Chartes de Cluny, t. I, p. 829, n
4. Et non 954, comme le dit A. Bernard. Ce fut bien en cette année qu'Aimard abandonna la direction effective de Cluny à saint Mayeul, mais son nom continua à être inséré dans les chartes jusqu'à sa mort, qui arriva après 964. Voy. Gallia christiana, t. IV, col. 1126-1127.
316 i' UN ROI INCONNU DE LA RACK CAELOVINGIENXE » [App. III j
s'accorde bien avec Tannée 954. Mais Tannée 954 n'est pas la seule, pendant Tadministration d'Aimard, où le 2 mars tombe un jeudi. Cette coïncidence se retrouYe dans les années 943, 948, 965. A. Bernard adopte 954 parce tiu^il identifie le roi Charles de Tacte avec un fils de Louis IV, né en 953; mais uu autre enfant, né au début de 945, au témoignage de Fiodoard ', portait aussi ce nom. Il mourut à une époque incounue, avant 953, puisqu'un des deux jumeaux qui naquirent en cotte année prit son nom. S'il a existé eu Bourgogne un roi du nom de Charles, c'est Tenfant de Louis d'Outremer, né en 94.">, et non Charles de Lorraine, qui en octobre 953 venait à peine de naître. Le plus probable, c'est que nous sommes simplement en présence d'une de ces erreurs de scribeSj qui n'ont rien de rare au x*" siècle. Quand nous rencontrons une charte de Clum de 1)90 avec cette date ; Sabbato die y moïse novembri anno ÎUL régnante Odonoe rege\ en conclurons-nous qu'à la lîn du x.^ siècle il a existé un roi du nom de Eudes? Èvi^lemment non! Ce serait une absurdité. Nous penserons seulement que le rédacteur de Tacte a commis une étourderie et a remplacé Bitgone (Hugues CapetJ par Odonoe. Il en est de même dans les deux chartes invoquées par M. Bernard : Carlo rege est pour Lothario ou Coîtrado rege.
Il serait aisé d'ailleurs de ruiner le système de M, Bernard en montrant ses contradictions. Après avoir prétendu que Charles de Lorraine fut roi en Bourgogne de la fin de 953 au début de 955, après avoir invoqué, outre les argumenls que nous avons discutés, l'existence de quelques chartes de Cluny où le règne de Lothaire semble n être compté qu'à partir d'avril 955, M. Bernard vont absolument que Lothaire ait été reconnu roi en Bourgogne dès 946, à Tépuque où
1. A. Bernard connaît ce passage. Voici comment il l'interprète : * Il (Charles de Lorraine) serait né en 945, si l'on s'en rapportait à e Fiodoard; mais cet auteur a probablement confondu notre Charles « avec un autre enfant de Louis d'Outremer, mort jeune. » N*est-îl pa^i plaisant de voir M. Bernard reprocher 4 Fludoard une « c^tnfusion " dont lui ^eul est coupable?
2, Charles de Cluny, t. III, p. 75, n^ 1331. Cf. n» 1832.
[App. 111] « UN ROI INCONNU DE LA RACE CARLOVINOIENNE » 317
Louis d'Outremer était prisonnier des Normands. Voici comment il explique cette contradiction flagrante*:
« Mais, dira-t-on peut-être, comment expliquer la sous- « cription des actes qui font commencer le règne de Lothaire « en 954, 955 et 956, et invoqués par Y Art de vérifier les a dates. Ces chartes, dont les archives de Cluny me permettent « d'augmenter considérablement le nombre et l'autorité, ne « m'embarrassent pas. Voici ma réponse : tant que Lothaire « se vit paisible possesseur de la couronne, il data ses actes « régulièrement de la prise de possession du trône après la « mort de son père ; mais lorsqu'il vit que son jeune frère, « qu'il avait dépouillé, avait des partisans', il invoqua son c< ancien titre pour annuler celui de Charles, et alors, à la « façon de Louis XVIII qui débuta par la vingtième année « de son règne pour annuler celui de Napoléon, Lothaire fit « remonter le sien à 946. »
Nous n'insisterons pas sur la bizarrerie et la faiblesse de cette comparaison entre Louis XVIII et Lothaire. M. Bernard s'appuie sur ce que 44 chartes de Cluny sont datées de la 33** à la 40° année de Lothaire, qui n'en a vécu que 45. Mais pas une de ces chartes n'a de date certaine et ce mode de datation est particulier à une petite région qui ne comprend que Cluny, Tologny au sud et Besornay à l'ouest^. Les chartes de Cluny comptent le règne de Lothaire d'après les systèmes les plus divers et les plus arbitraires * ; une, môme, est datée de la 60° année du règne*. On en conclura seulement que les scribes de Cluny commettaient des erreurs grossières, et on