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Annales, ad annum

[App. II] LES CAROLINGIENS PARLAIENT-ILS FRANÇAIS? 309

L'ignorance de la langue romane où était Louis IV peut très bien lui être particulière et s'explique par ce fait qu'il passa son enfance et sa jeunesse en Angleterre, pays germanique. Nous irons plus loin et nous pensons qu'il savait en réalité le roman. Est-il admissible en effet que le roi de» Francs ignorât cette langue quand le roi de Germanie, Otton I", la connaissait, au témoignage d*un annaliste contemporain? ^

Comment concilier cette affirmation avec le texte de Flodoard? Selon nous de la façon la plus simple: ni Louis IV ni Otton I**" ne savaient le latin*, tous deux connaissaient à la fois le teuton et le roman ; mais Louis se trouvait sur les états d'Otton I" dont il implorait le secours et recherchait Tamitié. Il est tout naturel que Ton ait traduit les bulles pontificales en teuton, puisqu'on savait que le roi des Francs connaissait cette langue; ce qui aurait été bizarre, c'est qu'à Ingelheim, dans un pays complètement germanique, on les eût traduites en roman.

Que Charles le Simple et son entourage parlassent roman, c'est ce dont fait foi un passage de Richer^ En 920, une entrevue près de Worms entre Charles et Henri h\ roi de Germanie, fut rompue par une querelle sanglante entre la suite des deux rois, qui eut pour point de départ la diversité du langage : « Germanorum Gallorumque juvenes linguarum c( idiomate offensi, ut eorura mos est, cum multa animositate « maledictis sese lacessere coeperunt. »

Il est vrai que Charlemagne* et Louis le Pieux* ignoraient la langue romane et ne connaissaient que le teuton et le latin ; mais de leur temps le roman, peu avancé encore, pouvait passer pour n'être qu'une prononciation barbare et une syntaxe vicieuse de la langue latine qu'un homme de goût devait éviter. Néanmoins Tusage de cet idiome vulgaire devint bientôt tellement indispensable, que Charles le Chauve et même Louis le Germanique durent le parler*.

i. Widukind, 1. II, c. 17 : « Romana lingua loqui scît, »

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