‹ Les derniers CarolingiensChapitre 359 sur 376 · FrancO'GaUia, p. 244 de l'éd. de Francfort de · texte numérisé non relu

FrancO'GaUia, p. 244 de l'éd. de Francfort de

384 SUR LE CHANGEMENT DE DYNASTIE [App. XI]

national blessé qui se retourne contre une dynastie allemande. Trois siècles plus tard, Augustin Thierry devait reprendre cette thèse on l'exagérant .

Girard du Baillant fut peut-être le premier à la soutenir. Il écrit : « Les François le (Charles) hayoient extrêmement « tant à cause qu'il auoit tousiours tenu le party des AUe- « mans, lors ennemis iurez des François, que pource qu'il « estoit mauvois prince a ses subiects*. »

Papire Masson * et Nicolas Vignier' expriment les mêmes idées, presque à la même époque et à peu près dans les mêmes termes.

François de Belleforest alla même plus loin. Il vit dans Tavènement de Hugues Capet la fin du règne des « AUemans » et la revanche des « Gaulois » {sic) *. Ces appréciations furent adoptées au xvii" siècle par Scipion Dupleix ' et surtout par Mézeray, qui écrit: « Les guerres qui depuis longtemps « avoient échauffé le courage des François Celtiques contre a les Allemands, leur avoient rendu cette nation odieuse et « tous ceux qui en soustenoient les intérêts. C'est pourquoy « Charles ayant tousiours cherché ses advantages en Allé- <c magne jusqu'à lever ouvertement les armes contre sa (f patrie et se porter quelquefois pour Roy contre son frère <K Lothaire par la brigue des Allemands, s'exposa par ce « moyen à la haine des François, qui ancien t peur de deve- « nir leurs vassaux •. »

1. Histoire générale des Boys de France^ i^ éd. Paris, 1576, in-fol., et Paris, 1615, 2 in fol. (t. I, p. 284).

2. Annalium libri quatuor, 2« éd. Paris, 1578. Il s*appuie sur Odorân pour prétendre que Louis V légua son royaume à Hugues Capet.

3. Sommaire de Vhistoire des François, Paris, 1579. P. 213, il soutient que le peuple de France déféra la couronne à Hugues « dumes- « contentement qu'on avoit de son compétiteur qui s'estoit trop affecté « au party des AUemans. »

4. Les grandes Annales et histoire générale de France des la venue des Francs en Gaule jusques au règne du roy très chrestien Henri UL Paris, 1579, 2 vol. in-fol. Voy. t. I, p. 362.

5. Histoire générale de France depuis Pharamond jusqu'en 1643 4« éd. Paris, 1634-1643, 6 tomes en 5 Vol. Voy. t. H, p. 1 : « L'affection « de Charles envers les Allemands contre les François arma les Fran- « çois pour Hugues contre Charles. »

6. Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à maintenant {ih% par Eudes de Mézeray. Paris, 1643-51, 3 vol. in-fol. Voy. t. I, 367. Il

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AU milieu du xyii*^ siècle, les discussions se ranimèrent et prirent un caractère d'animosité nationale. Jacques Chifflet, écrivain aux gages de l'Espagne, entreprit de prouver que Philippe IV descendait de Clovis et de Charlemagne par Tintermédiaire des rois d'Italie, des comtes de Bourgogne et des rois d'Espagne. Chifflet commença par montrer (avec toutes raisons) que Hugues Capet ne se rattachait nullement à Charlemagne, comme le prétendaient hon nombre d'érudits français \ Il soutint en conséquence que Hugues s'était emparé

illégalement du trône « astutia et calliditate usus Capetus

a ut nefario facinore a se perpetrato regumque successorum i< dirae sacrorum interdictioni fucum oblineret etc *. » Il alla jusqu'à l'accuser d'avoir fait périr par des crimes la race de Charlemagne '.

Inutile de dire que les allégations de Chifflet excitèrent une violente colère chez les historiens français, colère qui n'était pas seulement provoquée par des questions d'érudition, mais par des préoccupations patriotiques.

A cette époque, ces misérables questions de généalogie avaient une importance énorme. Les princes s'en autorisaient pour se déclarer la guerre et légitimer à leurs yeux la spoliation des vaincus. Richelieu et Louis XIV ne se sont pas fait faute d'entretenir à leurs gages des érudits complaisants avec la mission de rechercher les « droits du Roi ».

On s'explique donc l'émotion produite par les dissertations de Chifflet. Deux érudits français se chargèrent d'y répondre aussitôt dans deux ouvrages qu'ils dédièrent naturellement à Louis XIV.

est assez curieux de retrouver les mêmes idées dans une mazarinade dont l'auteur avait pour but de transférer la couronne au prince d'Orléans : « La monarchie françoîse fut remise entre les mains des vrais <c Gaulois lorsque Hugues Capet descendu d'une ancienne race des « princes d'Anjou reçut la couronnne. » Voy. Le guide au chemin de la liberté, Paris, 1652, in-4 de 24 p., cité par Moreau, Bibliogr. des Mazarinades, n» 1534.

1. Lumina nova genealogica (dans les Opéra politico-historica ad pacem publicam tpeclantia. Anvers, 1650, 2 tomes en 1 vol. in fol.), I, 162-165 et 193-197. Cf. Vindiciae Hispanicae, Anvers, 1643.

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