‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 17 sur 58 · RARE · texte numérisé non relu

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à sa ibtbaole. il ne le rencontre pas, mais le trouve

à Gôtheborg à son retour; de lui-même, Allemès a

rallié l’escadre.

Le même jour que Conflans et que Hawke, Thurotw met à la voile de Gôtheborg (14 novembre). Dans law nuit, à hauteur de la pointe de Skagen, par vent su gros temps, et dans une obscurité profonde, Cri gouverne sur le fanal du Belle-Isle. Soudain … le grand mât du Bégon casse au ras du capelage;m on emploie le reste de la nuit à débarrasser le vaisseau des agrès et des mâtures qui pendent à la mer, et à renverguer une misaine neuve. Au Jour, l’escadre à disparu. Grieu n’entrevoit pas la possibilité de la re joindre. Il réunit en conseil ses officiers et le comman-« dant des troupes, et ouvreses ordres cachetés. Au lieu. de se porter au rendez-vous indiqué, le conseil décide 7

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de faire voile sur Dunkerque, où le Bégon arrive le 24 novembre.

Le même coup de vent disperse et désempare les “vaisseaux de Boys, contraints de se réfugier dans Îles ports d'Écosse. Il sépare encore de l’escadre de Thurot le Faucon, son plat-bord démoli à tribord et sa chaloupe mise en pièces sur le pont, et le Homard;.ces deux bâtiments regagnent Dunkerque les 3 et 15 décembre ; au moins rapportent-ils, le premier, cinq prises et trois rançons valant net 94.000 livres, le second, deux prises et une rançon valant 48.400 livres (1).

Avant de quitter Gôtheborg, Thurot a communiqué ses intentions au maréchal de Belle-Isle :1l va tâcher d'échapper aux vaisseaux qui le guettent au passage du cap Derneus, et de faire des routes détournées pour atteindre son but; au pis aller, s'il ne passe pas, il relâchera dans un port neutre; 1l “n’ignore pas le danger d’y être exposé aux insultes “des Anglais, que la neutralité n’arrête pas. Il remarque

non sans raison : « Sans vouloir me faire un mérite, “je puis vous assurer, Monseigneur, que si je réussis, “ce sera contre vents et marées. » La perte du Bégon le prive du quart de ses forces : il l'attend au rendez- “vous fixé, à la passe de Crussfiord. Au bout de dix- “huit jours, il se décide à lever l’ancre et à le chercher “au second rendez-vous, aux Féroë. Il parcourt quatre cent soixante neuf lieues en vingt-trois Jours, et arrive le 28 décembre, heureux de se ravitailler ; pendant “les vinst-neuf jours de sa relâche, son expédition con- “somme sur place deux cents bœufs et mille einq cents moutons.

… (1) Une des prises du Faucon portait 8 eanons et 4 pierriers.

Le brigadier de Flobert n’a pas cessé de lui marquer. son hostilité. À Gôtheborg, Thurot a renvoyé cinq

de ses officiers avec des co réguliers. Revenus à. Dunkerque, ils se plaignent de ses duretés : « Au contraire, J'ai toujours vu qu’on se louoit générale

ment de luy, » dit le marquis Du Baraïl, qui les aurait envoyés en prison sans les termes favorables employés pour la rédaction de leurs congés. II suppose avec. raison que Thurot, les jugeant inutiles, fut aise des s’en débarrasser, Mais tandis que le commandant dé l’escadre témoignait n’en avoir aucun besoin, Flobert,« nullement compétent, proclamait la nécessité de leur présence à bord.

Cette longue navigation parmi les tempêtes et les” ouragans, ce séjour en plein hiver dans une île perdue

au nord de l'Écosse, manquaïent de confort. La disette” de vivres accentuait sa menace. Flobert, mécontent, soulève d’abord des difficultés sur la procédure à suivre lors de l’amarinage des prises. Puis un incident, surgit à table : un officier se plaint de la soupe ; Thurot,

répond un peu vivement qu’elle est excellente. Flo

bert intervient (1), et appelle quatre fusiliers pour

(1) La cuisine tient une place prépondérante dans les préoccupations.

de Flobert. Le 12 août 1759, il engage comme cuisinier un ancien chirur

gien, Théodore Charnier, à 50 livres par mois ; Charnier sera payé des deux. premiers mois de son service, après quoi il ne recevra plus que de mauvais.

traitements. « Le mauvais temps n'avant pas permis un jour de faire la” cuisine, dit-il dans une supplique au maréchal de Belle-Isle, je fus avertir

M. de Flobert que l’on alloit dîner, mais qu'il n’y avoit que du jambon; M. de Flobert me traita de gueux, de fripon, de traître ; dit que je ne valois

pas mieux que M. Thurot: et que je méritois d’être pendu à la même potence que mondit sieur Thurot. Je ne répondis uniquement que je ne.

le méritois pas, et pour cette réponse M. de Flobert me fit mettre aux fers, au pain et à l’eau, et voulut même me faire bâtonner comme un criminel.

