‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 12 sur 58 · PIERRE-JEAN BART S · texte numérisé non relu

PIERRE-JEAN BART S

Il est dix heures. Un boulet venait d’emporter les deux jambes de Pierre Bart : son serviteur nègre, Vincent, le place dans une baille de son pour arrêter «l'hémorragie, mais le malheureux capitaine succombe * presque aussitôt.

Son fils prend le commandement, et ordonne de recommencer le feu. Juin, éloigné de plus de deux lieues, entend la canonnade : il se convainc que la Danaëé se bat en retraite, et continue à fuir. Vers onze heures et demie, Benjamin Bart n’a pu démâter aucun de ses trois adversaires : la lutte est trop inécale ; 1l se décide à amener. Sur son gaillard d’avant, un soldat envoie un coup de fusil au Gosport qui riposte de toute sa volée : un boulet emporte une des jambes de Benjamin Bart. Pendant que le chirurgien examine la blessure, un autre boulet les tue tous les

deux, sur place. La même décharge atteint mortellement un jeune lieutenant de vingt-deux ans, Thomas Desticker, devenu corsaire après avoir porté le petit boollet.

À Jacques Gaspard incombe désormais la charge du commandement. Bravement, il prolonge la résis- “tance jusque vers une heure du matin. Il a réussi à étemdre un commencement d'incendie à son bord ; ses manœuvres, ses huniers, ses artimons sont coupés, “es affûts démontés, et deux canons seulement en état de tirer. Il compte plus de trente boulets dans les ceintres et à fleur d’eau, cent hommes tués sur le “pont et une quarantaine de blessés ; lui-même est “touché, ainsi que trois de ses ofliciers, Herpin, La- “croix et Poitevin, Il ne lui reste qu’à se rendre. Six “heures plus tard, tous ses mâts viennent bas; « la frégate est aussi rase qu’un ponton », Les volontaires

dunkerquois € ont fait des merveilles ». La Danaë est conduite à Hull.

Les Anglais accusent cinq tués et vingt blessés sur la Mélampe ; un boulet a fracassé l’épaule du capitaine Gilchrist ; privé de l’usage du bras, il ne pourra plus servir, et recevra une pension annuelle de 30 livres sterling.

Les Gazettes anglaises apportent à Dunkerque la nouvelle de cette rencontre, le 8 avril. (C’est une vraie

perte que M. Bart, écrit le marquis Du Baral; il,

estoit aimé de tous les Dunkerquois qui avoient la

lus orande confiance en luv, et ils paroissent très le] y Ë

touchés de l’apparence de sa mort. Je le regrette. PP £

infiniment en mon particulier. » Le 20 avril, on célèbre à Saint-Éloi un service funèbre pour le père et le fils, et un autre le lendemain pour Thomas Desticker. Pierre Bart, jadis dans une situation de fortune aisée, « s’est désintéressé de son bien au service du roi ». À sa veuve et à son fils survivant âgé de dix mois, le roi accorde des pensions de 800 et de 400 livres (23 mai); le Magistrat y ajoute (15 septembre)

300 livres annuelles pour la veuve, réversibles par.

moitié sur le fils (1).

Le ministre Berryer éprouvait de vives inquié-.

(1) Pierre-Robert-Marie Bart, né le 30 mai 1758, entré dans la Marine, ne put continuer cette carrière, la mer le rendant invinciblement malade. Capitaine au régiment d'Orléans-infanterie n° 44 en 1789, il fut licencié avec son régiment par suite de l’émigration de plusieurs officiers. IL se retira à Ypres, où il mourut le 17 avril 1814, ayant reçu par décret du

6 nivôse an XIII une pension de 355 francs sur la caisse des Invalides

de la Marine. Son seul fils, Henri-Ferdinand-Marie Bart, né à Dunkerque le 22 février 1781, adopté par sa ville natale le 26 mars 1790, gratifié, d'une pension de 600 livres par le Conseil général de la Commune, fut embarqué en 1796 par ordre du contre-amiral Vanstabel sur la corvette la Naïade, faisant fonction d’aspirant de troisième elasse. Le 6 mars 1797,

son père l’obligea à quitter le service. Il mena une existence assez terne,

et assista avec ses deux filles à l'inauguration de la statue de Jean Bart Les) ?

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