ville de Laon, moyennant la cession de Dreux. Hugues, enHammé

1. Richer (IV, 37-39). Nous répétons que Richer est tout favorable à Hugues ; il ne manifeste aucune indignation de ses ravages ; il semble même les rapporter avec une certaine complaisance : Tanathème n'avait-il pas été jeté sur les habitants des diocèses de Laon et de Reims! — Il va même jusqu'à lui appliquer répithète (singulière en ces circonstances) de magnanimis.

2. Pour compléter l'analogie, Eudes appela les Allemands en France en 995 et projeta de se faire nommer ducs des FrancB par Olton lll (Richer, IV, 97).

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de vengeance contre Charles, accepta une cooditioD aussi dure; il n'en retira aucun profit. Eudes ne se pressa pas d'entamer le siège de Laon; sa première prc^occiipation fut de se rendre à Dreux, de se faire prêter serment de fidélité par ses UMUveauK vassaux et de mettre garnison dans la ville. Quand il fut prêt à remplir ses engagements envers le roi, il était trop tard. Un moyen plus sur de s'emparer de Laon Tenait de s'affrirV

Ascelin gardait un profond ressentiment des mauvais traitements que lui avait infligés Charles trois ans auparavant. Le projet formé par celui-ci, et dont Gorbert lui avait fait part, do lui enlever son évêché et de lui donner un rempla*,"ant, n'avait pu qu exciter sa rancune. Après avoir longtemps médité des projets de vengeance, il s'arrêta au plan suivant qui dénote chez cet homme une constance et une profondeur de dissimulation qui étonnent, même à cette époque de mensonges et de trahisons. Il feignit de vouloir se réconcilier avec Charles pour obtenir ainsi l'accès de la ville de Laou, Adressée directement au duc de Lorraine, cette propositiOQ aurait eu peu de chances de succès. Aussi, Ascelm, avec une fourberie et une habileté extrêmes, résolut d'v parvenir par rintermédiaire d'Arnoul. La jeunesse, la légèreté/la faiblesse d*esprit de Tarchevêque de Reims le disposaient très bien à être la dupe d'un habile intrigant. Il accueillit favorablement les -ouvertures d*Ascelin et accepta nne entrevue. Il fut immédiatement séduit par ses démons tratioiiî? amicales et ses propositions. Ascelin prétendit que leur situation à tous deux présentait de grandes analogies ; luimême avait perdu les bonnes grâces de Charles et^\rnoul celles de Hugues Capet. Quelle perspective de bonheur et de pouvoir pour tous deux s'ils pouvaient s'appuyer à la fois sur les deux princes! Si Arnoul obtient de Charles qu'il lui restitue son évêché, Ascelin, de son côté, usera de son crédit pour réconcilier Tarchevèque de Reims avec le roi.

Arnoul tomba facilement dans le piège. Un plus habile que lui se serait laissé tromper. C était bien un hypocrite, lui aussi, mais naïf à côté d' Ascelin, l'être le plus profondément

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