Et plus loin : « M. de Flobert étant à table à Bellefast, je luy servis une | côtelette qui n’étoit assurément pas trop salée ; le goût en parut néan-

moins trop haut à M. de Flobert qui pour ce sujet me maltraita comme

mettre aux arrêts le commandant de l’expédition ! Ce ‘dernier, « voulant faire connaître qu'il étoit de fait et de droit le maître dans son navire, demande l’/nstruction du Roy, que M. de Flobert n’attendit point, et se retira ». L’instruction disait formellement : les officiers de mer ont le commandement sur mer, ceux de terre sur terre ; 1ls s'entendent pour le débarquement et le rembarquement des troupes (1).

Un peu plus tard (10 janvier), Flobert exige commumication de l'instruction secrète : Thurot refuse, prêt à certifier par écrit qu’une telle communication lui est expressément défendue. Huit jours après, le brigadier réunit un conseil; il veut que l’escadre

de plus belle. » Il ordonna à la sentinelle de tirer sur Charnier, ce que l’intervention du lieutenant-colonel de houzards comte de Scordeck, empècha: maïs le cuisinier fut mis en prison et laissé sans nourriture; des soldats anglais lui en passèrent en cachette; Flobert l’accusait de lui avoir volé cent guinées, mais avoua, après que l’autre fût resté dix-neuf “jours en prison, qu'il l'avait accusé à faux sous l'impulsion de la colère, Il refusa ensuite de lui payer les gages qu’il lui devait, prétextant n'avoir : pas le sou, et en partant laissa au général anglais Froud une lettre le priant de mettre Charnier en prison s’il tentait de repasser en France. Le général Froud n’en fit rien, et le malheureux cuisinier fut rapatrié avec Paide des officiers des gardes-françaises. — Guerre, Arch. hist., Suppl., 82. (1) Le texte dit : « Le sieur de Flobert s’en raportera au capitaine Thurot sur la route que les bâtiments tiendront sur mer et les endroits vers lesquels il jugera à propos de les diriger, et il donnera ordre aux officiers “de terre de céder le commandement à ceux de mer pendant la traversée et lors des combats de mer, mais ils seront uniquement à ses ordres dès qu'ils auront débarqué... Si le capitaine Thurot juge qu'après la première “entreprise l’on puisse en faire une seconde, le sieur de Flobert y apportera es mêmes précautions et la même conduite qui lui sont recommandées Pour la première. Le sieur de Flobert communiquera ses instructions au “commandant de l’escadre, qui de son côté lui communiquera pareillement là sienne afin qu'ils agissent de concert pour leurs opérations respectives, de manière que les entreprises que le sieur de Flobert pourra faire à terre «ne dérangent en rien les projets du commandant de l’escadre auxquels “lles doivent être entièrement subordonnées. » —"Instruction du Roy au Sieur de Flobert, 18 juin 1759, minute corrigée de la main du maréchal de Belle-Isle, Guerre, Arch. hist., Suppl., 29. Procès-verbal de la délibé- “ation du 1° janvier 1760 aux Féroë, Propositions sur Londonderry, Extrait des ordres du 3 septembre 1759 au 20 février 1760, dans : Zbid., Suppl., 32.

rentre en France par le chemin le plus court. Thurot répond par écrit : l’expédition ne pouvant se ravitailler suffisamment aux Féroë, doit le faire en Angleterre. « Nous rendrions de plus grands services à la

Patrie en sacrifiant notre vie s’il en étoit besoin à la «

destruction de lennemi, en mourant glorieusement sur ses côtes, plutôt que de reprendre honteusement le chemin de France. » Ne se reconnaissant pas le droit de forcer Thurot à lui obéir, Flobert décide d’attendre qu’on soit réduit à la dernière extrémité.

Et l’escadre remet à la voile. Suivant le plan de Thurot, voici le moment venu d’opérer l’attaque de Londonderry : Flobert s’y refuse tant qu’on ne lui aura pas fourni tous renseignements sur la route à suivre une fois à terre, sur les forces qu’il va rencontrer devant lui, sur la capacité de résistance de la ville, etc.

