Letlrt! douzième sur Vhistoire de France
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selon son habitude, avait mis son imagination à- la place des textes ; il ne s'appuyait que sur des extraits de Raoul Glaber, d'Hugues de Fleury et de Jean d'Ipres, qu'il interprétait à sa guise ; et ce qu'il y a de plus fort, c'est qu'il s'imaginait que ces chroniqueurs étaient des témoins contemporains. La théorie d'Augustin Thierry était superficielle et fausse. Elle avait donc toutes les chances d'être acceptée. Aujourd'hui même elle a encore une vogue qui n'est pas près de passer.
Henri Martin et Micholet l'adoptèrent sans contrôle, comme ils firent de la plupart des idées d'Augustin Thierry. Guizot lui-même semble être sous son influence et ne montre pas sa lucidité habituelle en émettant les réflexions suivantes : « L'ancienne royauté de Charlemagne était suspecte « aux anciens officiers de la couronne, ducs, comtes, etc., « comme une puissance sur laquelle ils avaient usurpé et « qui avait beaucoup à leur redemander. . . Par sa nature, « son titre, ses habitudes, ses souvenirs, la royauté car- <( lovingienne était donc antipathique au régime nouveau, « au régime féodal. »
« On s'est étonné de la facilité que trouva Hugues Capet à (( s'emparer de la couronne : on a eu tort. En fait, le titre de « roi ne lui conféra aucun pouvoir réel dont ses égaux se « pussent alarmer : en droit, ce titre perdit en passant sur sa « tète ce qu'il avait encore pour eux d'hostile et de suspect... « Hugues Capet n'avait point de souvenirs, point de passé, « c'était un parvenu en harmonie avec une société renouvelée, (f Ce fut sa force, ce qui du moins rendit sa position plus facile « que celle de la race qu'il écartait* ».
Les idées de Guizot ont été adoptées, semble-t-iî, par Pardessus *. En somme, ces deux écrivains ne font guère que
1. Histoire de la civilisation en France, t. III, p. 280-290. Les allégations de Guizot ont aussi étonné M. Luchaire. Voy. Institutions, t. I, ch. I", p. 33-34.
2. Voy. son Mémoire sur l'organisation judiciaire en tête du t. XXI des Ordonnances des rois de France, p. ni, vi-vii. Cf. Vuitry, Régime financier de la France, p. 146-147; Boutaric, Le régime féodal (Revue des questions historiques, t. XVIII, p. 364). Kaickstein (p. 462-463). — Tous ces auteurs ont été parfaitement réfutés par M. Luchaire ; Institutions, t. I, ch. i" et Introd., p. 19-31.
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reprendre sous une autre forme la théorie du « grand flef » de Montesquieu. Avant M. Luchaire, Laferrière l'avait déjà combattue dans un des meilleurs passages de son Histoire du Droit, aujourd'hui bien arriérée*.
MM. Mourin et Hennebert, auteurs de deux ouvrages plus que médiocres sur les Comtes de Paris, ont repris en ces derniers temps* la thèse d'Aug. Thierry. Nous ne nous attarderons pas à les citer ni à les discuter; ce serait peine perdue. Nous préférons renvoyer aux excellentes critiques qu'en a faites M. G. Monod^ Les idées d'Aug. Thierry ont encore laissé leurs traces dans l'œuvre si remarquable de M. Freeman : La conquête normande. M. Freeman voit toujours dans les derniers Carolingiens des représentants de la langue et des tendances teutoniques, tandis que les Capétiens personnifient l'élément roman. Il oppose Paris, la cité romane, à Laon, la ville teutoni que (51c)*. Un autre historien anglais, Palgrave, fait une assimilation saugrenue entre la Révolution de 1789 et l'avènement de Hugues Capet huit cents ans auparavant. « La cité de la Révolution, dit-il, commence réellement son histoire par la première révolution française' ».
Heureusement, ces théories erronées n'ont pas régné seules pendant plus d'un demi-siècle. Dès 1838, Varin, dans une excellente thèse de doctorat, avait attaqué Aug. Thierry, respectueusement mais avec fermeté. Il prit ses allégations une à une, les discuta avec beaucoup de critique et d'érudition, et n'en laissa rien subsister. Non seulement il prouva que « les Karolingiens ne sont point les pupilles de la <c Germanie' », mais encore il s'attacha à combattre avec