Voyez les fameux serments de Strasbourg dans Nithard
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Au x** siècle les langues romanes prennent décidément te pas sur les langues germaniques, même en des pajs où cellesci semblaient deToir s'enraciner. On sait que dès le milieu de ce siècle la propre capitale des ducs normands, RoueD, était presque entièrement romanisée* Pour parler pureraent l'idiome Scandinave il fallait aller à Bayeux, où les Danois étaient établis depuis le iv" siècle*. Il semble bien qu'à cette époque la connaissance de la langue française fut nécessaire aux grands personnages, même habitant des pays genuanîniques. En 995, Haymon, évêque de Verdun, dirigea le concile de Mouzon parce qu'il parlait bien la langue romane vulgaire ^ Or les membres principaux du concile étaient: le légat apostolique L(ion, Léoduif, archevêque de Trêves; Notker, archevêque de Liège; Suger, abbé de Memningen; et parmi tes laïques, Renier, vidame de Reims, et Godefroi, comte de Verdun, Ce qui est plus curieux encore, c'est qu'Haymon était Allemand '. Il parait donc évident que le roman était la langue du Verdunois. Il en était de même dans les évêchés de Toul et de Metz. Pour Guerry, biographe de saint Gérard, évêque de Toul, le teuton est lingim bnrbûra ^ Thierry, comte de Metz et duc de Haute- Lorraine, emplojaii souvent comme ambassadeur, surtout auprès du roi Robert le Pieux, Tabbè de Saint-Miliiel, Nantère, à cause de son
1. Dudon de Saint-Quentin: « Quoniam quidem Hotomagensis dtt Titas romana poiiuâ quarn dacisca utitur et Baîocacensis fruîtur fre- « qnentius dacisca Hngua qaam romana, etc. » Joignons au témoimôîgnage de Dudon celui d'Adhémar de Chabannes : « Omnis eorom « Normannoi'um qui juxta Franciam inhabitaverunt multitudo, fîdem <f ChHsti suscepît, et gentiiem lingiiam omittens latino sermone n- « 8uefaeta est, »
2. Uicher (IV, 99-100) : ^ Quod linguam gahicam norat, " id c. 107: ft Virduîieiitiîii epîscopus iterum surgens, eo quodsinodi uiitx- « près habebntnr. n ^ « Galiice concionatus est », disent les Àcltt du Conciie de Saint- Bmh. (Ulleris, p. 245.)
3. s\ ThetUonica, disent les Gfi&ta epise. Virdun. Disons à propos du concile de Mouron, qu'il n'était pas sans exception au x' siècle que ie^ évèques et abbés réunis en assemblée parlassent la langue vulgaire de leur pays. Quand Arnoul, tils de Lothaire, fut sacré archevêque de Reims en 989, il passa avec les évéques ses collègues des conventioTi^ en « langue vulgaire ». Voy. Actes du Concile de Saint- Basle^{0\\erh, pages 216-217,)
%, Widrici Vita S. Gerardi, c. 5.
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éloquence dans la langue française*. Ajoutons enfin qu'Ursmar, abbé de Lobbes, monastère situé sur la Sambre, entre Maubeuge et Charleroi, connaissait à la fois le teuton et le français '.
Ces quelques témoignages peuvent suffire à prouver qu'en Lorraine et en Belgique la limite de la langue française était déjà à peu près la même qu'aujourd'hui. Mais le document le plus curieux sur l'emploi de la langue française eo Lorraine nous est fourni par le moine saxon Widuktiid, qui vivait au x° siècle et était contemporain des faits qu'il ra* conte. Il rapporte le stratagème dont usèrent les troupes saxonnes du roi Otton I" à la bataille de Birthen (939) pour triompher de l'armée lorraine commandée par Henri» frère cadet du roi, et par le duc Gilbert de Lorraine, qui se trouvait très supérieure en nombre : « Ex nos tris (les Saxons) c( etiam fuere qui Gallica lingua ex parte loqui sciebant, qui, « clamare in altum gallice levato, exhortati sunt îidvorsarios « ad fugam. Illi, socios hujuscemodi clamasse arlitrati, fu- « gam,utclamatum est, inierunt^)). Cette anecdote démontre clairement que la langue française dès le x* siècle était l'idiome de la grande majorité^ des Lorrains, et on sait que par Lorraine on entendait toute la grande région située entre le Rhin et la Meuse. On pourrait objecter que Tarraée lorraine ne comprenait que des troupes levées sur les domaines propres du duc Gilbert. Mais ces domaines s'étendaient de Liège à Maestricht*. L'emploi du français en ces régions n'en reste donc pas moins certain.