(7 février). Un coup. de vent rejette les navires vers

l'Ouest ; Thurot les ramène dans la direction de Londonderry, mais sur les instances de son entourage, doit renoncer à l’entreprise sur cette ville.

Alors les officiers de terre de lAmaranthe, de la

Blonde, de la T'erpsichore, se refusant à supporter plus longtemps les fatigues de cette navigation, décident de se séparer du Belle-Isle, Larreguy et Der:

nandais s'opposent au retour par le canal Saint:

Georges, craignant d’autant plus les rencontres fâcheuses que pendant les derniers coups de vent ils ont jeté bon nombre de leurs canons à la mer pour s’alléger : ils préfèrent contourner l’Irlande par l'Ouest.

Thurot eût sagement agi en suivant son idée de u

confier la T'erpsichore au second du Belle-Isle. à La

Tourandais. À son signal de ralliement, lAmaranthe … refuse d’obéir, et déserte (12 février); son équipage n

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à moitié mort de fatigue, de faim et de soif, elle aborde à Saint-Malo le 25 au soir. Thurot a dû menacer les deux autres frégates de les couler bas pour les forcer à le suivre. Les deux capitaines viennent à son bord : ils exposent que les officiers de terre les menacent de mort s'ils ne font voile immédiatement pour la France. Il convoque alors le colonel de Rusilly, et finit par décider ces messieurs à continuer la campagne.

Mais Flobert se doute que Thurot les ramène sur Londonderry, et commande la garde pour l'arrêter. La discussion a commencé dans la chambre de Flobert ; Thurot s’est retiré dans la sienne : un piquet de grenadiers se présente pour l’arrêter. Ses pistolets armés à la main, 1l déclare que le premier qui avancera d’un pas est un homme mort ; il monte alors sur le gaillard et tient sous la même menace Flobert, qui cède, et enjoint aux grenadiers de se retirer. Mais quand il entend Thurot donner l’ordre d’afficher l'instruction du roi pour que tous sachent bien qu’il est à bord le seul maître, Flobert ordonne à son tour à ses soldats d’empoigner le premier qui s’aviserait d’exécuter l’ordre de Thurot. L’affaire en reste là (14 février).

Lorsque les trois frégates se présentent deux jours plus tard à la côte nord-est d’Islay, sous pavillon anglais, le Belle-Isle fait tellement d’eau qu'il faut sans arrêt manœuvrer deux pompes, et parfois les six. Deux habitants de l’île, Macneil et Macdonald, se figurant en présence de navires anglais en quête de pilote, montent à bord. Ils trouvent Thurot à table en compagnie d’une douzaine d’officiers. Macdonald annonce la déroute de Conflans aux Cardinaux (20- 21 novembre). Thurot refuse d’y croire : l’Écossais

a2 LES DERNIERS CORSAIRES

sort une gazette de sa poche. « Tous baissent la tête ; couteaux et fourchettes leur tombent des mains. » À quoi bon, dès lors, leur expédition?

Le lendemain, au conseil, tous, sauf deux, émettent l'avis de piller, brûler et ravager Islay. Thurot s’y oppose avec violence, et ne vaine Îles résistances qu’en produisant l’article de son instruction secrète interdisant tout acte d’hostilité contre l'Écosse. Il oblige . un officier, qui la veille a pillé un navire de farine, à signer au maître de ce navire un billet à ordre de 51 guinées (1). D'accord avec les habitants, 1l débarque deux cents hommes pour charger des provisions qu'il paie comptant. À peine à terre, ces malheureux déracinent avec leurs baïonnettes les premières herbes qu'ils trouvent, et, tombant sur un champ de pommes de terre, les arrachent, les essuient à leurs vêtements, et les dévorent crues.

Mais un pays pauvre comme celui-là offre peu de … ressources ; 1l faut le quitter. La ration de pain descend à trois onces par Jour. Un nouveau conseil se montre partisan du retour en France immédiat par le canal Saint-Georges. |

Le 20 février au soir, Thurot entre dans la chambre de Flobert : il lui annonce qu'ill’a mené devant Carrickfergus ; il faut attaquer cette place, ou celle, voisine, de Belfast. Flobert n’accepte d'agir qu'après discussion. Le lendemain matin, on saisit des bateaux pêcheurs, au moyen desquels les troupes Aa à la pointe de Kilroot.

La population s’imaginait que les trois vaisseaux

(1) « La farine est bien payée, dit Macdonald ; elle était un peu endommagée. » « Elle est assez bonne pour ceux qui la mangeront », répond > Thurot,

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